Michel Saindon: l’ADN confirme les origines à Bains-sur-Oust

Denis SavardGens d'ici

Dans quelques-unes de mes dernières chronique, j’ai évoqué la possibilité de résoudre les cas de pionniers acadiens d’«origines inconnues» par l’ADN. Nous avons déjà un exemple parfait avec la famille Saindon, dont les origines étaient inconnues à la fin du siècle dernier, et incertaines jusqu’en octobre.

Si cette famille est aujourd’hui rare au Nouveau-Brunswick (une quinzaine de numéros dans les pages blanches), c’est que son pionnier est arrivée un peu tard en Acadie, dans les années 1730. Après être passé par Grand-Pré, l’ancêtre Michel Saindon s’établit à Sainte-Anne-des-Pays-Bas (Fredericton) vers 1736, où il épouse la fille du seigneur de l’endroit, Marie-Yvette Godin.

L’Association des Saindon de l’Amérique du Nord est très active au niveau de la généalogie depuis plusieurs années. En 1999, l’association affecta une équipe chercheurs Français (Jean-Luc Guyot, Albert, Yvette et René Saindon) pour trouver les origines de Michel Saindon en France. Au même moment et de façon indépendante, Robert A. Saindon du Montana avait mis Marie-Noëlle Jouan sur la même piste.

Les deux équipes en sont venues à la même conclusion: Michel Saindon était «peut-être» celui né et baptisé le 2 décembre 1715, à Bains-sur-Oust, dans le département d’Ille-et-Villaine, en Bretagne. La date correspond à peu près à l’âge déclaré de Michel à son décès le 23 novembre 1780 à Kamouraska (environ 62 ans). Les âges déclarés par les proches au décès sont rarement très précis.

Baptême de Michel Saindon, fils de Pierre et Marie Marqué, à Bains-sur-Oust, le 2 décembre 1715. - Gracieuseté Archives départementales Ille-et-Villaine
Baptême de Michel Saindon, fils de Pierre et Marie Marqué, à Bains-sur-Oust, le 2 décembre 1715. – Gracieuseté Archives départementales Ille-et-Villaine

Mais, comme j’ai déjà indiqué dans ces pages, la simple découverte du baptême d’un enfant portant le même nom qu’un pionnier, même si du bon âge, ne confirme pas que c’est le même individu. Des homonymes peuvent exister. Donc, depuis 1999, les recherches étaient bloquées.

On se doutait depuis longtemps que cette région était le foyer des Saindon, puisqu’ils y sont particulièrement nombreux alors qu’ils sont généralement absents ailleurs.

L’origine du patronyme s’explique d’ailleurs assurément par le toponyme «Saint-Don», un hameau à 7 km de Bains.

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Les chercheurs ont ratissé large pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’autre Michel Saindon dans la région, sans trouver d’homonymes. Selon Mme Jouan «pour tous les Saindon relevés à Bains, on arrive à les relier aux mêmes ancêtres».

Mais il y avait toujours la possibilité que le patronyme Saindon soit apparu ailleurs en France, pour donner la lignée acadienne, dont la présence serait passée sous silence. Difficile d’éliminer cette possibilité par les sources habituelles.

C’est ainsi que récemment, l’association s’est tournée vers l’ADN pour confirmer que l’ancêtre Saindon est bien de la souche de Bains et, par déduction, celui né à cet endroit en 1715.

Avec la participation d’un Cindon – descendant direct français de Pierre Saindon, le frère de Michel Saindon né en 1715 – ils ont pu comparer les signatures des deux branches.

Les résultats (Y-STR37) sont éloquents. Une seule mutation – sur les 15 générations qui les séparent – distingue les deux échantillons. Si la distance génétique ne permet pas d’établir l’âge précis de l’ancêtre commun, la correspondance génétique et la connaissance documentaire de la famille Saindon à Bains confirment que le baptême de 1715 doit être celui du pionnier acadien.

La chapelle de Saint-Méen à Bains, lieu du mariage des parents de Michel Saindon. - Gracieuseté
La chapelle de Saint-Méen à Bains, lieu du mariage des parents de Michel Saindon. – Gracieuseté

Immigrant tardif en Acadie

La première mention de Michel Saindon en Acadie est signalée au mariage à Grand-Pré de Claude Antoine Duplessis avec Catherine Lejeune, le 3 septembre 1736, où il sert de témoin. À la même époque, il épouse Marie Yvette Godin, probablement à Sainte-Anne, où sont installés les Godin. Les Saindon du Canada descendent donc des Godin et des Savard.

Michel est mentionné au recensement de la Pointe Saint-Anne (Fredericton) par le père Daniélou en 1739, avec sa femme chez sa belle-mère Angélique Jeanne (dite la veuve Angélique Bellefontaine).

Le 23 septembre 1751, Michel Saindon reçoit de l’intendant Bigot à Québec la commission d’arpenteur royal. Preuve que Michel a profité d’une éducation assez avancée avant de quitter la France.

La famille Saindon demeura aux pays bas jusqu’à la fin la guerre de Sept Ans.

Michel est toujours à Sainte-Anne au recensement de 1763 de Carleton. Il quittera la région peu après, puisqu’on le retrouve dans la région de Cacouna au Québec à l’été de 1764.

la maison de Michel Saindon, construite vers 1764, aurait été détruite au début du 20e siècle. - Gracieuseté (Ass. Sainson)
la maison de Michel Saindon, construite vers 1764, aurait été détruite au début du 20e siècle. – Gracieuseté (Ass. Sainson)

Après avoir passé près de 30 ans sur la rivière Saint-Jean, Michel repart à neuf à l’âge de 50 ans. Le 7 août 1765, Michel achète le premier de trois lots (56, 57 et 58) à défricher à Cacouna.

Le 16 janvier 1769, il reçoit une commission de notaire de Guy Carleton, autre preuve d’études avancées – dont la connaissance du latin. Il a exercé comme notaire du 25 janvier 1768 jusqu’au 2 octobre 1780.

Trois semaines après avoir signé son dernier acte, Michel Saindon rend l’âme le 23 octobre 1780, à Kamouraska.

Côté ADN, on déduit par une correspondance un peu plus éloignée que la famille Saindon appartient au haplogroupe R-BY1020 – une branche de l’arbre patrilinéaire humain – âgé d’environ 3200 ans. Cette branche appartient aussi à la grande famille celte R-M269 souvent évoquée ici.
Références:

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