Les inspectrices du ministère de la Santé qui se sont présentées à une récente production théâtrale à Québec n’avaient rien à redire de l’actrice principale dans un costume de pénis géant. Elles en avaient toutefois contre la fausse cigarette allumée par l’acteur à ses côtés.

Les inspectrices ont informé le directeur général de la salle présentant la pièce qu’il recevrait une amende de 500 $ pour avoir enfreint les sévères lois antitabac du Québec.

Marc Gourdeau, du théâtre Premier Acte, se demande s’il va contester le constat d’infraction _ qu’il n’avait pas encore reçu, jeudi _ lié à la production « Conversations avec mon pénis ».

Le directeur général a fait valoir qu’une éventuelle contestation « n’aurait pas pour but de se sauver » de l’amende de 500 $, mais idéalement, de « créer une jurisprudence qui réglerait le problème une fois pour toutes ». Ce qui permettrait l’utilisation de ces cigarettes de théâtre, qui sont « totalement inoffensives », selon lui.

Il a expliqué jeudi en entrevue qu’il s’agit de cigarettes qui ne contiennent aucun tabac, aucune nicotine, et que la plupart de « ces cigarettes, dites de théâtre, contiennent de la sauge ».

Or, au Québec, même les cigarettes remplies de sauge sont considérées comme un danger.

« Si on nous demande de faire la promotion de l’antitabagisme, ce n’est pas le rôle de l’art », a fait valoir M. Gourdeau.

La Loi concernant la lutte contre le tabagisme stipule que tout produit « que l’on porte à la bouche pour inhaler toute substance contenant ou non de la nicotine » est interdit dans tous les lieux « où se déroulent des activités sportives ou de loisirs, judiciaires, culturelles ou artistiques, des colloques ou des congrès ou autres activités semblables » et dans « tous les autres lieux fermés qui accueillent le public ».

M. Gourdeau a expliqué que deux inspectrices étaient arrivées quelques minutes après le début de la représentation du 3 décembre, à la suite d’une plainte.

Après avoir observé l’allumage d’une cigarette accessoire, elles ont annoncé le lendemain à M. Gourdeau que son théâtre se verrait infliger une amende. Elles ont dit que l’acteur fumeur serait épargné, lui qui aurait également pu être condamné à une amende pouvant aller jusqu’à 250 $.

Une question de liberté artistique

Une porte-parole du ministère de la Santé, Marie-Claude Lacasse, a simplement souligné que l’amende concernait le fait de fumer dans un lieu où cela est interdit.

« Tous les produits destinés à être fumés, qu’ils contiennent de la nicotine ou non, sont considérés comme relevant de la loi sur le tabac », a dit Mme Lacasse.

M. Gourdeau y voit une question de liberté artistique: les acteurs peuvent représenter sur scène d’autres actes illégaux, tels que le meurtre ou la consommation de drogue, mais fumer une cigarette à proprement parler _ un acte tout à fait légal _ n’est pas autorisé.

« Il y a à peine 30 ans, c’est le pénis qui aurait effectivement choqué. Les curés seraient montés aux barricades. C’est paradoxal. Il y a un peu d’hypocrisie sociale là-dedans », a estimé le directeur général de Premier Acte.

M. Gourdeau s’est demandé quelle incidence la loi pourrait avoir sur d’autres ?uvres.

« Imaginez si quelqu’un montait une pièce historique sur la vie de René Lévesque », a-t-il lancé, à propos de l’ancien premier ministre du Québec, fumeur invétéré.

« Conversations avec mon pénis », une pièce écrite par Dean Hewison de la Nouvelle-Zélande, a été présentée du 27 novembre au 7 décembre, mais la cigarette a été retirée du script après la visite des responsables de la santé.

M. Gourdeau a ajouté que si la raison est de protéger les spectateurs de la fumée secondaire, les fines herbes ne présentent aucun danger.

Il a dit espérer convaincre d’autres théâtres de faire pression sur les autorités.

Il y a environ un an, le Théâtre du Trident à Québec avait reçu une amende dans des circonstances similaires.