Les parents qui souhaitent encadrer plus strictement l’horaire de sommeil de leurs enfants à l’occasion du retour en classe devraient s’attaquer à la tâche sous peu, préviennent deux experts interrogés par La Presse canadienne.

Il faut en effet prévoir environ une semaine de transition entre l’horaire plus permissif de l’été et celui plus strict de l’année scolaire, ont dit le pneumologue Kevin Vézina, du CHU Sainte-Justine, et la professeure Évelyne Touchette, qui enseigne la psychoéducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières. En général, les enfants d’âge scolaire ont besoin de dix à onze heures de sommeil par nuit, à part ceux « qui sont de courts dormeurs », a expliqué Mme Touchette. « Je suggère d’adapter l’heure du coucher à l’heure habituelle du réveil en semaine, donc en fonction du départ pour l’école. Il faut vraiment que l’enfant ait toutes les heures de sommeil nécessaires, a-t-elle dit.

Pour éviter la guerre au dodo, elle suggère d’y aller par gradation. Si un enfant doit se réveiller à 7 h pour aller à l’école, il devrait se coucher entre 20 h et 21 h si ce n’est pas un court dormeur. Si pendant l’été il se couchait plutôt vers 21 h 30, elle suggère de retrancher environ 15 minutes par jour. « Si on veut le faire dormir vers 20 h, on va y aller graduellement, de jour en jour, a-t-elle dit. On ne partira pas de 21 h 30 pour le coucher drastiquement à 20 h parce qu’il commence l’école. En tant que parent, il faut planifier ça au moins une semaine d’avance tranquillement, pour que l’enfant ne s’en rende pas trop compte. »

Routine stable

Les deux experts s’entendent pour dire que l’instauration d’une routine constante et stable est le meilleur gage de succès, et aussi la meilleure stratégie pour réduire le risque de conflit. « Il est très important que la routine soit assez constante. Habituellement ça devrait inclure trois à quatre activités calmes… prendre un bain, se changer en pyjama, lire une histoire… et il est très important que cette routine-là n’inclue pas du tout d’appareils électroniques dans l’heure avant de se coucher », a dit le docteur Vézina. En effet, poursuit-il, « on sait que les appareils électroniques envoient de la lumière bleue qui vient contrebalancer la sécrétion de mélatonine, qui est censée être l’hormone qui nous aide à nous endormir facilement. C’est sûr que plus on a d’appareils électroniques et d’expositions à la lumière bleue dans l’heure avant de se coucher, plus ce sera difficile pour l’enfant d’avoir le goût de s’endormir et plus il y aura de résistance au sommeil. »

« Ces guerres-là seront vraiment moins importantes si on a une routine qui conditionne le cerveau de l’enfant, a renchéri Mme Touchette. La routine va devenir un sentiment de sécurité, un sentiment de détente, et plus c’est prévisible, moins il y aura de guerres avec l’enfant. Le manque de stabilité peut être source de conflit. » Les symptômes d’un manque de sommeil varieront en fonction de l’âge de l’enfant. Chez les plus vieux, ils ressembleront à ceux des adultes, par exemple de la somnolence ou des problèmes à se concentrer. Mais chez les plus jeunes, on pourra au contraire penser que l’enfant a trop dormi, tellement il sera agité. « On peut se faire attraper, a prévenu le docteur Vézina. Les enfants peuvent être un peu plus hyperactifs, impulsifs, inattentifs et irritables. »

La collaboration de l’enfant

« Les crises éclatent souvent quand l’encadrement a été fait de façon drastique et non prévisible, a expliqué Évelyne Touchette. Il n’y a pas de recette miracle, mais ce sont des ingrédients qui peuvent aider le parent à ce que ça soit moins difficile. » Elle insiste donc sur l’importance de recruter la collaboration de l’enfant. « Plus c’est stable, plus l’enfant va savoir à quoi s’en tenir et plus il va participer à sa routine, a-t-elle précisé. On souhaite que l’enfant finisse par intérioriser sa routine. C’est fatigant pour le parent de toujours être responsable du cadre, mais si on veut qu’il l’intériorise, l’enfant doit comprendre quelle est sa routine. On peut même lui demander où on est rendus dans la routine, qu’est-ce qu’on fait ensuite. L’enfant va devenir vraiment porteur de cette routine-là, et ça rend les choses beaucoup plus faciles pour le parent. Le cadre va se mettre de soi, et même l’enfant en aura besoin, il va le demander. »

On peut aussi prendre la peine d’expliquer à l’enfant les bienfaits du sommeil, qu’il s’agisse de la consolidation des apprentissages, de la créativité, de la récupération ou encore de la santé. Le parent doit d’abord et avant tout être convaincu de l’importance et de la pertinence de cette routine. Plus il s’investit et plus il y croit, plus il adopte la stratégie de la main de fer dans un gant de velours, meilleures seront ses chances de succès. « Notre but en tant que parent est vraiment que l’enfant achète éventuellement notre routine et que ça lui fasse du bien, a dit Mme Touchette. On n’est pas des policiers. Nous sommes des parents qui accompagnons notre enfant avec bienveillance pour qu’éventuellement l’enfant comprenne que c’est bon pour lui. »