Malgré ce que l’on peut lire sur divers sites et bases de données en ligne – et même dans certains ouvrages de référence – on ne connaît toujours pas les origines précises en France d’Antoine Babin.

J’ai consacré une chronique entière au sujet du mythe du Loudunais et je suis revenu sur la question en traitant de diverses familles.

La famille Babin fait également partie du groupe de familles qui a été associé à la région de Loudun (La Chaussé, Martaizé, etc.), où on retrouve plusieurs patronymes portés en Acadie.

Si la thèse linguistique de Geneviève Massignon est bien valide, elle ne constitue pas en soi une preuve généalogique. Après un demi-siècle, seule la famille de Vincent Brun a pu être documentée sur place, malgré les recherches de Roland Auger et Clarence d’Entremont, entre autres.

C’est vrai que plusieurs registres paroissiaux des localités concernées dans les années qui nous intéressent ont disparu. Mais cette absence ne justifie pas l’hypothèse Loudunaise.

Très tôt, Bona Arsenault a largement popularisé cette théorie dans son Histoire et généalogie des Acadiens. Des affirmations – quoique conditionnelles – associaient plusieurs familles particulières à La Chaussé ou Martaizé. C’est le cas des Babin qui «seraient» de La Chaussé, selon lui.

Mais dans l’ère virtuelle, le conditionnel est trop souvent abandonné dans les arbres en ligne et dans plusieurs bases de données, où le lieu d’origine est transformé en «fait alternatif» – pour emprunter la nouvelle expression populaire.

Cette idée ainsi renforcée nuit à la découverte éventuelle des origines des familles concernées, car l’attention de chercheurs potentiels est fixée sur la région Loudunaise.

Un patronyme largement répandu

Le patronyme Babin est très répandu en France, et même au-delà: de l’Espagne jusqu’aux pays slaves. Mais il ne faut pas croire qu’ils sont tous parents. Le nom a d’ailleurs sûrement de nombreux foyers en France. Rappelons que l’usage des patronymes en France n’est apparu qu’aux 12e et 13e siècles, ou environ.

Chercher des Babin acadiens à New York, par exemple, est un grand défi. Bon nombre des Babin qui s’y trouvent ont plutôt des origines juives, illustre Stephen A. White.

Arrivé vers 1660

Antoine Babin serait arrivé en Acadie au début des années 1660. Il épouse vers 1662 Marie Mercier, arrivée une décennie plus tôt avec sa mère Françoise Gaudet (fille du pionnier Jehan Gaudet). Françoise Gaudet est mieux connue comme la matriarche des LeBlanc acadiens, car elle épousa en deuxièmes noces Daniel LeBlanc.

Au recensement de Port-Royal de 1671, Antoine Babin cultive deux arpents de terre. Il se déclare laboureur et détient six bêtes à cornes et huit brebis «tant petites que grandes».

Antoine pratique probablement un autre métier, puisqu’il ne cultive qu’un arpent en 1678 et un arpent et demi en 1686, ce qui reste bien peu après 25 ans de labeurs.

Antoine Babin a rendu l’âme à Port-Royal vers 1687.

Sa veuve, Marie Mercier, épouse en deux­ièmes noces un immigrant, Guillaume LeJuge. La famille reconstituée élira domicile dans la région des Mines près de Grand-Pré.

Le patronyme Babin s’est répandu en Acadie par le biais de trois de ses fils: Charles, Vincent et Jean. Antoine, âgé de 10 ans au recensement de 1686, n’est plus mentionné en Acadie après cette date.

 

Références:

– Stephen A. White, Dictionnaire généalogique des familles acadiennes, Centre d’études acadienne Anselme-Chiasson, 1999, 2 vol.
– Projet ADN Héritage Français.