La détresse psychologique est en hausse chez les jeunes

David CaronVotre santé

La maladie mentale ne connaît pas de frontières. Elle touche les personnes de tout âge et de toutes les cultures, mais ces jours-ci, c’est son impact sur les jeunes en particulier qui préoccupe.

Lors d’une récente rencontre du conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité à Tracadie, le ministre de la Santé, Benoît Bourque, a d’ailleurs souligné que les problèmes de santé mentale sont de plus en plus évoqués en milieu scolaire.

«Il y a 10, 15 ou 20 ans, on parlait probablement d’autres problèmes, mais maintenant on dit que c’est la santé mentale. On peut imaginer ce que ça peut vouloir dire pour l’avenir. Ma mère est une infirmière en santé mentale à la retraite, alors c’est un domaine qui me touche particulièrement», a-t-il récemment

Ses observations sont fondées sur la réalité. Selon l’Association canadienne pour la santé mentale, entre 10% et 20% des jeunes Canadiens sont touchés par une maladie ou un trouble mental et 3,2 millions d’adolescents entre 12 et 19 ans risquent de développer une dépression. Le taux de suicide chez les jeunes au Canada est aussi le troisième plus élevé des pays industrialisés.

Selon l’Association canadienne pour la santé mentale, environ 20% de la population du pays seront personnellement touchés par la maladie mentale au cours de leur vie.

Jimmy Bourque – Gracieuseté

Jimmy Bourque, professeur au Département d’enseignement au secondaire et des ressources humaines à l’Université de Moncton et titulaire de la Chaire de recherche interdisciplinaire sur la santé mentale des enfants et des jeunes, constate un nombre grandissant de jeunes atteints par des problèmes de santé mentale. Plusieurs facteurs expliquent cette situation.

«Il y a beaucoup d’indices qui laissent croire que certains problèmes de détresse psychologique comme l’anxiété sont à la hausse. C’est un peu relié à différents facteurs, dont le type de demandes qui sont faites aux enfants d’aujourd’hui. On entend souvent l’expression, “On ne laisse plus les enfants être des enfants.” Ils ont moins de temps libre. On leur amène plus de tracas plus tôt.»

Un volet important de sa recherche porte sur la résilience chez les enfants, soit la capacité à s’adapter aux changements et à surmonter les difficultés.

Bien que les intentions des adultes étaient probablement bonnes au départ, la volonté de mieux structurer et réglementer la vie des jeunes entraîne des effets pervers.

«Certains commencent à montrer du doigt le style de gestion du risque chez les enfants, ce qui rend difficile le développement des ressources qui leur permettrait d’être plus résilients. On essaie d’éliminer les risques et facteurs stressants de leur vie. (…) Quand l’enfant est confronté plus tard à des vraies difficultés, il n’a pas vraiment eu la chance de développer les ressources qui lui permettront de les affronter.»

L’utilisation intensive d’internet peut aussi s’avérer un facteur déterminant.

«Les jeunes ont moins de vraies relations humaines profondes, surtout avec des adultes. Ils passent leur temps avec beaucoup de monde, mais ils sont isolés sur leurs téléphones. Ils peuvent avoir 1000 amis sur Instagram et ainsi de suite, mais parmi ces 1000 amis, il y en a très peu à qui ils peuvent se confier.»

Pour mieux développer son potentiel de résilience, un enfant doit être en mesure de confronter des obstacles surmontables.

«Si l’obstacle est démesuré par rapport à ses ressources, ça va l’écraser, mais s’il est confronté à des difficultés qu’il est capable de surmonter en faisant appel à sa créativité et sa capacité de raisonnement, il va développer des ressources.»

Le gouvernement agit

Le gouvernement provincial prend la question de la santé mentale chez les jeunes au sérieux.

Grâce à une entente négociée avec le gouvernement fédéral en 2016, le Nouveau-Brunswick touchera à 230 millions$ au cours des 10 prochaines années pour les soins à domicile et la santé mentale. Ces fonds supplémentaires permettent au gouvernement provincial de multiplier les initiatives en santé mentale.

En février 2017, des modifications ont aussi été apportées à la Loi sur la santé mentale. En gros, l’objectif est de permettre à certains patients de recevoir des soins supervisés et des traitements dans leur communauté, au lieu d’être admis dans un établissement psychiatrique.

L’approche communautaire est notamment au coeur de l’initiative Access Esprits ouverts, un projet de recherche national qui vise à améliorer les soins pour les jeunes en matière de santé mentale.

Au Nouveau-Brunswick, il est coordonné par Jimmy Bourque.

Des partenariats ont été créés en 2017 dans trois communautés, soit à Caraquet, à Saint-Jean et à Elsipogtog. L’objectif est de garantir une prise en charge rapide d’un jeune confronté à des défis de santé mentale et de lui permettre d’accéder à des services adéquats. L’offre de services après l’âge de 18 ans fait aussi partie des objectifs.

«Normalement à 18 ans, un patient passe aux services pour adultes. On s’est aperçu que beaucoup de gens tombent entre les craques pendant cette période. On veut s’assurer qu’il ait une continuité.»