Physicien de carrière, Michel LeBlanc, de Lagacéville, près de Néguac, vit à Houston au Texas depuis dix ans. On ne se surprendra pas d’apprendre qu’il travaille dans l’industrie pétrolière. Son champ de compétences sort toutefois de l’ordinaire: il fait «parler» les puits de pétrole!

Âgé de 50 ans, M. LeBlanc est chef technique de l’équipe de capteurs phototoniques et communications au sein de la multinationale Halliburton.

Son travail est d’utiliser la physique afin de développer de nouvelles technologies pour mesurer et définir les nappes de pétrole en utilisant les fibres optiques.

«Un puits de pétrole peut être long de plusieurs kilomètres, explique-t-il. Il est très utile de savoir ce qui s’y passe en tout temps. Par exemple, un câble à fibre optique peut-être utilisé pour obtenir une mesure de la température à chaque mètre du puits.»

«Nous pouvons également utiliser le même genre de câble pour “écouter” le puits. Cette nouvelle technique, appelée Distributed Acoustic Sensing, est l’objet de beaucoup de recherche et de développement dans l’industrie et notre équipe y est fortement active.»

Écouter un puits de pétrole permet d’en détecter les fuites ou les irrégularités dans son écoulement. Ces données sont fort utiles aux travailleurs qui extraient le pétrole du puits, notamment pour assurer leur sécurité.

En plus de son travail chez Halliburton (une société texane presque centenaire qui emploi plus de 50 000 personnes réparties dans 70 pays), le diplômé de l’école La Rencontre de Néguac enseigne la physique à l’Université de Houston.

«Je n’enseigne qu’un cours par semestre, deux soirs par semaine. Cela me permet de rester en contact avec les fondements scientifiques de mon travail. C’est très enrichissant.»

Les étudiants de l’Acadien sont choyés: leur professeur a beaucoup de vécu.

Après des études universitaires en physique et en génie, M. LeBlanc a décroché un boulot de chercheur au sein de l’Institut d’études aérospatiales de l’Université de Toronto en 1990, ce qui lui a permis de travailler sur un projet du groupe Boeing.

En 1996, après avoir rencontré une Américaine qui allait devenir sa femme (Rossana Elena Florez), l’Acadien a déménagé à Washington quand il a décroché un poste de chercheur au Laboratoire de recherche navale. Dans le cadre de ses travaux (qu’il qualifie de «fascinants»), M. LeBlanc a collaboré avec la compagnie qui allait plus tard l’embaucher: Halliburton.

Mais avant de faire le saut dans l’industrie pétrolière, il a travaillé pour l’entreprise de télécommunications Alcatel. D’abord en Virginie, puis à Plano, au Texas.

Un parcours dont la diversité rend l’Acadien très fier.

«J’ai pu appliquer les notions de base de la physique à une vaste gamme de problèmes. J’ai pu travailler dans plusieurs domaines tout en appliquant différentes facettes de la physique (optique de la mécanique, thermodynamique, mécanique des fluides).»

«Ce qui me manque le plus: l’hiver canadien!»

Michel LeBlanc est un être d’exception: à la chaleur du Texas, il préfère le froid du Canada. «Ce qui me plaît le moins au Texas, c’est l’humidité et la chaleur. Il fait trop chaud ici. Et il n’y a pas de neige! Ce qui me manque le plus: le bon vieil hiver canadien, avec ses sports, la lumière du jour sur la neige et les nuits sèches, froides et remplies d’étoiles.»

Le Texas, c’est évidemment le pétrole, la chaleur et l’amour des armes, mais c’est aussi une importante communauté hispanophone. «Je vois beaucoup de similarités entre les Hispaniques du Texas et les Acadiens des Maritimes, dit-il. Ce sont deux communautés minoritaires de grande taille qui ont des racines longues et profondes et qui n’ont pas peur de vivre leur culture et de s’exprimer.» Parlant de l’Acadie, M. LeBlanc a vite remarqué que ce mot a un sens totalement différent à Houston qu’à Lagacéville. «Comme le Texas est juste à côté de la Louisiane, le mot “Acadian” est presque exclusivement associé aux Cajuns par les Texans. Beaucoup d’entre eux ne savent même pas qu’il existe des Acadiens du Nord, qui vivent sur leur territoire d’origine, où la culture acadienne est de souche et encore plus ancienne.»

Fasciné par l’espace

Michel LeBlanc admet qu’enfant, il pensait peu à l’avenir. Mais l’exploration spatiale l’a toujours fortement intéressé. «Au lieu d’un téléviseur, ma mère nous avait acheté quelques encyclopédies. J’étais fasciné par les articles décrivant l’exploration de l’espace et la marche sur la Lune. Devenir astronaute est probablement un rêve que j’avais en grandissant», confie-t-il candidement. Pensait-il un jour travailler aussi loin de l’Acadie?

«Compte tenu de l’intérêt que j’avais pour l’aviation et pour le programme spatial, il allait de soi que je pourrais un jour travailler loin de chez moi. Vivre à Houston (où sont notamment situés les centres d’entraînement et de contrôle de la NASA) m’a sûrement trotté dans la tête à un moment donné.» Le programme spatial américain a connu de meilleurs jours, ce qui désole un peu M. LeBlanc. «On voit dans ce domaine un très grand recul par rapport aux belles années d’Apollo et des navettes spatiales», souligne-t-il. Qu’à cela ne tienne, l’Acadien demeure un passionné. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard s’il s’est marié un 20 juillet, jour où Neil Armstrong a fait les premiers pas de l’homme sur la Lune (et jour de la fête nationale de la Colombie, pays d’origine de son épouse Rossana).