De par le monde – Le Bob Morane acadien!

Patrice CôtéGens d'ici

Enfant, Bertrand Friolet rêvait de suivre les traces de Bob Morane. S’il ne s’est jamais frotté à L’Ombre Jaune ou fréquenté Bill Ballantine, cet ingénieur de Caraquet a, à l’instar du personnage créé par Henri Vernes, parcouru les quatre coins de la planète, que ce soit pour le travail ou le plaisir.

«Quand j’étais jeune, je lisais tous les livres de Bob Morane, un ingénieur/reporter qui vivait toutes sortes d’aventures partout au monde. Eh bien, d’une certaine façon, je suis devenu Bob Morane!», raconte l’Acadien âgé de 56 ans.

«J’ai marché dans les jungles d’Afrique, voyagé dans des douzaines de pays, exploré l’intérieur de la grande pyramide d’Égypte, marché dans des volcans en Grèce et skié dans le désert de Dubaï. Cette année seulement, j’ai escaladé une montagne sur une île vierge du Costa Rica, j’ai voyagé dans un Lear Jet pour la première fois et j’ai fait du rase-motte en hélicoptère dans le désert!»

Si les aventures de Bertrand Friolet sont loin d’être banales, il en est de même pour son emploi. Depuis 2015, il dirige en effet l’équipe qui assure l’entretien et le bon fonctionnement d’une des plus importantes mines d’or de la planète.

La mine Penasquito est située à environ 800 km au nord de Mexico. Elle appartient à la compagnie canadienne Goldcorp. On y extrait de l’or, bien sûr, mais aussi de l’argent, du plomb et du zinc. La capacité de traitement des installations y est d’environ 130 000 tonnes de minerai par jour. Elle est en exploitation depuis 2010.

«Le rôle de mon équipe est de faire en sorte que la mine soit la plus efficace et la plus sécuritaire possible. Nous sommes à la fine pointe de la technologie et notre objectif n’est pas moins que d’être les meilleurs au monde dans notre domaine.»

Les enjeux sont énormes pour l’équipe de l’Acadien: «Chaque heure passée à réparer un bris ou à entretenir l’équipement de la raffinerie coûte jusqu’à 250 000 $US en perte de production».

M. Friolet est donc loin de l’époque où, en 1982, après avoir terminé ses études en ingénierie civile à l’Université d’Ottawa, il a dû vivre chez ses parents pendant un an, faute d’emploi.

«Nous étions alors en plein milieu d’une des pires crises économiques de la seconde partie du siècle», se souvient-il.

Il a finalement décroché un emploi chez Gionet Construction à Caraquet, avant de rouler sa bosse à Richibucto, à Toronto, à l’Île-du-Prince-Édouard, à Fort McMurray, à Madagascar, en République dominicaine et finalement, au Mexique.

L’Acadien souligne que même s’il a passé six ans en République dominicaine (la langue de travail était principalement l’anglais), il a eu un peu de difficulté à se plonger dans un milieu hispanophone à son arrivée au Mexique, où il a été engagé pour améliorer les systèmes de planification et d’organisation de la raffinerie.

«Mon espagnol laissait encore à désirer, et ici, très peu de Mexicains parlent anglais. Mais j’avais déjà une base. Et la connaissance du français est énormément utile pour apprendre l’espagnol. Ce n’est plus un problème maintenant.»

Ce père de deux grands enfants (Ashley et Devon, «qui sont parfaitement bilingues et conscients de leurs racines acadiennes») vit à Monterrey, en compagnie de son épouse (Suzanne, une Néo-Écossaise).

Tous les lundis matins, il prend l’avion pour un vol nolisé d’une heure qui l’apporte sur le site de la mine et de la raffinerie. Le jeudi ou le vendredi, il fait le trajet inverse.

Souvent, les week-ends se transforment en grande aventure quelque part au Mexique – un pays que M. Friolet a visité de fond en comble au cours de la dernière année.

Par exemple, il a passé la dernière fête de Pâques à Mexico et c’est de Puerto Vallarta qu’il a répondu à nos questions, à la fin-mai.

«J’adore surtout marcher dans le désert, mais il faut faire attention aux serpents à sonnette et aux scorpions», prévient-il.

Un vrai Bob Morane acadien!

Le Mexique, pays des contrastes

S’il passe ses semaines dans le désert mexicain, c’est à Monterrey, dans le nord-est du pays, que Bertrand Friolet a son pied à terre. Et il ne tarit pas d’éloges pour sa ville d’adoption, où habitent un peu plus d’un million de personnes.

«Monterrey est une ville fantastique. Il faut oublier tous les stéréotypes du Mexique d’il y a 40 ans. C’est une ville ultra moderne avec une architecture tout à fait magnifique. On y trouve une multitude de musées, un planétarium, des théâtres et des cinémas super luxueux!»

L’Acadien vit d’ailleurs dans un gratte-ciel, à flanc de montagne, avec «une vue imprenable sur la ville».

«La vie de la classe supérieure du Mexique est extrêmement privilégiée» note M. Friolet, qui donne en exemple les logements magnifiques, les meilleures écoles, les serviteurs, les jardiniers et les chauffeurs.

«Même les travailleurs de notre mine gagnent des salaires supérieurs à la moyenne», ajoute-t-il.

Mais derrière ce décor de rêve se cache une réalité beaucoup plus triste. M. Friolet parle d’un salaire moyen qui est cinq fois plus bas qu’au Canada (environ 10 000$ par année), de taux de criminalité et de corruption inquiétants et d’une pauvreté omniprésente (selon le gouvernement, près de la moitié des Mexicains vivent dans des «conditions de précarité sociale et économique»).

L’ingénieur remarque aussi que tout est loin d’être parfait au niveau des infrastructures.

«Malgré les grands efforts pour moderniser le pays et construire une ville extraordinaire comme Monterrey, on rencontre encore des pratiques qui datent du 19e siècle. Marcher en ville est difficile parce que les trottoirs sont dans un état lamentables. On y met toutes sortes d’obstacles ridicules, quand le trottoir ne disparaît pas sans avertissement!»

EXPATRIÉS RECHERCHÉS!
Vous connaissez un Acadien qui fait carrière hors des frontières du pays?
Transmettez-moi ses coordonnées par courriel (patrice.cote@acadienouvelle.com) et il pourrait, à son tour, faire l’objet d’un reportage dans le cadre de la chronique De par le monde