Personnalité de la semaine: Véronica Carpenter

Simon DelattreGens d'ici

Véronica Carpenter s’est impliquée bénévolement pour aider les réfugiés syriens dès leur arrivée à Moncton. Constatant que les femmes avaient plus de mal à s’intégrer, elle a proposé à plusieurs d’entre elles de vendre leurs plats aux marchés de Moncton et de Dieppe, sous le nom de Saveurs de Syrie.

Véronica Carpenter a ainsi contribué à la création d’un organisme sans but lucratif, l’Initiative de développement économique et social pour les femmes syriennes (SWESDI) du Grand Moncton. Elle est la Personnalité Radio-Canada/Acadie Nouvelle du lundi 12 décembre.

Comment est venue l’idée de vendre des spécialités syriennes au marché?

Je rencontrais les femmes toutes les semaines lors d’activités familiales et j’ai fini par toutes les connaître. Tous les organismes faisaient un travail incroyable pour leur installation. Les femmes profitaient des services de santé, mais quand ça venait à la formation, à la recherche d’emploi on ne voyait que des hommes. Lorsqu’on reste chez soi dans un pays qu’on ne connaît pas, on subit vite l’isolement. C’est plus facile d’apprendre une langue quand on rencontre la communauté. On leur a demandé: qu’est-ce qui vous plaît? Elles nous ont dit qu’elles aimeraient sortir de chez elles, prendre une pause avec les enfants, se retrouver entre femmes… Elles ont fait une liste: broderie, art, esthétique, cuisine. Elles sont arrivées sans aucun bien, mais elles avaient leurs souvenirs, leurs compétences. Comment se servir de ça pour qu’elles sentent qu’elles font partie de Moncton? On a alors proposé de vendre des plats aux marchés de Moncton et Dieppe. Pour nous, c’était important qu’elles apprennent les deux langues. Dix-huit femmes ont accepté de participer. L’Église anglicane Saint George nous a offert leur cuisine pour préparer les plats. C’est un superbe partenariat de voir ces femmes musulmanes se rassembler dans ce lieu chrétien.

Est-ce que ça a été difficile pour elles de se lancer dans les affaires?

Il y a eu toutes sortes de défis. Elles avaient toutes des idées différentes et beaucoup n’avaient jamais travaillé. Elles devaient apprendre les règles, la monnaie canadienne. Il a fallu apprendre à travailler ensemble sans disputes. Mon travail, c’était de rendre les choses possibles puis de leur laisser la place. Le plus important c’est d’écouter. Notre projet a réussi parce que ce sont les femmes qui ont tout choisi: les produits, les recettes, la présentation. Avec 18 femmes, il n’y a pas beaucoup d’argent à faire. Mais pour elles, c’était surtout l’occasion de se retrouver, de cuisiner en musique…

Qu’est-ce que Saveurs de Syrie leur a apporté?

Ça leur donne la chance de sortir, de partager leurs histoires, d’oublier leurs problèmes. Elles aiment pouvoir parler avec le monde du Grand Moncton. Tu peux voir qu’elles sont plus indépendantes. Chaque semaine, elles vont au marché, à l’Association multiculturelle pour les cours de langue, à la bibliothèque publique pour la formation. Elles rient. Elles vivent de nouveau. Elles peuvent envisager l’avenir. Dans les camps, elles vivaient au jour le jour. Elles arrivent dans un pays où tout est différent, le climat, la langue, la culture, et elles n’ont pas choisi d’être là. Elles ont dû venir ici pour survivre. Un an plus tard, leurs enfants vont à l’école, leurs familles ont un appartement… Elles veulent donner en retour à leur pays d’accueil. Mais elles ont toujours besoin d’aide. Elles doivent apprendre la langue.

Comment voyez-vous la suite?

On réfléchit à d’autres projets. On voudrait se lancer dans la restauration, on pourrait cuisiner au restaurant Blue Olive, construire un menu et faire des livraisons. On veut aussi développer un projet artistique qui intégrerait autant de Syriens que de Canadiens. J’ai hâte de pouvoir en parler davantage!

Pourquoi êtes-vous si passionnée?

Je me suis inscrite comme bénévole auprès de l’Association multiculturelle du Grand Moncton. On a rencontré la deuxième famille qui est arrivée la veille du Nouvel An. Je n’oublierai jamais cette expérience: la peur, la détermination dans leurs yeux… Ils arrivaient avec leurs quatre enfants et n’avaient aucune idée où se trouvait Moncton sur la carte. Ils savaient juste qu’après tout ce qu’ils avaient vécu, ils devaient nous faire confiance, et accepter notre aide. J’avais apporté un jeu de construction en guise de cadeau, leurs enfants se sont assis et ont commencé à l’assembler avec mes enfants. Je me suis dit, c’est qu’on va faire, on construire quelque chose ensemble. On veut créer un sentiment d’attachement pour qu’ils restent ici. Quand tu travailles avec quelqu’un qui a besoin d’aide, tu reçois autant en retour. Il y a beaucoup à apprendre de leur esprit, de leur courage.