Soeur Emélie Caissie a aidé les lépreux dans la jungle pendant 18 ans

Anne-Marie ProvostGens d'ici

Le petit village de lépreux de San Pablo, au Pérou, est perdu dans la jungle. Pour s’y rendre, il faut d’abord prendre un avion jusqu’à la capitale, Lima. Ensuite, un autre avion jusqu’à Iquitos, en plein coeur de la forêt tropicale. Il faut finalement embarquer sur un bateau et naviguer pendant plusieurs heures sur le fleuve Amazone.

C’était toute une aventure pour soeur Emélie Caissie, née à Sainte-Rose, dans la Péninsule acadienne. Elle est débarquée à San Pablo en 1974 et elle est repartie 18 ans plus tard.

«Ça c’est bien passé, j’ai bien aimé ça. Mais au début c’était dur parce que je travaillais chez les lépreux. Quand tu arrives là le matin et que tu les vois… le midi, les premières semaines, je n’avais pas envie de manger», raconte celle qui est entrée chez les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph à Tracadie en 1962.

La léproserie a été fondée en 1948 et lors de son passage, il était plusieurs centaines de Péruviens atteints de lèpre à vivre dans le village. La religieuse était responsable de la maison des invalides.

«Quand je suis partie, j’en avais 38 ou 39. On avait un petit hôpital et on avait une maison pour les hommes et les femmes lépreux qui ne pouvaient pas rester à leur maison», explique soeur Emélie Caissie.

Elle s’assurait que tous aient de la nourriture dans leur assiette et des vêtements sur le dos, et que la maison soit en ordre.

Des jambes en bois

À un moment, la religieuse est allée faire un stage de quelques mois en Colombie pour apprendre à réhabiliter ses patients à l’aide de jambes «primitives».

«Les lépreux ont beaucoup de plaies. Ils perdent leurs pieds, les doigts et tout ça», précise soeur Emélie Caissie.

Elle raconte qu’ils étaient amputés par deux frères avec des connaissances en médecine. Au départ, les malades marchaient à l’aide d’un pilon de bois, mais la technique pour faire une jambe artificielle s’est raffinée.

«C’était en bois, en caoutchouc et avec des petites barres de fer. Pour faire l’articulation, on faisait un pied et un bout de jambe. Sur le talon, c’était du caoutchouc et il y en avait ailleurs. Alors quand ils marchaient, ça pliait», explique soeur Emélie Caissie.

Donner une nouvelle jambe à un patient qui ne pouvait plus marcher était toujours un grand moment.

«Ça marchait bien, ça dansait et tout ça», se rappelle-t-elle avec un sourire.

Vivre dans l’isolement

Le village était isolé, accessible uniquement par bateau. Il n’y avait pas beaucoup de visites et la soeur Emélie Caissie retournait à chaque trois ou quatre ans au Nouveau-Brunswick, une situation qu’elle vivait bien.

Mais l’isolement rendait parfois les choses difficiles.

«Si quelqu’un était malade et qu’il fallait le sortir, ce n’était pas facile. Il y a un avion qui venait pendant un certain temps pour nous chercher, mais ça a arrêté à un moment donné. Mais ça a toujours bien été», dit-elle.

Elle ajoute qu’elle n’a jamais manqué de rien. Elle garde un bon souvenir du village et de ses habitants.

«Je retiens la bonne humeur des patients. Quand je suis arrivée, il y avait un groupe à l’église, ils jouaient de la musique et ils chantaient. Avec les doigts et la bouche de travers, tu ne peux pas concevoir ça, ça frappe au coeur tout de suite de voir du monde comme ça», raconte-t-elle.