Marie-Renée Savoie: Retrouver la foi, un pas à la fois

Vincent PichardGens d'ici

Marcher, c’est encore la meilleure façon d’avancer. Marie-Renée Savoie en fait régulièrement l’expérience. Elle enchaîne les pèlerinages. Son dernier l’a menée jusqu’à Caraquet, la semaine passée.

«Il te faut cinq jours de marche pour sortir de ton quotidien, huit pour ne plus sentir le poids de ton sac à dos et deux de plus pour trouver tes souliers confortables.»

Marie-Renée Savoie a l’habitude des pèlerinages. En cinq ans, elle en a fait une dizaine, principalement en France et au Québec.

«Un pèlerinage, ce n’est pas une marche. Ce n’est pas une randonnée. C’est encore moins un moyen de perdre du poids, comme j’ai pu me l’entendre dire. Un pèlerinage, c’est une communion avec soi et avec les autres.»

Cette native d’Évangéline, dans la Péninsule acadienne, désormais installée dans la Belle Province, n’est pas une fervente catholique. Quand elle se lance à l’assaut des chemins, elle part en quête d’une expérience spirituelle au sens large.

«Croire, ce n’est pas nécessairement croire en Dieu. Je crois en quelque chose qui nous dépasse. C’est une question de foi. Il y a cinq ans, j’ai perdu ma foi.»

C’est pourquoi Marie-Renée Savoie est devenue pèlerine. Au début des années 2010, elle a connu de graves problèmes de santé. Aussi douloureuse soit-elle, cette épreuve l’a transformée.

«Avant de tomber malade, je n’étais pas heureuse et je ne savais pas pourquoi. Je recherchais le bonheur en ignorant comment le trouver. Je subissais ma vie. J’ai dû me battre pour survivre. Ça a changé ma perception de la vie. La maladie a été une résurrection», témoigne-t-elle.

Aujourd’hui, l’Acadienne existe pleinement. Elle se sent sereine.

Toujours avide de nouveaux défis, elle a achevé, la semaine passée, son dernier pèlerinage. Il l’a conduite jusque dans la Péninsule. Partie le 8 juillet de Pointe-aux-Pères (au Québec), près de Rimouski, elle est arrivée le 26, au sanctuaire Sainte-Anne-du-Bocage à Caraquet. En 19 jours, elle a parcouru 400 km.

«Ç’a été difficile, confie-t-elle. Le chemin a besoin d’être défriché, il n’est pas beaucoup emprunté. Il y a beaucoup de routes et peu de sentiers balisés. Il manque des points d’arrêts sur le parcours, comme des auberges.»

Marie-Renée Savoie a pourtant l’intention de le refaire l’été prochain. Elle ambitionne d’en faire un pèlerinage reconnu.

«Là, c’était le tour de réchauffement. J’aimerais partir avec un petit groupe et leur faire découvrir le trajet.»

L’idée séduit le curé du sanctuaire, le père Jean-Yves Molinas. À vrai dire, elle ne le surprend pas.

«J’ai l’impression que quelque chose est en train de s’amorcer. Notre sanctuaire est très populaire. On l’a constaté, cette année encore, avec le succès de la Neuvaine. Les pèlerinages sont de plus en plus prisés. Un pèlerinage en Acadie m’apparaît comme une suite logique.»

Ce n’est pas la première fois que des marcheurs terminent leur périple à ce lieu de culte. L’année dernière, à la même époque, Tanya Haché et son fils Jean-Michel Doiron avaient mis 35 jours pour rallier à pied Labelle, non loin de Montréal, à Caraquet.

Une belle leçon

Marie-Renée Savoie l’assure, dans un pèlerinage, le plus important n’est pas l’arrivée. C’est le chemin au complet.

«Ça apprend à prendre le temps. C’est un luxe aujourd’hui. Ceux qui croient que le temps c’est de l’argent se trompent.»

Nadine Ferron, sa belle-sœur et amie, salue chacun de ses accomplissements.

«Pour moi ce qu’elle fait, c’est gros comme aller sur la lune. Ça montre son courage et sa ténacité.»

Marie-Renée Savoie tire de ses pèlerinages de sages enseignements.

«La meilleure façon de se rendre compte qu’on avance dans la vie, c’est de mettre un pied devant l’autre.»