Le profil génétique des Inuits du Nunavik leur permet de métaboliser le gras différemment du reste de la population, mais les rend aussi plus vulnérables à certains anévrismes cérébraux, démontrent les travaux d’un chercheur montréalais.

Le Nunavik englobe approximativement le tiers Nord de la province de Québec. « C’est une population relativement isolée, qui a un environnement particulier, a résumé le directeur de l’Institut et hôpital neurologiques de Montréal, le docteur Guy Rouleau. Oui il y a le froid, mais il y a aussi une alimentation qui est très riche en gras, beaucoup plus que l’alimentation typique des Nord-Américains. » Le docteur Rouleau et ses collègues ont trouvé que certains variants dans certains gènes sont devenus beaucoup plus fréquents dans cette population. Ces particularités génétiques confèrent possiblement aux Inuits du Nunavik des avantages pour survivre dans un environnement froid, avec une alimentation très riche en gras.

Il cite en exemple le gène CPT1A, qui est impliqué dans le métabolisme du gras. « Il y a un variant qui inactive le gène, et presque 100 pour cent des Inuits du Nunavik ont ce variant là, alors que ce variant là est extrêmement rare chez les populations de Canadiens français, a expliqué le docteur Rouleau. Ce variant-là change la façon dont ils métabolisent le gras, ça fait qu’ils peuvent le métaboliser de façon plus efficace. » Ce variant semble protéger les Inuits du Nunavik des maladies que d’autres développeraient s’ils adoptaient une alimentation comme la leur. En d’autres mots, les Inuits semblent à l’abri des effets négatifs de leurs aliments. Est-ce que cette découverte pourrait paver la voie à de nouveaux traitements de l’obésité ou de l’embonpoint?

« C’est un peu une des idées que j’avais, a reconnu le docteur Rouleau. J’espère que les informations et les gènes qu’on a trouvés et les indications qu’on a vont être utiles pour d’autres dans le domaine, à mieux comprendre comment empêcher les maladies cardiovasculaires et aussi empêcher les problèmes associés avec une alimentation riche en gras. » Toutefois, les chercheurs ont constaté que l’exposition des Inuits à une alimentation occidentale augmente chez eux l’incidence de maladies cardiovasculaires. « Peut-être qu’ils développent des maladies pour des raisons un peu différentes des membres d’autres populations », a dit le docteur Rouleau.

Anévrismes

Neurologue de formation, le docteur Rouleau a été appelé, il y a près de 20 ans, au chevet d’une jeune Inuite qui avait été terrassée par une hémorragie sous-arachnoïdienne. Au fil de sa conversation avec elle, il découvre que plusieurs membres de sa famille avaient souffert d’anévrismes similaires. Si ces anévrismes sont assez courants _ environ 1 pour cent de toutes les mortalités sont liées à un anévrisme, selon lui _, il est rare de voir des familles dont plusieurs membres sont atteints, et c’est ce qui a piqué sa curiosité. « C’est à ce moment que je me suis intéressé aux problèmes d’anévrismes cérébraux dans cette population-là, a-t-il dit. J’ai trouvé qu’il y avait plus de gens avec des anévrismes dans cette population-là que dans d’autres populations. » Un peu plus tard, d’autres chercheurs ont découvert qu’il y avait aussi au Groenland une incidence plus élevée d’anévrismes que dans les populations européennes.

« Les populations du Nunavik et du Groenland ont beaucoup en commun, a rappelé le docteur Rouleau. Le variant dans le gène est plus répandu dans cette population-là que dans la population en général. » La prédisposition génétique de ces populations à souffrir d’anévrismes pourrait permettre de mieux comprendre et mieux traiter ce problème de santé. « Ça peut nous aider à comprendre la genèse des anévrismes, et si on peut comprendre la genèse des anévrismes, alors on pourrait probablement développer des médicaments ou des traitements pour arrêter le développement des anévrismes et même les renverser », a dit le docteur Rouleau. L’étude du docteur Rouleau a été publiée lundi par les Proceedings of the National Academy of Sciences.