Après ma chronique sur les Le Bouthillier, Édith Butler m’a approché pour me faire part de sa théorie sur les origines de la lignée Le Boutillier (Butler) de Paquetville.

Ses recherches à propos du conjoint de Luce Mallet – la matriarche de la lignée – l’ont mené à penser qu’il pouvait être le même homme que le commerçant et politicien de Gaspé, John Le Boutillier.

Comme les sources ne permettent pas de documenter un tel rapprochement, elle me demandait s’il était possible, par la génétique, de vérifier si c’est bien le cas.

Jean Le Boutillier est cité avec Luce Mallet comme parent de Jean Le Bouthillier à son mariage à Anne Benoît, le 10 janvier 1859 à Shippagan.

Dans l’acte de mariage, on peut effectivement déceler quelques indices qui vont dans le sens de la théorie évoquée. L’acte ne donne pas leur lieu de résidence, contrairement aux parents de la mariée.

De même, il est curieux que le père, toujours vivant selon l’acte, est absent au mariage de son fils. Comme on sait que Luce est alors l’épouse de Charles Quenault, on devrait s’attendre à ce que le père du marié soit cité «feu Jean Le Boutillier», ce qui n’est pas le cas. Les témoins au mariage sont Antime Mallet et Marie Mallet, sans présence de parenté côté Le Boutillier. Puis, on perd aussitôt la trace de cet homme.

Pour y voir plus clair, Mme Butler a donc fait tester l’ADN des deux lignées (ADN-Y 37-str) grâce à son frère Denis et un descendant de John Le Boutillier (le commerçant et député de Gaspé) de Montréal.

Les résultats sont maintenant connus et ils laissent peu de doutes. Tout semble indiquer que c’était bel et bien la même personne. Avec une distance génétique de 3, les deux sujets testés sont bien de la même souche de Le Bouthillier, de Jersey.

Selon les connaissances actuelles, tout porte à croire qu’ils descendent du même pionnier. C’est bien possible qu’il s’agisse de deux hommes qui étaient cousins. Mais comme l’amant de Luce Mallet ne laisse pas de traces et que l’on ne connaît pas d’autre Jean (ou John) Le Boutillier de Jersey qui fait souche dans la région, il faut en déduire que c’est la même personne, à défaut de meilleurs candidats. Mais ça peut changer si d’autres sont découverts.

Après avoir représenté la circonscription de Gaspé de 1833 à 1838, Jean Le Bouthillier aurait vraisemblablement eu une maîtresse de ce côté-ci de la baie des Chaleurs. Luce a-t-elle travaillé comme bonne à Gaspé dans sa jeunesse? À peu près en même temps que Luce donnait naissance à son fils, la femme de Jean Le Boutillier, Élisabeth Robin, donnait naissance à son septième et dernier enfant, Charles.

On peut comprendre que Luce Mallet n’a jamais caché ce fait, puisque son fils a porté le nom de son père naturel, Jean Le Bouthillier, avant que ce dernier n’adopte Butler.

Commerçant et député

Adolescent, John Le Bouthillier débarque en Gaspésie vers 1815 comme employé de la Charles Robin & Co.

Il doit jouir d’une certaine éducation, car il est employé comme commis, avant de devenir gérant à Paspébiac et à Percé.

Il quitte son emploi en 1830 pour rejoindre la compagnie de William Fruing, qui l’a formé au métier.

Trois ans plus tard, John démarre sa propre compagnie, la John Le Boutillier & Co. et s’installe pour de bon à Gaspé.

La même année, il est élu comme député de Gaspé, siège qu’il tiendra jusqu’en 1838. Il représentera Bonaventure de 1844 à 1847, puis Gaspé de 1854 à 1867.

En 1861, la compagnie de John Le Boutillier employait 2500 hommes, le long des côtes de la Gaspésie, de Paspébiac à Sainte-Anne-des-Monts. Il possédait 12 navires et 169 bateaux de pêche.

Après sa mort à Gaspé le 31 juillet 1872, La Charles Robin & Co. absorba l’entreprise de Le Boutillier.

Les cousins de John (David, Amy et Edward Le Boutillier) ont pour leur part opéré la Le Boutillier Brothers Co., basée à Paspébiac. Mario Mimeault rapportait dans un texte à son sujet que selon une tradition, cette famille pourrait remonter au XIIe siècle, issue de l’échanson anglais Hugh Pincerna, dont les descendants auraient pris le nom de son métier à Jersey. Mais ces traditions sont difficilement vérifiables, voire impossibles. Il ne faut pas y donner trop d’importance.

Pour une biographie plus complète du pionnier, voir l’ouvrage de M. Mimeault publié en 1993: John Le Bouthillier 1797-1872, La grande époque de la Gaspésie, ou une version écourtée sur Encyclobec.

Précisions sur Joseph Le Bouthillier de Caraquet

Dans ses recherches datant de 2002, le chercheur Roger Guitard apporte quelques précisions sur ce pionnier décrit dans ces pages en janvier.

Le prénom «Joseph» nous provient d’une correspondance du missionnaire Phillipe-Auguste Parent en 1816, soit plus de 55 ans après son décès.

Pourtant des billets de pêche faits à Grande-Rivière en 1752 pour Jean Le Bouthillé (sic) et Angélique (Giraud dit) St-Jean sont conservés aux Archives de Bayonne et rapportés par Mario Mimeault dans sa thèse en 1981.

Ce qui nous confirme que le prénom de l’ancêtre pionnier Le Bouthillier à Caraquet était donc Jean, plutôt que Joseph.

 

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