L’homélie du nationaliste acadien

Serge ComeauGens d'ici

C’était avant la crise du verglas. Pour certains, c’est une éternité. Mais il y a deux semaines, l’Acadie célébrait les funérailles de M. Jean-Guy Rioux. Si l’Acadie sait se relever et montrer sa résilience, elle sait aussi se recueillir et montrer sa reconnaissance.

La solidarité des Acadiens de la Péninsule, et des régions entre elles, a été mise au jour par la catastrophe du verglas. La dernière fois qu’une telle solidarité a pu être visible, c’était dans un moment de réjouissance, le Congrès Mondial Acadien, dirigé de main de maître par Jean-Guy Rioux. Afin de rendre hommage à ce géant et aux siens, je partage avec vous ce que je retiens de ses funérailles présidées par son curé, le Père Pinet, en l’église de Shippagan.

Malgré nos croyances diverses, nous pouvons tous nous rejoindre dans l’idéal de rassemblement de l’Évangile et dans le souci du Christ d’aimer et d’aider chacun. J’ai ressenti cette unité lors du dernier adieu à Jean-Guy. En dépit de nos différences (peut-être même à cause d’elles), l’unité était consolante.

Plusieurs ont pris la parole pour révéler la grandeur de l’œuvre de Jean-Guy. Le sénateur René Cormier nous a ramené sur le pont de Miscou au matin de l’ouverture du CMA en août 2009 pour nous rappeler que l’Acadie n’a jamais été en retard lors de ses rendez-vous avec l’Histoire. Armand Caron a fait ressortir avec justesse les nombreux charismes d’éducateur et de négociateur de Jean-Guy. Lise Ouellet a montré comment cet homme conciliait professionnalisme et sens de l’humour. Barbara Losier a partagé quelques anecdotes qui m’ont paru être une belle brise marine de fraîcheur et d’espérance.

Chacun a fait ressortir une facette de la vie de Jean-Guy. Dans son homélie, le Père Zoël Saulnier a donné le fondement de son engagement : ses valeurs humaines et chrétiennes. Comme d’autres, j’estime que ce qu’il a dit mérite d’être partagé. Et cela cadre bien dans une chronique de spiritualité. Avec son autorisation, voici quelques extraits de l’homélie qui m’a semblé être l’écho d’un nationaliste acadien à l’oeuvre d’un autre grand patriote acadien.

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Devant l’incontournable de la mort, une réalité qui dérange, je me sens pauvre de mots et souvent le silence nourrit mon deuil. Mais aujourd’hui, dans notre tradition des funérailles chrétiennes, la reconnaissance et l’amitié partagée m’ouvrent un temps de parole que je suis heureux de partager avec vous.

Une forte présence comme celle de Jean-Guy, une présence d’un bâtisseur enracinée dans la foi de son baptême, au cœur de cette communauté chrétienne qui était la sienne et qui devient la nôtre aujourd’hui, une présence enracinée dans l’Acadie, un pays sans frontière que nous portons dans notre cœur, une présence qui lui a permis d’être tellement engagé, fait en sorte qu’il nous est difficile de parler de Jean-Guy au passé.

En ce lieu de recueillement, dans un rituel qui s’accroche à la parole de Dieu comme une source capable de dépasser la douleur d’une telle séparation, nous sommes là avec notre foi personnelle et communautaire, nous sommes là avec nos questions et nos doutes en accueillant les chemins diversifiés de nos croyances.

«Je suis le chemin, la vérité et la vie» (Jean 14, 6). Il y a là plus que des mots, mais une manière de vivre, une manière de s’engager qui habitait notre ami Jean-Guy. Il a été pour nous un phare, une bouée de sauvetage dans les moments de brouillard, mais surtout un capitaine qui ne sacrifiait rien au travail d’équipe.

J’ai eu le privilège de le côtoyer pendant cinq ans dans l’organisation du Congrès mondial acadien et j’ai découvert un homme debout à l’intérieur de lui-même, l’homme de l’inclusion et rassembleur autour d’un projet.

«Je suis le chemin», voilà un leitmotiv qu’il a fait sien non pas pour marcher seul, mais avec ceux et celles qui portaient en eux-mêmes, dans le respect des autres, l’affirmation de notre identité acadienne. Le chemin de sa vie a été largement ouvert afin d’accueillir ceux et celles qui ont voulu voyager avec lui, le chrétien, le père de famille aimant, le citoyen engagé, l’éducateur aux convictions fortes.

Dans ce chemin qui était le sien, Jean-Guy a porté l’Acadie et son peuple dans son cœur comme on porte un amour. Une qualité d’engagement qui nous invite à mettre beaucoup de ferveur dans les changements de société qui sont les nôtres dans cette Acadie qui a été et sera un lieu de grande mémoire au cœur de son histoire.

«Je suis le chemin, la vérité». Une vérité qui a donné un visage dans une présence engageante afin de bâtir un tel événement non pas seul, mais avec toutes les bonnes volontés autour de la table. Une vérité qui était la sienne et qui m’a permis de côtoyer un homme rassembleur où la détermination invitait dans le respect à la fête collective. Jean-Guy s’est laissé habiter de la vérité de toute son âme (Platon).

«Je suis le chemin, la vérité et la vie!» Jean-Guy était habité d’une vie qui venait d’un plus fort que lui, une vie comme un souffle à partager sans condescendance, mais dans des convictions vécues dans le respect des autres. Dans un chemin de vérité et de vie, Jean-Guy a grandi ici dans ce beau coin de l’Acadie : Shippagan. Ici, son regard sur la mer était sa nourriture de chaque matin. Au cœur de cette ville universitaire, ce lieu de ressources marines, sa vie a été comme une belle pêche au rendez-vous de la saison.

Nous l’avons conduit jusqu’à aujourd’hui, jusqu’au bout de son chemin parmi nous dans la vérité de son être de baptisé, dans une vie qui fut belle. En nous inclinant devant ce mystère de la mort qui est toujours l’étrangère qui dérange, nous le laissons partir vers une autre Pointe-Brûlée, brûlante de l’amour de Dieu. Il y a au-dessus de nous un chemin, une vérité et une vie qui nous dépassent. Jean-Guy le croyant et surtout l’espérant, il est rendu au pays de Dieu dans l’attente des retrouvailles.