Plusieurs gestes de générosité et de soutien ont eu lieu pendant la crise de verglas dans la Péninsule acadienne. Parmi les histoires les plus impressionnantes, on retrouve celle de Marcia Brideau, cuisinière de Six Roads.

La propriétaire de Marcia Cuisine, la cafétéria de l’Université de Moncton, campus de Shippagan, a travaillé sans relâche pendant cinq jours et six nuits afin de préparer des repas chauds aux sinistrés. En temps normal, sa cuisine prépare de 60 à 100 repas par jour. Chaque journée de la crise, dans sa cafétéria alimentée par un générateur, elle en a servi gratuitement de 1100 à 1200. Elle a guidé des dizaines de bénévoles dans sa cuisine, dormant seulement de deux à heures par nuit au campus, parfois sur le plancher.

Mme Brideau a grandi dans une maison de Six Roads avec huit frères et soeurs. Dès un jeune âge, elle est tombée amoureuse de la cuisine. En 1980, elle a lancé sa carrière de cuisinière en travaillant dans un take-out local. En 2015, quand son patron au campus de Shippagan a pris sa retraite, elle a décidé de tenter sa chance en devenant propriétaire de la cafétéria. Depuis, sa passion pour la cuisine n’a fait qu’accroître.

Elle est la personnalité de la semaine Radio-Canada / Acadie Nouvelle pour la semaine du 6 février 2017.

Où avez-vous trouvé la force de travailler jour et nuit pendant près d’une semaine?

«C’est difficile à expliquer. Quand tu es dedans, tu ne penses pas trop. Tu es poussée par l’adrénaline. Tu ne penses pas “combien d’heures serais-je ici? Que va-t-il m’arriver?” Tu es là, et c’est tout. Tu es dedans, et tu l’es de 4h le matin à 21h ou 22h en soirée. Tu n’as pas le temps de penser à autre chose.»

Réussissiez-vous à décrocher, une fois les repas servis?

«Le côté physique était une chose, mais il y avait aussi le mental. Moi, ça travaille toujours là-dedans. Je me couchais et ça continuait à tourner. Tu es couché et tu penses “demain qu’est-ce qu’on va préparer comme repas? Et quand je n’en aurai plus, qu’est-ce que je fais après?” Il fallait que j’enchaîne mes menus. Les deux premières nuits, j’ai seulement dormi deux heures. La première, j’ai dormi sur le plancher avec une petite couverture. Mais je me disais qu’au moins, il ne faisait pas froid ici.»

Comment vous êtes-vous procuré de la nourriture afin de préparer 1100 repas par jour?

«J’avais déjà de la nourriture pour mon entreprise. Mon dîner du mercredi, je l’ai passé. J’ai ensuite passé mon repas du jeudi et du vendredi. Quand il y en avait plus, on sortait autre chose. La première journée, il y a eu de tous les menus imaginables. On a commencé avec des côtelettes de porc, puis des boulettes dans de la sauce barbecue, des filets de sole, du spaghetti, des pâtés à la viande, etc.»

Avez-vous reçu de l’aide des commerces locaux?

«Oui. Le magasin L’Indépendant à Shippagan nous a beaucoup aidés. Je pense qu’on a pas mal vidé son magasin. Il y a aussi le magasin Leon’s à Bathurst, qui a passé plein de magasins et qui nous a livré des camions remplis de nourriture. On a aussi eu tellement de nourriture de gens de la communauté. C’était incroyable. Les gens voulaient aider.»

Vous avez guidé plusieurs bénévoles dans la cuisine de la cafétéria. Quelle sorte d’atmosphère régnait-il?

«On a eu du plaisir. On a ri. C’était tous des gens positifs. Je disais “s’il fallait qu’il y ait des gens négatifs ici, ça ne marcherait pas”. On n’avait pas l’impression de travailler. On aidait, on faisait à manger, tout le monde faisait sa part.»

Avez-vous eu la chance de voir votre famille dans cette aventure?

«Dimanche soir, ma petite famille est venue: ma fille, mon garçon, mon mari et mes cinq petits enfants. Les personnes dans la cuisine m’ont forcé à aller m’asseoir avec ma famille. Je me suis assis avec eux, et j’ai mangé avec eux. Ma petite fille avait de la peine et elle pleurait. C’était émouvant.»

Une fois les pannes terminées à Shippagan, avez-vous enfin bien dormi?

«Mardi soir, je me suis couché et j’ai dormi. J’ai dormi sans penser à tout ce qui se passait. J’ai dormi jusqu’à mercredi matin. J’ai eu un bon onze heures de sommeil. Ça faisait longtemps que je n’avais pas dormi comme ça.»