Les nourrissons seraient plus vulnérables à l’infection par la rougeole qu’on ne le pensait auparavant, laisse entendre une nouvelle étude.

Les résultats réfutent l’idée que la plupart des bébés sont protégés pendant une bonne partie de leur première année par des anticorps maternels transmis pendant la grossesse. En fait, expliquent des chercheurs de l’hôpital torontois Sick Kids, la vaste majorité des 196 enfants étudiés étaient vulnérables à l’âge de trois mois. Et aucun des nourrissons n’était à l’abri à six mois. Les bébés ne reçoivent généralement pas le vaccin antirougeoleux avant l’âge de 12 mois. Cela aboutit à un large écart de susceptibilité que l’auteur principal de l’étude a qualifié de « tout à fait alarmant ». Shelly Bolotin, une scientifique de Santé publique Ontario, a ajouté que les résultats soulignent la nécessité pour tout le monde de garder leur vaccination à jour afin de protéger les membres les plus vulnérables de la population. « C’est vraiment inquiétant, car la rougeole est une maladie grave qui peut toucher les nourrissons, a dit Mme Bolotin, qui est également professeure adjointe à l’école de santé publique Dalla Lana et au département de médecine de laboratoire et de pathobiologie de l’Université de Toronto.

Cela peut être absolument dévastateur et nous devons nous assurer de protéger nos membres les plus vulnérables de notre population _ les nourrissons. » L’étude a été publiée en ligne jeudi et paraît dans l’édition de décembre du journal « Pediatrics », de l’Académie américaine de pédiatrie. Les chercheurs ont constaté que 20 pour cent des nourrissons d’un mois et 92 pour cent des bébés de trois mois avaient des taux d’anticorps inférieurs au seuil de protection. Mme Bolotin a indiqué que les chercheurs savaient déjà que l’immunité des nourrissons diminuait au cours des six premiers mois de leur vie, mais ils ne s’attendaient pas à une chute aussi rapide. « Nous avons été surpris de voir que le déclin ou le manque de protection commençaient plus tôt, a dit Mme Bolotin, qui a collaboré avec l’autrice principale, la docteure Michelle Science, une spécialiste des maladies infectieuses au Sick Kids et également une médecin de contrôle des infections à Santé publique Ontario.

Elle a ajouté que l’hypothèse selon laquelle les bébés sont protégés plus longtemps repose sur des études menées dans des endroits où la rougeole reste répandue. Dans ces régions, les mères ont des taux d’anticorps plus robustes à transmettre à leur enfant, car leur immunité provient d’une infection naturelle et est constamment stimulée par une exposition continue à la rougeole. En revanche, la plupart des Canadiennes en âge de procréer sont immunisées par la vaccination, car le Canada a éliminé la rougeole en 1998. Bien que les taux de vaccination soient élevés ici, la vaccination est associée à des taux d’anticorps plus faibles que ceux d’une infection naturelle. Mme Bolotin a précisé que l’étude de Toronto est unique en ce qu’elle mesure les anticorps chaque mois de la vie d’un nourrisson, de la naissance à 12 mois. Des recherches antérieures ont porté sur la mesure des niveaux d’immunité chez les bébés à la naissance ou âgés de plus de six mois.

Un article d’accompagnement rédigé par deux autres experts qui apparaît également dans « Pediatrics » soulève la question de savoir s’il est temps d’envisager de modifier le calendrier de vaccination. Il conclut qu’il n’y a aucune raison de vacciner plus tôt, malgré les épidémies en cours aux États-Unis. Mme Bolotin a reconnu qu’il s’agissait d’une question difficile pour les décideurs politiques qui devaient peser le risque d’infection par rapport au meilleur moment pour vacciner les enfants, dont le système immunitaire est en train de mûrir. Les nourrissons âgés de six à 11 mois qui se rendent dans des régions où la rougeole est endémique sont encouragés à recevoir une dose précoce du vaccin en plus de leur dose habituelle à 12 mois, mais sinon, toutes les provinces du Canada recommandent le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) à 12 mois.

Le calendrier pour une deuxième dose du vaccin varie à travers le pays.

Le commentaire de « Pediatrics » suggère que la vaccination précoce pourrait effectivement nuire à l’efficacité d’une dose ultérieure, entraînant une baisse des taux d’anticorps par rapport aux enfants vaccinés pour la première fois à 12 mois. « La vaccination précoce peut également altérer la réponse après la revaccination, entraînant une baisse des taux d’anticorps par rapport aux enfants vaccinés pour la première fois au cours de la deuxième année de vie », expliquent les auteurs, citant une étude sur l’immunité des enfants âgés de 5 à 10 ans, et une autre publiée plus tôt cette année qui traitait des impacts à court et à long terme sur les enfants aux Pays-Bas. À la fin de la semaine dernière, selon Mme Bolotin, le Canada enregistrait 112 cas de rougeole cette année, la grande majorité d’entre eux étant importés ou liés à l’importation. La rougeole peut entraîner des complications graves, notamment une pneumonie, une encéphalite et la mort.

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