Arthur Dugas, le premier pilote civil acadien

David CaronGens d'ici

Septembre 1943. Arthur Dugas s’en souvient toujours comme si c’était hier. Âgé de 12 ans, le jeune adolescent d’Anse-Bleue passait de longs moments étendus dans le gazon à observer dans le ciel des avions canadiens venus de l’Île-du-Prince-Édouard pour surveiller des sous-marins nazis qui avaient récemment été observés dans la baie des Chaleurs. Les Allemands espéraient récupérer un prisonnier de guerre qui s’était évadé d’un camp en Ontario.

Bien que la réalité de la Seconde Guerre mondiale venait de frapper à la porte du Canada atlantique, ces événements n’ont pas éveillé chez des sentiments de peur chez Arthur Dugas. C’est plutôt le contraire qui s’est produit.

«Je me couchais sur le parterre, je les regardais passer et je rêvais», écrit-il dans son livre, Cessna 170 A: Un rêve d’enfant réalisé, dans lequel il raconte avec beaucoup d’humour de nombreuses anecdotes vécues au cours de sa longue carrière de pilote. M. Dugas a été le premier de la Péninsule acadienne à obtenir une licence de pilotage au civil.

L’aviation continuait de faire rêver le jeune homme. Quelques années plus tard, un pilote américain se voit obligé d’atterrir d’urgence à Saint-Léolin après avoir manqué de carburant.

«J’étais à la plage et l’avion volait à basse altitude. Je n’avais jamais vu un avion passé près de même», dit l’homme âgé de 87 ans.

Michel Cormier, un homme de la région, a décidé de transformer cet incident en occasion d’affaires. Pour 0,25$, M. Cormier proposait de transporter les gens en camion à Saint-Léolin pour voir l’avion.

«J’ai demandé 0,25$ à ma mère. Elle m’a fait travailler une journée de temps pour l’avoir.»

Bien qu’il ait pu éventuellement trouver l’argent nécessaire, la chance n’était pas de son côté. Le camion, qui transportait plusieurs passagers, avait prévu de faire un arrêt à Paquetville avant de poursuivre la route jusqu’à Saint-Léolin.

«Nous étions rendus à Trudel et soudainement, nous avions entendu le bruit du moteur de l’avion. J’étais désolé.»

C’est en 1953 qu’Arthur Dugas ait enfin décidé de trouver un moyen de réaliser son rêve. Après un peu de recherche, il a appris qu’il pouvait suivre la formation nécessaire à Moncton. En 1955, il a reçu son brevet de pilote privé, faisant de lui le premier de la Péninsule acadienne à l’obtenir. Auparavant, les pilotes acadiens avaient obtenus leur licence dans le cadre de leur service militaire.

Au fil des ans, de nombreuses anecdotes ont alimenté son quotidien dans le ciel. Il a notamment piloté l’avion qui a transporté le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Louis J. Robichaud, dans la Péninsule acadienne lors de sa première visite officielle dans la région en 1960. L’absence d’une radio dans l’aéronef inquiétait le premier ministre Robichaud.

«Arrivé au-dessus de l’aéroport de Chatham, je lui dis où nous étions. Il s’est senti plus rassuré. Nous avons parlé de plein de choses, mais pas de politique.»

Le voyage a pris plus de temps que prévu. À Caraquet, où M. Robichaud était attendu, les gens commençaient à perdre de la patience. Lorsqu’ils sont enfin arrivés sur place, la vaste majorité de la foule était déjà partie.

«Le premier ministre s’en retourna en auto le lendemain.»

Le lancement du livre de M. Dugas a eu lieu en début de semaine à la Bibliothèque Mgr-Paquet de Caraquet.