L’épave de Pointe-Jaune en Gaspésie aurait été identifiée et serait le Jean Joseph de Saint-Malo. Ce navire transportait l’ancêtre des Lanteigne de Caraquet, Louis de Lentaigne, vers sa terre d’adoption.

Construit en 1744, le Jean Joseph de Saint-Malo a d’abord été utilisé comme navire-corsaire pendant deux ans. Il a ensuite surtout servi comme navire de transport de troupes et de marchandises. À partir de 1749, le navire est affecté à la pêche à la morue au Petit Nord (Terre-Neuve).

En 1754, le navire prend la direction de Gaspé (avec Louis de Lentaigne à son bord). Le navire fait la traversée trop tôt au printemps, et se prend dans les glaces de la baie de Gaspé.

Après avoir évacué les passagers (le naufrage n’a fait aucune victime), le navire, dérivant dans la baie et brassé par les glaces se serait démembré avant de couler, dans la nuit du 11 au 12 avril.

Robert Lanteigne, l’auteur de l’article sur Louis de Lanteigne cité dans ma chronique à son sujet, a poursuivi les recherches concernant ce navire naufragé. C’est ainsi qu’il a pris connaissance d’un rapport de fouille archéologique de 1980 sur les restes d’un navire inconnu dans la baie de Gaspé – l’épave DdDb3, surnommée l’épave de Pointe-Jaune – à Saint-George-de-Malbaie.

En croisant les informations des archives françaises concernant le rôle d’armement du navire – de 250 tonneaux et armé de 12 canons – avec les données d’un article de recherches subaquatiques de l’archéologue André Lépine sur l’épave de Pointe-Jaune dans les années 1980, M. Lanteigne a constaté qu’il devait sans doute s’agir du Jean Joseph de Saint-Malo, qui a sombré il y a maintenant 262 ans.

Le naufrage est indiqué en marge du rôle du Jean Joseph de 1754. Son capitaine Nicolas Bertrand Mallet de Villestreux fera également un rapport des événements.

Plusieurs artéfacts ont été récupérés sur les lieux, dont un canon, des boulets, des grenades, des plombs de pêche et une poulie.

La plupart des denrées du navire avaient été soutirées avant qu’il ne sombre, avec l’aide des habitants travaillant pour François Thibodeau, propriétaire au Barachois de la Malbaie et associé de Pierre Revol à Gaspé. Ce Thibodeau était d’une famille française d’abord établie à Montréal, sans parenté connue avec les Thibodeau acadiens.

Pendant des années, certains artéfacts du Jean Joseph dormaient dans les voûtes du Musée Stewart, puisqu’on ignorait l’identité du navire dont ils provenaient.

- Musée de la Gaspésie
– Musée de la Gaspésie

Un canon retiré de l’épave est aujourd’hui en exposition permanente au Musée de la Gaspésie.

Si certaines sources parlent du naufrage du Jean Joseph du capitaine Mallet en 1748, les rôles d’armement du navire et autres documents montrent que ce naufrage s’est bien produit en 1754, confirmé encore dans son rôle de désarmement «pour mémoire», en 1755, en plus du rapport de Mallet.

Les débuts du navire à la course expliquent pourquoi le site comptait des canons de facture anglaise, sans doute des trophées de guerre.

L’un d’eux a d’ailleurs orné la propriété d’un particulier à Gaspé pendant un certain temps.

Les Lanteigne ont donc une nouvelle raison de se rendre au Musée de la Gaspésie à Gaspé, pour admirer cet objet-témoin de leur histoire.

Référence:

Robert Lanteigne, Pourquoi l’épave de Pointe-Jaune est le Jean Joseph de Saint-Malo?, Magazine Gaspésie, juillet-octobre 2015, pp. 9-11.

Pierre Étienne Caza, Sur les traces de Louis de Lentaigne, Actualités UQAM, 4 octobre 2016.

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