Né le 27 août 1944 à Bruxelles, c’est-à-dire une semaine avant la libération de la ville à la fin de la Seconde Guerre mondiale, George Wibouw a mené – et mène toujours – une vie de bâtisseur. Après avoir fait des études de premier cycle à l’Université d’Anvers, il déménage au Canada à l’âge de 23 ans. Attiré par l’Expo 67 de Montréal, il entreprend sa maîtrise en administration des affaires (M.B.A.) à l’Université McGill, à Montréal. En 1970, il obtient un poste de professeur à l’Université de Moncton. Il est alors à peine âgé de 25 ans.

Fils d’un père enseignant de français, Lucien, et d’une mère enseignante de flamand, Georgette, M. Wybouw contribue à l’avancement de l’université en Acadie pendant des décennies. Il devient directeur du programme de M.B.A. de l’Université de Moncton, de 1993 à 1996, puis doyen de la Faculté d’administration, de 1996 à 2001.

Accompagné de son épouse Odette Albert, de Saint-Simon dans la Péninsule acadienne, M. Wybouw a fondé et présidé de nombreux organismes et événements à Moncton. Il est notamment fondateur du Festival des vins du monde du Canada atlantique et du Festival multiculturel du Grand Moncton. Il est aussi président sortant de l’Association multiculturelle du Grand Moncton et président de Lire et faire lire en Acadie, programme qui entame lundi une nouvelle session semestrielle de lecture.

Il est la personnalité de la semaine Radio-Canada / Acadie Nouvelle pour la semaine du 30 janvier 2017

Comment avez-vous vécu votre arrivée en Acadie, dans les années 1970?

«On était, à l’époque, dans une université en pleine croissance. Les dirigeants faisaient beaucoup confiance aux professeurs. Lorsqu’on avait de bonnes idées, le doyen disait “allez-y, développe-moi ça”. On travaillait fort, puis on développait beaucoup de choses dans cet esprit-là. Il y avait un climat d’effervescence qu’on ne retrouve pas souvent dans une université plus vieille. En anglais on dit “the sky is the limit”, et c’était presque ça. Les années 1970 étaient fabuleuses à Moncton.»

D’où provient votre sens de l’initiative?

Depuis que je suis tout jeune, je suis un peu entrepreneur. En Belgique, j’organisais déjà des choses quand j’avais juste 14 ou 15 ans. Parfois, c’était un peu difficile: il y a des gens qui n’aiment pas le changement. Mais en général, les gens ont toujours été très ouverts. Quand on prend le Festival des vins du monde, par exemple, le maire de l’époque, Brian Murphy, était ouvert et a donné un bon coup de main. Avec le Festival multiculturel (aujourd’hui le Festival culturel Mozaïq), il y avait notre regretté Marc Chouinard qui nous a directement appuyés. Il m’a même prêté deux étudiants stagiaires pendant 3 ou 4 mois pour aider à lancer le festival.»

«À Moncton, j’ai toujours trouvé des équipes qui étaient prêtes à épauler et donner un bon coup de main. C’est un peu le secret de la plupart des projets que j’ai réalisés. C’est probablement un des éléments qui ont fait que je suis encore à Moncton aujourd’hui.»

Vous semblez très habile pour vous entourer de bonnes équipes. Quel est votre secret?

«On dirait que les équipes se forment naturellement, un peu comme ça, avec des gens qui ont des intérêts complémentaires. À ce moment-là, on devient très forts. Je n’aime pas le mot “meneur”, je me dirais plutôt “coordinateur”. Souvent, les idées viennent des autres, et en général, je suis favorable à leurs idées. Je me dis: “si eux trouvent que ce sont de bonnes idées, ce sont probablement de bonnes idées”. Aussi, lors de réunions de travail, on blague de temps en temps. Une réunion relaxe, selon moi, donne autant – peut-être plus – de résultats qu’une réunion où tout le monde est un peu tendu.»

Vous laisserez bientôt la présidence de Lire et faire lire en Acadie après avoir été à la tête du programme depuis 2009. Que retenez-vous cette aventure?

«Dans le cadre de Lire et faire lire, des gens âgés de 50 ans et plus vont lire un livre pendant une demi-heure à un petit groupe d’enfants âgés de 4 à 6 enfants, une fois par semaine pendant 8 à 10 semaines. Pour les enfants, c’est un vrai plaisir d’avoir une lecture faite par des grands-parents. Il y en a de plus en plus qui n’ont pas de grands-parents à proximité, que ce soit les immigrants de l’Afrique du Nord, ou des jeunes qui ont des grands-parents dans la Péninsule ou à Edmundston.»

«Encore maintenant, je peux aller à un supermarché, et un enfant court vers moi en tirant sa mère… Moi je ne me souviens plus de lui, parce que je lui ai lu il y a deux ans, mais lui se souvient. À peu près tous les bénévoles ont ce type de rencontre. Plusieurs disent qu’ils en retirent autant qu’ils en donnent.»