Tresser des raquettes, un art en voie de disparition

David CaronGens d'ici

Jérôme Savoie, âgé de 89 ans, exerce un art en voie de disparition. Depuis une vingtaine d’années, l’homme originaire de Leech, dans la Municipalité régionale de Tracadie, tresse des raquettes en suivant des méthodes traditionnelles transmises d’une génération à l’autre.

Jérôme Savoie a tenté de tresser ses premières raquettes il y a près de 76 ans. Il souhaitait réparer l’unique paire de raquettes que possédait sa famille.

«Il y en avait une paire pour toute la famille. On les brisait souvent, parce qu’on était une gang à l’utiliser. On était souvent dans le bois. À cette époque, la corde était faite avec de la peau d’animal. Personne dans la famille ne savait trop comment lacer une raquette, mais j’avais une tante qui savait comment faire. Elle m’a montré. Je pensais que c’était bon, mais il y avait des trous partout et ainsi de suite.»

Au cours des années suivantes, Jérôme Savoie a continué de tresser des raquettes à l’occasion, mais ces méthodes manquaient un certain raffinement, admet-il.

«Il y avait des trous et des espaces vides. Je n’avais pas trop le temps, parce que je travaillais et tout ça.»

C’est après sa retraite que Jérôme Savoie a décidé de s’y remettre, cette fois-ci en employant les bonnes techniques.

«Il y a un gars de Pont-Landry qui m’a montré où je faisais des erreurs. J’ai pogné le truc tout de suite.»

M. Savoie accorde une grande importance à la transmission de ce savoir-faire. Il se livre régulièrement à ce passe-temps en compagnie de son fils Donald Savoie, âgé de 62 ans.

Le tout a commencé de façon plutôt anodine.

«J’avais une vieille paire de raquettes. Elles étaient brisées. Je voulais les réparer.»

Les premières expériences ont exigé beaucoup de patience, reconnaît-il.

«La première fois, il a fallu tout défaire et recommencer à quatre reprises. Quand tu te mêles, il faut recommencer.»

Comme son père, Donald Savoie tire une grande fierté lorsqu’il termine le tressage d’une raquette.

«Il y a toujours quelqu’un qui démontre de l’intérêt pour ça de temps en temps, mais rares les jeunes qui s’y intéressent.»

M. Savoie espère un jour pouvoir partager ses connaissances avec les nouvelles générations.

«J’ai deux enfants. Ma plus vieille a deux petites filles et elles font de la raquette. Je ne leur ai pas encore montré comment faire, parce qu’elles sont à Moncton.»

Malgré tout, la raquette demeure une activité importante chez les Savoie. Les nombreux membres de la famille se réunissent lorsqu’ils le peuvent en hiver pour se balader dans la forêt en groupe.

Pour Donald Savoie, une chose est cependant certaine. Il n’échangerait jamais ses raquettes traditionnelles pour des nouvelles.

«On les a déjà essayés, mais ce n’est pas du tout la même chose.»