Vivre de sa guitare à Paris

Patrice CôtéGens d'ici

Enfant, Dave Lanteigne rêvait de «devenir le meilleur guitariste au monde et de voyager avec la musique». Une partie de son rêve s’est réalisée puisque le jeune homme vit à Paris depuis maintenant dix ans où il enseigne la guitare classique et donne des spectacles.

Pas mal pour un petit gars de Lamèque qui, dès l’âge de 8 ans, ne rêvait que de posséder une guitare… électrique! Son souhait s’est réalisé quand il a eu 14 ans.

«Au départ, j’ai commencé par écouter et apprendre le rock et le blues et j’ai fréquenté des camarades de l’école qui jouaient déjà dans des groupes et qui m’ont appris beaucoup de choses», confie-t-il.

«C’est l’année suivante que j’ai reçu mes premiers cours de guitare classique. Je me suis immédiatement passionné par l’apprentissage du solfège et du répertoire de la guitare classique. Je trouvais ça plutôt intéressant de jouer du Bach à la guitare!»

Malgré son attachement pour sa terre natale, Dave Lanteigne n’a pas hésité une seule seconde quand, après des études à l’Université de Moncton et au Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec, l’occasion d’étudier à l’École Normale de Musique de Paris s’est présentée.

«La décision (de déménager) n’était pas difficile du tout… Au contraire. C’était pour moi une réussite énorme ou plutôt un rêve qui se réalisait.»

Pendant cinq ans, il a étudié en compagnie de Rafael Andia, un guitariste classique très renommé qui lui apprit plusieurs techniques de main droite et beaucoup de répertoires espagnols pour guitare classique. Des études qui lui ont demandé «beaucoup d’énergie et de passion». Mais la vie à une façon de récompenser ceux qui multiplient les efforts.

«J’ai eu la chance de pouvoir chanter quand je le désirais dans un petit bistrot près de la cité universitaire, ce qui me permettait de faire découvrir mes chansons et mon univers artistique.»

Pendant ce temps M. Lanteigne est aussi devenu professeur de guitare dans deux écoles de la région parisienne, l’une située à Levallois-Perret et l’autre à Boulogne-Billancourt.

«Cela me passionne beaucoup de développer ma pédagogie et ça me permet également de rencontrer beaucoup de gens différents. Je dois entretenir deux classes de guitare, transmettre aux élèves les bonnes bases et trouver une manière pour qu’ils progressent continuellement et trouvent un plaisir à jouer», explique le diplômé de l’école Marie-Esther de Shippagan.

Parallèlement à son métier de professeur, l’Acadien, qui est auteur-compositeur-interprète, poursuit également une carrière de chanteur qui l’amène à se donner en spectacle dans le cadre d’événements et de festivals. Il a d’ailleurs produit son premier album, Les Bonheurs Éphémères, sorti à l’automne 2014. Une réalisation qui lui a notamment permis de participer aux rencontres d’Astaffort dirigées par Francis Cabrel.

«Le plus important pour moi, c’est mon projet de chansons. Je l’alimente depuis toujours et je dois constamment le défendre», raconte-t-il.

L’Acadien souligne toutefois que «le plus agréable, c’est quand les gens me contactent eux même parce qu’ils ont entendu parler de moi», un signe qu’il «avance» vers son plus grand rêve: «continuer à chanter et à écrire de nouvelles chansons pour produire mon deuxième album et venir le chanter en Acadie».

L’Acadie occupe d’ailleurs une place très importante dans le coeur de l’artiste. Pendant ses études à l’École Normale de Musique de Paris, en plus de répéter plusieurs heures par jour la guitare classique, il a composé une chanson intitulée Acadie

«J’ai composé cette chanson grâce à mes émotions et la nostalgie que j’avais de chez moi et aussi pour expliquer mon passage outre Atlantique». Et il affirme que, lors de ses concerts, il explique toujours l’histoire de ses origines.

Une rencontre importante

Au milieu des années 2000, Dave Lanteigne a fait une rencontre qui a eu un impact important sur sa carrière: celle du chanteur québécois d’origines italiennes Marco Calliari.

Intéressé à prendre part au «projet jeune volontaire», l’Acadien a contacté plusieurs artistes et boîtes de production afin de se dénicher un parrain. «Marco est le seul qui a accepté de me rencontrer sans me poser trop de questions», se rappelle Dave  Lanteigne.

«Il m’a beaucoup conseillé et m’a présenté à plusieurs musiciens.» De leur collaboration est né un mini-album sur lequel le jeune homme a endisqué pour la première fois une de ses chansons les plus populaires, Mila. Quelques années plus tard, Dave Lanteigne a eu le plaisir de faire la première partie du populaire chanteur quand celui-ci a offert un spectacle à la Maison d’Italie de la Cité internationale universitaire de Paris.

Les distractions de la Ville Lumière…

Dave Lanteigne adore vivre à Paris. Tellement qu’il lui arrive encore, dix ans après y avoir emménagé, de succomber aux distractions de la Ville Lumière.

«Le plus difficile pour moi, c’est de trouver l’inspiration et le courage de créer. Parce qu’ici à Paris, les tentations sont fortes et il y a toujours la possibilité de faire autre chose.»

«Je ne me lasse jamais de me balader dans les rues, de contempler l’architecture, de découvrir de nouveaux lieux et d’assister à des concerts et des pièces de théâtre qui sont souvent très abordables ou gratuits.»

Heureusement, à force de volonté, l’Acadien parvient à se concentrer sur ses tâches de création. Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier chaque minute passée dans sa ville d’adoption.

«Les clichés nous font croire que les gens sont désagréables et que le stress est omniprésent. C’est vrai, mais en réalité, ce n’est pas toujours comme ça. Quand on commence à s’intéresser aux gens et à se faire des amis, les choses deviennent plus faciles et on arrive à mieux comprendre les Parisiens dans leur vie quotidienne.»

«Mais Paris reste quand même une ville très agitée. Et si tu veux y vivre, tu dois te jeter dedans et essayer de suivre!»