À l’âge de 3 ans, Nathalie Doucet jouait ses premières mélodies sur l’orgue Hammond familial. Quarante ans plus tard, cette femme de Bathurst est comblée de pouvoir gagner sa vie grâce à la musique. Et pas de n’importe quelle façon: en côtoyant, à Amsterdam, certains des meilleurs chanteurs d’opéra de la planète.

Après avoir obtenu sa maîtrise de l’Université de Montréal en 1996, Mme Doucet semblait se destiner à devenir soliste. Mais parce qu’elle avait «toujours eu un lien spécial avec le chant et les chanteurs, notamment d’opéra», elle a décidé de consacrer tous ses efforts pour devenir accompagnatrice et coach.

«Un coach est une personne qui non seulement joue pour les chanteurs en concerts et en répétitions, mais qui travaille à leurs préparations de rôles ou de répertoire, explique-t-elle. Ceci inclut la prononciation de la langue (anglais, français, allemand, italien), en plus de travailler sur le style, le rythme et la musicalité.»

À l’instar d’un sportif qui peaufine quantité de petits détails avant une compétition importante, un soliste doit lui aussi se préparer en prévision d’un concert ou d’une série de spectacles. Pour ce faire, il fait appel à un coach, comme Mme Doucet.

«J’ai beaucoup de connaissances de la technique vocale et cela me permet d’aider les chanteurs quand ils ont de la difficulté avec certains passages», précise-t-elle.

«Parce qu’on ne chante pas Mozart comme on chante Puccini», lâche-t-elle en riant.

Dès sa sortie de l’université, l’Acadienne a décroché un emploi avec la compagnie d’opéra de l’Université McGill, à Montréal. Son travail l’a ensuite amenée à travailler à Des Moines (Iowa), à Orlando (Floride), à Knoxville (Tennessee) et à Toronto.

Depuis 2009, elle vit dans le «joli et tranquille» petit village de Noord-Scharwoude, aux Pays-Bas. Elle exerce son métier à Amsterdam, pour le Dutch National Opera Academy et le Conservatoire d’Amsterdam. Elle est aussi coach et répétitrice indépendante pour presque toutes les maisons d’opéra des Pays-Bas.

Et quand sa saison de cours est terminée, elle se dirige vers Toronto ou l’Autriche pendant plusieurs semaines afin d’y transmettre son savoir-faire.

«Ce que j’adore de mon métier, c’est que ce n’est jamais ennuyeux!»

«Quand je vois mes chanteurs réussir, quand ils ont une carrière, je suis tellement heureuse, presque euphorique. Et c’est ce qu’il y a de plus beau dans ma carrière. J’adore les voir sur une grande scène et de savoir que quelque part, j’ai joué un petit rôle dans leur réussite.»

Quand on demande à Nathalie Doucet de quoi elle est la plus fière, sa réponse ne se fait pas attendre.

«J’ai toujours été capable de vivre de ma musique. Pas toujours d’une façon très riche, mais je n’ai jamais été obligée de prendre un boulot autre que la musique. J’ai aussi joué auprès de grands musiciens (elle cite notamment le chef d’orchestre Charles Dutoît). Pour ces expériences, je suis très reconnaissante.»

Vivre grâce à la musique… L’Acadienne avoue vivre son rêve.

«Je n’avais pas beaucoup d’amis quand j’étais enfant, mais la musique était ma meilleure amie. Je n’ai jamais considéré faire autre chose. Je me souviens que dès un très jeune âge, je disais à mes amis que je serais pianiste de concert. Il y avait quelque chose en moi, quelque chose de plus fort que tout, qui me permettait de ne jamais douter que ce rêve se réaliserait.»

Alors, regrette-t-elle d’avoir fait une croix sur une carrière de soliste pour se concentrer sur un métier qui se déroule davantage dans l’ombre?

«Quand je travaillais comme soliste, je passais des mois seule dans mon studio. Avec les chanteurs, je ne suis jamais seule. En plus, je joue très souvent sur les grandes scènes du monde avec eux! Je crois même qu’en tant qu’accompagnatrice, j’ai joué plus de concerts que j’aurais pu jouer en tant que soliste. Je suis même montée sur scène à plusieurs reprises au célèbre Concertgebouw à Amsterdam. Ce qui ne se serait certainement jamais produit si j’étais restée soliste.»

Au pays des tulipes… et des géants!

«Je crois vraiment que le destin m’a portée vers la vie que je dois vivre, ici, au Pays-Bas.»

Nathalie Doucet est une femme comblée. Non seulement gagne-t-elle sa vie grâce à la musique, mais elle réalise un rêve en vivant en Europe.

«J’ai été séduite par la culture européenne dès mon premier voyage dans les années 1990 lorsque je suis allée en France offrir des concerts avec un ami violoniste», dit-elle.

L’Acadienne raconte qu’elle a longtemps cru que c’est en Allemagne, où on retrouve de nombreuses maisons d’opéra, qu’elle s’installerait. Cupidon en a toutefois décidé autrement.

«J’ai marié un charmant Néerlandais, Jacob Lalkens. Mes plans ont donc changé un peu!»

Le couple vit à Noord-Scharwoude, à environ 50 km au nord d’Amsterdam, depuis 2009.

«La vie culturelle d’Amsterdam est pétillante, il y a des concerts presque tous les soirs avec de grandes vedettes de la scène musicale classique. Ma salle de concert préférée est le Concertgebouw. Elle est considérée comme l’une des meilleures du monde pour la musique symphonique.»

«Il y a aussi plusieurs musées dans lesquels on peut voir des œuvres de Rembrandt, de Van Gogh, de Renoir, de Monet et de Degas, notamment.»

Nathalie Doucet a aussi la chance de vivre à proximité d’Alkmaar, une destination touristique prisée.

«Venez à la fin avril pour voir les champs de tulipes. C’est de toute beauté, à en couper le souffle. On passe des journées à se promener pour regarder toutes les couleurs et en même temps les moulins à vent typiques des Pays-Bas!»

Mme Doucet raconte qu’elle a subi un certain choc culturel quand elle a débarqué aux Pays-Bas. Non seulement il y a du monde partout, mais les Néerlandais sont très grands.

«Ils sont énormes! Je mesure 1m52, les gens ne me voient pas et parfois ils me marchent presque dessus! C’est un peu frustrant», raconte-t-elle en riant.