Personnalité de la semaine: Samuel Daigle

Béatrice SeymourGens d'ici

Samuel Daigle est originaire du comté de Kent. Sa conjointe et lui ont élu domicile à Bathurst en 2000, une fois leurs études médicales complétées. Médecin de famille, ce passionné de nature se dévoue sans compter pour inciter ses concitoyens à bouger, en contribuant au développement de sentiers pédestres et cyclables dans la région. Sa devise est: «je peux sauver plus de vies en aidant à bâtir des sentiers qu’en prescrivant des pilules». Il a collaboré activement à la présentation du premier Défi Népisiguit, en octobre, qui consistait à parcourir 140 km du mont Carleton à Bathurst, en vélo, en canot et à la course, durant deux jours – tout en y participant. Le Dr Daigle trouve quand même le temps d’exercer ses fonctions de conseiller municipal de Bathurst, depuis son élection en mai. Homme discret de tempérament, il s’est retrouvé sous les feux des projecteurs récemment en remportant par tirage au sort le concours de photos de l’organisme Conservation de la Nature Canada. Par ailleurs, son approche pour promouvoir l’activité physique et un mode de vie sain n’est pas passée inaperçue parmi ses pairs, puisque le Collège des médecins de famille du Canada vient de lui décerner le prix du médecin de l’année du Nouveau-Brunswick.

Vous vous impliquez davantage dans les sentiers verts depuis les trois dernières années, même si l’aventure remonte à un peu plus longtemps.

Ça a commencé avec un tout petit projet de sentier de vélos. Jim Fournier, mon voisin, était président des sentiers à Bathurst. J’avais le goût de redonner à ma communauté et je trouvais qu’il y avait plusieurs personnes avec beaucoup d’énergie, sauf que les projets n’avançaient pas assez vite. J’ai décidé de profiter de mon rôle pour accélérer les choses, sensibiliser la population aux besoins et lever des fonds. J’ai recueilli de l’argent auprès du personnel de l’hôpital pour que le public se rende compte que beaucoup de gens pensent que ça vaut la peine. Les municipalités voisines, comme Beresford, ont embarqué et nous avons formé Sentiers Verts Chaleur, qui est le regroupement régional de Bathurst à Belledune. Le regroupement a été fondé non seulement pour les infrastructures, mais pour organiser des activités pour que les sentiers soient utilisés. Nous avons fait des sorties de marche, de vélo, même en canot/kayak. D’une chose à l’autre, j’ai rencontré Rod O’Connell, qui avait travaillé il y a bien des années à la restauration du sentier Mi’gmaq. Avec l’aide d’autres individus, nous avons relancé l’initiative du sentier de marche. Ça a été plus vite que je pensais puisqu’en deux ans, nous avons déjà nettoyé plus de la moitié du parcours, y faisant même une course.

Qu’est-ce qui vous motive?

Avec toutes les initiatives de sentiers, premièrement, nous améliorons la santé de la population et deuxièmement, c’est mieux pour l’environnement. Si nous pouvons créer un réseau de pistes cyclables, c’est bien pour réduire l’usage de la voiture. En dernier lieu, je croise beaucoup de gens qui se plaignent que l’économie va mal, qu’il n’y a pas de job. Nous sommes assis sur une mine d’or et jamais je ne pourrais croire qu’avec tous nos projets, nous ne pouvons pas attirer les touristes, créer des jobs et faire des alliances. Ça vaut la peine parce qu’il y a tellement de positif dans plusieurs sphères que ça me donne l’énergie pour continuer. C’est une des interventions où nous pouvons le plus contrôler, diminuer ou ralentir l’épidémie d’obésité et de diabète. Plus les gens font du transport actif, moins le taux d’obésité est élevé. Il y a encore une place pour des médicaments, mais selon moi, probablement 90% ne sont pas ou dont très peu utiles. Je fais des présentations sur le besoin de sortir souvent dehors, de se connecter avec la nature, de se débrancher des appareils électroniques. J’ai fini par faire toutes les écoles de la région, allant même à Dalhousie et dans la Péninsule acadienne. J’ai été invité à un colloque de mieux-être à Moncton, au printemps pour parler de tout cela.

Le Collège des médecins de famille du Canada vient de vous consacrer le médecin de famille par excellence dans votre province.

J’étais surpris parce que je n’ai que 42 ans et il y a beaucoup d’autres médecins qui ont une excellente pratique, tout en siégeant à plusieurs comités. J’aurais choisi ma conjointe avant moi pour recevoir le prix. Cependant, il est vrai que j’ai mis beaucoup d’efforts dans la communauté. Je n’ai pas exercé pour que ce soit profitable pour moi, mais pour faire une différence dans ma collectivité. C’est ce que représente ce prix. C’est un modèle pour les étudiants et résidents en médecine. Il n’y a pas un salaire qui bat le positif qui ressort du développement de sentiers.

Que prévoyez-vous d’autre à court terme?

Un changement de carrière. Je vais cesser de travailler aux urgences le 1er janvier. Je vais tenter de recycler mes connaissances médicales. Je suis en discussion avec le Réseau Vitalité et le gouvernement pour faire encore plus d’interventions dans les écoles, les centres communautaires et les foyers. J’aimerais attaquer les problèmes à la source au lieu de réagir en mettant des pansements. J’ai toujours été dirigé par ce qui me passionne. C’est ainsi que nous sommes plus productifs. Je pense que je peux faire une plus grande différence dans ma communauté sur plusieurs indices de santé en faisant du travail en amont.