Une Acadienne parmi les 100 femmes les plus influentes en Espagne

Patrice CôtéGens d'ici

En 1972, Rose-Marie Losier a été la présidente de la première cohorte de finissants de la toute nouvelle polyvalente W.-A.-Losier de Tracadie. Une nomination qui laissait déjà présager un beau potentiel. Bien peu de gens auraient toutefois pu prédire qu’elle figurerait un jour au palmarès des 100 femmes les plus influentes en Espagne après une carrière de près de 30 ans dans ce pays.

L’histoire d’amour qui unit Mme Losier à la Péninsule ibérique remonte aussi loin qu’au milieu des années 1970.
Après une année d’étude en langues et en littérature à l’Université Mount Allison et une autre en études hispaniques à l’Université du Nouveau-Brunswick, celle qui, dès son plus jeune âge, rêvait de «découvrir le monde» a pris la direction de Madrid pour étudier à l’Université Complutense.

«J’ai fêté mes 20 ans à Madrid et cette année aura été décisive, car j’y ai rencontré celui qui est devenu mon mari (l’Espagnol Juan José Navarro Ocon). J’ai dû revenir à Fredericton pour terminer ma quatrième année du baccalauréat, mais je suis retournée vivre à Madrid une fois mes études terminées en 1975, où je me suis mariée.»

Rose-Marie Losier a travaillé pendant un an comme traductrice pour une compagnie minière hispano-canadienne, avant de déménager à Montréal où son mari (que le Canada a toujours attiré) souhaitait poursuivre des études en ingénierie.

Après des arrêts à Jonquière (où Mme Losier a été traductrice pour le fabricant d’aluminium Alcan en plus d’avoir trois enfants!) et à Montréal, le clan Navarro-Losier s’est établi pour de bon en banlieue de Madrid en 1989.

À ce moment, les enfants de l’Acadienne avaient 8, 5 et 4 ans. Mme Losier occupait de plus un emploi qu’elle adorait à Montréal. Même sans garantie de travail, elle a choisi de s’expatrier.

«La volonté de vivre une nouvelle expérience en Espagne, qui avait rejoint l’Union européenne en 1986, me motivait à tenter cette nouvelle aventure pour que nos enfants s’imprègnent de la culture espagnole.»

L’Espagnole d’adoption ne sera finalement pas restée longtemps sans emploi. Elle a en effet amorcé une carrière au sein de la Chambre de commerce France-Espagne. À sa retraite, à l’été 2015, Mme Losier occupait le poste de vice-présidente et directrice générale de la Chambre de commerce Canada-Espagne.

«Au quotidien, mon travail consistait à répondre aux demandes des entreprises espagnoles intéressées par le Canada, soit pour y investir, ou pour y chercher de nouveaux marchés où vendre leurs produits», souligne-t-elle.

Concrètement, elle accomplissait son mandat dans le cadre de forums, de congrès et de séminaires, notamment.

«C’est un travail qui exige d’être à l’affût des tendances et d’offrir des services à valeur ajoutée. J’ai particulièrement aimé établir des contacts au sein de l’administration publique espagnole et travailler étroitement avec mes collègues de l’Ambassade du Canada», souligne celle dont les efforts ont été récompensés en 2013 par une mention au palmarès des 100 femmes les plus influentes en Espagne.

«Grâce aux activités développées par la Chambre et à mon implication dans divers organismes de promotion, le Canada est beaucoup plus présent dans les médias espagnols, ce qui contribue à un intérêt accru de la part des Espagnols, non seulement pour ce qui est des échanges commerciaux, mais également dans les domaines du tourisme et de l’éducation», souligne-t-elle, humblement.

À 63 ans, Mme Losier profite maintenant d’une retraite anticipée.

«Je souhaite consacrer plus de temps à partager le fruit de mes explorations à travers le monde, par l’écriture, la peinture, la photographie, en quelque sorte, à vivre mes rêves d’enfance», confie celle qui a un pied à terre dans la région de Tracadie et qui est très fière que ses trois enfants (Katia, Éric et Miriam) qui vivent en Espagne- parlent le français et gardent des liens étroits avec le Canada et leur famille au N.-B.

Féministe… par accident

Dans un article du Petit Journal (le média des Français et francophones à l’étranger), Rose-Marie Losier est décrite comme «une femme de poigne qui combat l’égalité des genres avec ferveur et conviction».

Pourtant, c’est presque par accident que l’Acadienne en est venue à se battre pour améliorer le sort de ses compatriotes espagnoles.

«À priori, rien ne me prédisposait à cette implication, car je n’ai pour ainsi dire jamais souffert de discrimination dans le milieu professionnel, raconte-t-elle. Or, c’est en joignant une association de femmes professionnelles à Madrid, pour partager avec mes paires, que j’ai eu connaissance des difficultés que beaucoup d’entre elles rencontraient tant au niveau de la reconnaissance de leurs compétences, que de l’équité salariale.»

«J’ai été interpellée par cette injustice et j’ai souhaité mettre à profit mon expérience pour aider les futures cadres à mieux gérer leur vie professionnelle et personnelle.»

D’abord bénévole au sein de l’Association européenne des femmes professionnelles, Mme Losier en est venue à assumer la présidence de l’organisme.

Elle confie que cette expérience lui a fait prendre conscience des difficultés que vivent les professionnelles aux quatre coins du monde.

«Les Canadiennes doivent faire face aux mêmes défis que les Espagnoles quand il s’agit d’accéder à des postes de haut niveau, d’équité salariale, et d’équilibrer vie familiale et vie professionnelle. Du point de vue de la législation, l’Espagne est à l’avant-garde, mais dans les faits, les entreprises ont dû mal à s’adapter, surtout quand plus de 90% des entreprises sont des PME», souligne celle qui cite sa mère, veuve et mère de cinq enfants à l’âge de 33 ans, comme inspiration.