Religieuses à Tracadie: «On va s’éteindre, mais la mission ne s’éteindra jamais»

Anne-Marie ProvostGens d'ici

En 1868, six membres des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph à Montréal sont débarquées à Tracadie pour venir en aide aux personnes atteintes de lèpres. 150 ans plus tard la communauté est en voie de disparaître, mais ses membres ont confiance que leurs principes vont leur survivre.

«J’ai beaucoup confiance… Comme Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, on va s’éteindre. Mais la mission ne s’éteindra jamais. Parce que les personnes qu’on a côtoyées, avec qui nous avons travaillé, elles gardent les principes, des valeurs, et elles ne les vivent pas comme nous on les a vécus», pense soeur Yvonne Thibodeau.

Tendresse et compassion, une grande préoccupation pour les négligés de la société, voilà le moteur des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph à Tracadie. Pour soeur Yvonne Thibodeau, le 150e anniversaire de la congrégation est un bon moment rendre hommage aux femmes qui l’ont fondée.

«Soin de santé et éducation, c’était la marque des Hospitalières à Tracadie, c’était leur mission. Elles venaient en aide aux plus défavorisés, aux pauvres, aux sans voix. En même temps elles avaient un rôle de travailleuse sociale», explique la religieuse, qui a joint les Religieuses Hospitalières en 1956.

Elle a travaillé presque toute sa vie comme infirmière auprès des malades. «On communiquait beaucoup, car on était proche du malade. C’est différent aujourd’hui. Les gens se confiaient énormément. Les femmes qui étaient en maternité, les femmes qui avaient de la souffrance énorme et qui n’avaient pas personne à qui parler, se confiaient», se rappelle soeur Yvonne Thibodeau.

Aujourd’hui, elle souligne que les tâches des religieuses ont été graduellement transférées au gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Une année de commémoration

Philippe Ferguson, président du comité organisateur pour souligner le 150e anniversaire de l’arrivée des religieuses, pense que c’est à travers l’Académie Sainte-Famille et l’Accueil Sainte-Famille que leur présence se manifestera.

«Ce seront des phares de notre gratitude pour leurs accomplissements. La relève n’est pas là et elles s’en vont dans quelques années et elles le savent. On a tellement de choses à leur remercier et on ne sait pas par où commencer», lance-t-il.

Il pense entre autres à l’apport de la congrégation pour la défense du français au Nouveau-Brunswick, en éducation et en santé.

«Si nous avons des écoles d’infirmières francophones, c’est grâce aux Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph», insiste Philippe Ferguson.

Le comité profitera des célébrations pour faire connaître l’oeuvre des Religieuses Hospitalières auprès des jeunes, en organisant des rencontres dans les écoles de la région. Un livre sera également lancé fin septembre par Florence Ott.

Tout le monde s’entend, un des symboles phares de la congrégation est l’Académie Sainte-Famille, qui a ouvert ses portes en 1912.

Philippe Ferguson, qui siège au conseil d’administration de l’Académie, admet avoir été déstabilisé par le maire de Tracadie Denis Losier, qui remet en question le fait que la municipalité devrait devenir propriétaire à cause des coûts.

«C’était déstabilisant, dans le sens dans le sens qu’on ne s’attendait pas à ça. Mais je vois ça d’un oeil positif parce qu’on va s’assoir avec la municipalité et tous les intervenants qui utilisent l’Académie et le conseil d’administration, et on va tâcher de trouver des solutions», souligne Philippe Ferguson.