Tous les printemps et tous les automnes, John Scott gravit des centaines de marches pour modifier l’heure des horloges situées dans des tours à Toronto.

« Le maître des clefs, le maître du Temps… On m’a donné beaucoup de titres, s’amuse l’homme âgé de 61 ans. Cependant, on ne m’a jamais appelé le Seigneur du Temps. » M. Scott a commencé à entretenir des horloges, il y a 35 ans, quand son oncle C. Arthur Scott l’avait embauché à titre d’apprenti. La première fois qu’il a reculé l’heure d’une horloge municipale remonte à l’automne 2006, au beffroi de l’ancien hôtel de ville de Toronto. C’est là où est située l’horloge la plus haute de la ville. Pour y parvenir, il faut gravir 269 marches. Montrer dans les tours est la partie la plus difficile de son travail, convient-il. « Heureusement, j’avais des ancêtres qui avaient de bons gènes. »

Le travail n’est pas tout à fait le même pour toutes les horloges, explique M. Scott. Chaque fois, il commence par un examen de l’installation avant de modifier l’heure. « Chaque mécanisme est comme une horloge grand-père géante, souligne-t-il. Ce qu’on ne doit jamais faire est de tourner les aiguilles vers l’arrière. » Avancer une heure au printemps est une tâche plus aisée, car cette opération ne nuit pas au mécanisme d’une horloge. À l’automne, cependant, il arrête l’horloge et il procède à des travaux d’entretien pendant une heure. « On se rend dans des parties auxquelles on n’a pas normalement accès quand l’horloge est en marche, comme le pendule », mentionne M. Scott.

Une de ses horloges préférées est celle de la caserne de pompiers de l’île de Toronto. Il doit prendre le traversier pour se rendre sur l’île et il effectue le reste du trajet en vélo. Il change l’heure d’une dizaine d’horloges. Ce travail s’amorce le vendredi précédant le changement d’heure et peut se terminer le mardi suivant. M. Scott dit que son travail est bien différent de celui des autres horlogers. « Il y a beaucoup d’horlogers, de bijoutiers ou de fabricants de montres, explique-t-il. Mais s’occuper d’une horloge d’une tour, c’est une autre histoire. » Si une pièce d’horlogerie ne fonctionne pas, il faut la réparer dans la tour même. « On ne peut pas sortir de la tour et l’amener dans l’atelier pour l’examiner. Sinon, on devra monter les escaliers souvent. »

Le professeur Rhodri Windsor-Liscombe, du département d’histoire de l’art de l’Université de la Colombie-Britannique, relate que les tours d’horloge sont des vestiges de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle. L’architecture nouvelle les a délaissées. « C’est une caractéristique en voie de disparition », dit-il. M. Scott dit qu’il aimerait bien s’occuper de l’horloge de la tour du Parlement à Ottawa. « C’est ancien. Il y a aussi un carillon que j’aimerais voir », rêve-t-il. À l’heure des téléphones intelligents, les horaires mécaniques ont toujours leur charme, selon lui. « Le tic-tac, tic-tac. Cela me touche tout le temps. C’est un peu comme un battement de coeur. C’est presque une entité vivante, s’emballe M. Scott. C’est une sensation agréable de se retrouver dans une salle à horloge. On sent le tic-tac, comme celui de mon coeur. C’est en quelque sorte apaisant. »