Des chercheurs américains ont réussi à rétablir une certaine activité dans le cerveau de porcs qui avaient été abattus plusieurs heures plus tôt, ce qui suscite un espoir de percées médicales, mais soulève aussi de nouvelles questions éthiques concernant la mort.

Les cerveaux étaient incapables de penser ou de ressentir, ont précisé les chercheurs de l’Université Yale, et ils n’étaient pas « vivants ». L’expérience a permis de déterminer que la mort cellulaire s’étire sur une période beaucoup plus longue qu’on ne le croyait dans un cerveau privé de sang et d’oxygène. Cela pourrait mener à de nouvelles thérapies pour des accidents vasculaires cérébraux et d’autres problèmes de santé. Les chercheurs n’ont aucune intention de procéder aux mêmes essais sur des cerveaux humains.

Les 32 cerveaux de porcs leur avaient été fournis par un abattoir local. Quatre heures après la mort des animaux, les chercheurs ont commencé à alimenter les cerveaux avec un substitut sanguin spécialement élaboré pour l’expérience. Six heures plus tard, les chercheurs ont découvert que les cellules individuelles d’une portion du cerveau avaient conservé des détails importants de leur structure, tandis que les cellules des cerveaux non traités s’étaient gravement détériorées.

Quand ces neurones ont été retirés et stimulés électriquement, leur réaction a témoigné d’une certaine viabilité. Une analyse du substitut sanguin a aussi révélé que les cellules absorbaient le sucre et l’oxygène, démontrant qu’elles étaient actives. Les cerveaux n’avaient aucune activité électrique qui aurait pu permettre de croire à un degré de conscience. Si cela avait été le cas, ils auraient été immédiatement anesthésiés et l’expérience arrêtée.

Un expert indépendant, Christof Koch, de l’Allen Institute for Brain Science de Seattle, a admis être « étonné » que de tels résultats aient été obtenus chez un animal aussi complexe que le porc. Cette technologie, a-t-il dit, pourrait éventuellement permettre de sauver des gens dont le cerveau a été privé d’oxygène pendant plusieurs heures. Toutefois, a-t-il prévenu, on considère généralement que la mort survient lors de la perte « irréversible » des fonctions cérébrales, mais « l’irréversibilité dépend de la technologie, et comme cette étude le démontre, ça évolue constamment ». Cette découverte est dévoilée dans les pages du journal scientifique « Nature ».