« Je sais que tu en as envie », « rendez-vous à la chambre »… À l’ère du mouvement #moiaussi, une publicité d’une chambre de commerce axée sur la séduction a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, amenant la direction à présenter ses excuses.

La publicité montre deux hommes souriants en veston _ le président et le trésorier du conseil d’administration _ avec en surimpression les messages « Je sais que tu en as envie aussi! » et « Rendez-vous à la chambre! ». Au milieu figure aussi une administratrice du conseil, avec le message « Trouver votre « match » d’affaires parfait! ». La Chambre de commerce et d’industrie de Vaudreuil-Soulanges (CCIVS), à l’ouest de Montréal, invite ainsi les gens à adhérer à l’organisation pour un « réseau de contacts inégalé ».

Montrant une image de la publicité papier sur sa page personnelle Facebook, Sophie Boucher, ex-secrétaire du conseil d’administration de la chambre de commerce, dit avoir eu un « profond malaise » à la lecture de ces messages « à l’ère du mouvement #metoo ». Selon Mme Boucher, gestionnaire de projet et conseillère à Opcom Management, la phrase « Je sais que tu en as envie aussi! », n’a rien à voir avec la séduction, « mais tout à voir avec la culture du viol ». Bon nombre d’internautes ont commenté jeudi la publication de Mme Boucher, saluant son « courage » et déplorant une campagne de « très mauvais goût ».

Mme Boucher avait d’abord exprimé cette semaine son indignation dans une « plainte officielle » par courriel à la direction générale et au conseil d’administration. En entrevue téléphonique, Mme Boucher a dit y voir à tout le moins une erreur de jugement. « Je peux pas croire qu’après les événements de #metoo, avec tout ce qui a été publicisé dans les deux dernières années, on conçoit et on approuve ce genre de publicités là », a-t-elle fait valoir. Mme Boucher a salué les excuses du comité exécutif, disant que son but était de voir des changements et une prise de conscience.

« Je crois qu’il ne s’agit pas de gens mal intentionnés, mais c’est en continuant à faire ce genre d’affirmations que malheureusement, on maintient une certaine culture », a-t-elle soutenu. La femme d’affaires a quitté le conseil d’administration de la chambre de commerce en décembre dernier « pour des raisons personnelles ». Jeudi en fin d’après-midi, la Chambre de commerce et d’industrie de Vaudreuil-Soulanges a présenté ses excuses à la suite de la « publication d’une publicité parue dans un média de la région ».

La publicité a été diffusée mercredi dans le média Voix régionale de Vaudreuil-Soulanges. « Ce n’est qu’après parution et les commentaires avertis de certains lecteurs que la CCIVS a pris la pleine mesure du sens perçu. En aucun temps la CCIVS n’a voulu être porteuse d’un message qui n’a pas sa place dans notre société moderne », affirme la chambre de commerce sur Facebook dans une lettre au nom des membres du comité exécutif. La CCIVS assure ne pas prendre cette situation « à la légère ».

« Rapidement, les administrateurs de la CCIVS se rencontreront afin de prendre des actions concrètes pour s’assurer qu’une telle situation ne se reproduise plus », a-t-on fait valoir. Il a été impossible de joindre jeudi un porte-parole de la chambre de commerce.