Une Acadienne est du combat contre le sida en Afrique

Patrice CôtéGens d'ici

Monique Surette, de Dieppe, affirme qu’elle a toujours su que «son destin était en dehors de l’Acadie». Celle qui est âgée de 43 ans peut dire mission accomplie: elle a étudié en Angleterre, vit aujourd’hui aux Pays-Bas et travaille à éradiquer certaines des maladies les plus répandues en Afrique.

«J’ai toujours voulu travailler dans un contexte international, confie la diplômée de l’école Mathieu-Martin. Dès que j’ai mis les pieds en Europe pour étudier au doctorat (en 2005), je savais que j’avais trouvé mon vrai chez-nous.»

«Dès ce moment, j’ai informé mes parents que je voulais rester en Europe.»

C’est après des études au baccalauréat en biochimie à l’Université de Moncton et à la maîtrise en science du végétal, à l’Université Dalhousie, que Mme Surette a traversé l’Atlantique pour s’installer sur le Vieux Continent.

Grâce à une bourse de la Fondation Baxter et Alma Ricard, elle a pu faire un baccalauréat en virologie des plantes à la très réputée Université de Cambridge.

«J’ai vécu en Angleterre de 2005 à 2009 avant de m’établir aux Pays-Bas. J’ai rencontré mon mari (David Riijks), un Néerlandais, en Angleterre, nous avons décidé de nous établir dans son pays d’origine après nos études.»

L’Acadienne vit donc à La Haye, la troisième plus grande ville du pays, derrière Amsterdam et Rotterdam.

Elle travaille, depuis 2010, pour le Partenariat Europe-Pays en développement pour les essais cliniques (EDCTP). Elle y occupe le poste de chargée de projet senior.

En gros, le travail de Mme Surette consiste à gérer des appels de proposition soumis par des chercheurs de partout dans le monde qui veulent conduire des essais cliniques en Afrique. Les chercheurs s’intéressent plus particulièrement à trois maladies: le sida, le paludisme (une maladie infectieuse qui s’attaque aux enfants et aux femmes enceintes) et la tuberculose.

«Il y a tellement de souffrances associées à ces trois maladies et la science avance très lentement, déplore-t-elle. Ce serait idéal de pouvoir appuyer des essais qui vont mener à une découverte importante, mais cela arrive rarement.»

Selon l’Organisation mondiale de la santé, 60% des sidéens de la planète vivent en Afrique, même si ce continent ne regroupe que 11% de la population mondiale. Et selon le forum économique mondial, cette maladie est, de loin, la plus meurtrière en Afrique, avec 122 morts par année par tranche de 100 000 habitants.

«C’est toutefois très motivant de travailler avec certains de meilleurs chercheurs au monde qui étudient ces maladies», souligne celle qui se dit très fière de pouvoir travailler dans un contexte international, de contribuer «à une bonne cause» et de réaliser un rêve.

La Néerlandaise d’adoption s’est d’ailleurs rendue en Éthiopie et au Mozambique afin d’assister à des essais cliniques sur le terrain.

«Ce qui est le plus impressionnant, c’est de voir les jeunes chercheurs africains qui utilisent les fonds que nous leur avons alloués, dit-elle. Nous appuyons les leaders africains de l’avenir.»

Mme Surette est à même de constater que le portrait de la lutte à la maladie en Afrique pourrait radicalement changer au cours des prochaines années.

«On assiste à une nouvelle tendance. À mesure que les gens s’enrichissent, on voit les maladies de l’Ouest qui émergent: maladies cardiaques, diabète et cancer, par exemple. Ces jours-ci, on reçoit plusieurs propositions de chercheurs qui veulent étudier des cas de co-infections. Par exemple, le sida et le cancer et la tuberculose et le diabète», révèle-t-elle.

C’est connu: l’aide humanitaire est souvent prétexte à la fraude, tout particulièrement dans les dictatures – nombreuses en Afrique. L’Acadienne est toutefois convaincue que l’argent débloqué par l’EDCTP est utilisé aux fins voulues.

«C’est vrai que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (Global Fund) a eu la malchance de vivre quelques scandales (notamment au Nigéria et en Ouganda). Mais puisque nos essais sont financés à l’aide de fonds publics, des commissions d’audit de l’Union européenne vérifient très fréquemment nos chiffres.»

Même si elle affirme s’ennuyer de sa famille et des étés chauds acadiens, Monique Surette est heureuse dans sa maison à La Haye, avec son mari et ses deux chats. Un retour au N.-B. n’est donc pas dans les plans.

«Nous sommes très contents d’être Européens», justifie-t-elle.

La Haye, une ville ouverte sur le monde

Siège social de la Cour internationale de justice, de la Cour pénale internationale, d’Europol et d’Eurojust, La Haye est une ville résolument ouverte sur l’Europe et le monde.

«Il y a tellement d’expatriés qui vivent ici, confirme Monique Surette. Par exemple, dans le quartier où je vis (Duinoord), on retrouve beaucoup de Français. Il y a même une boulangerie française où on peut se procurer des baguettes fraîches!»

À l’instar de nombreuses cités européennes, La Haye est une ville où il est très facile de circuler.

«Le fait que l’on puisse faire de la bicyclette partout dans ce pays est formidable. Ça te donne un sens de liberté. Je n’ai pas d’auto parce que ce n’est pas nécessaire. Le système de transport public est très efficace.»

En plus d’être «brutalement honnêtes», les Néerlandais sont reconnus pour leur ouverture d’esprit.

«Les Pays-Bas sont un pays socialement très progressif, ce qui me plaît beaucoup.»

«Ce qui me plaît moins, c’est le climat. Il y a beaucoup moins de soleil ici qu’au Canada et les étés ne sont pas très chauds.»

EXPATRIÉS RECHERCHÉS!
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Transmettez-moi ses coordonnées par courriel (patrice.cote@acadienouvelle.com) et il pourrait, à son tour, faire l’objet d’un reportage dans le cadre de la chronique De par le monde.