En nettoyant les chemins des détritus abandonnés, Antoine Duguay considère faire un geste pour l’environnement et s’assurer une qualité de vie. Rencontre avec un écologiste qui s’est découvert sur le tard.

Âgé de 74 ans, Antoine Duguay est un grand marcheur. Depuis son domicile à Trudel, il se rend à pied jusqu’à Saint-Léolin, Caraquet, Paquetville et les autres municipalités environnantes. À la belle saison, il arpente les chemins quasi quotidiennement.

Si certains avancent le regard projeté loin devant et le pas décidé, lui progresse tête baissée et fait de nombreux arrêts. Problème de souffle? Jambes lourdes? Pas le moins du monde!

À chacune de ses sorties, le septuagénaire ne se contente pas de prendre l’air et d’admirer le paysage, il en profite pour ramasser toutes les cannettes vides et bouteilles en verre qu’il trouve. Et elles sont nombreuses. Depuis le début de l’année, il en a récolté près de 21 000.

L’homme est en pleine forme. Au dernier Tintamarre de Caraquet, il n’y a pas eu besoin de le supplier pour participer à la «danse callée» qui a conclu le rassemblement. Fin 2014, il était pourtant à l’article de la mort.

«J’avais une bactérie au poumon. J’ai été admis au service des soins palliatifs à Caraquet. On me donnait que quelques jours à vivre», raconte-t-il.

Antoine Duguay n’est pas genre à écouter les médecins. Dès qu’il a pu quitter l’hôpital, il est rentré chez lui. Sa garde-malade lui a conseillé de faire de l’exercice.

«J’avais de la misère à marcher. J’avais mal aux jambes.»

C’est ainsi qu’ont commencé ses petites virées à l’extérieur. Repérant des déchets dans le fossé, il a eu l’idée de les ramasser et a mis, par la même occasion, le doigt dans l’engrenage qu’il continue d’activer.

Il entasse les fruits de ses récoltes dans des sacs-poubelle qu’il conserve dans son garage. Régulièrement, il transporte le tout au récupérateur, à Bertrand, recevant 5 cents par bouteille ou cannette.

Antoine Duguay a comme passe-temps celui de ramasser les cannettes vides sur les bords des chemins et de les rapporter au récupérateur. - Acadie Nouvelle: Vincent Pichard
Antoine Duguay – Acadie Nouvelle

«Je ne fais pas ça pour l’argent», met-il en garde.

Ce revenu d’appoint lui sert à payer ses courses ou bien il en fait don à des personnes malades qu’il connaît. Dans les premiers temps, son épouse, Rose, voyait cette activité d’un mauvais œil.

«Il part tôt le matin, dès 5h, et ne revient qu’en milieu de matinée. Il va loin. J’étais inquiète, j’avais peur qu’il lui arrive quelque chose.»

Une fois, elle l’a accompagné. Cela a été une révélation.

«J’ai été impressionnée par le nombre de déchets qu’il peut y avoir. Je savais que les gens jetaient des choses en bordure de routes. Mon mari lui-même le faisait, ça lui arrivait avant. Mais je n’imaginais pas que ça pouvait être à ce point.»

Cette prise de conscience a changé les habitudes du couple: il a intégré le recyclage dans son quotidien, et par extension, assure en partie celui des autres. Antoine Duguay cultive son âme d’écologiste.

«C’est pas normal de jeter autant, et en pleine nature», s’insurge-t-il.

Au cours de ses promenades, quand quelqu’un s’arrête à son niveau intrigué par ce qu’il fait, il saisit l’opportunité pour le sensibiliser sur l’importance de ne pas abandonner ses détritus n’importe où.

Preuve qu’il ne prêche pas dans le vide, ses arrières-petits-enfants âgés de 7 et 3 ans ont désormais le réflexe de trier leurs déchets et veillent à ce que leurs parents en fassent autant.