Un régime riche en gras accélérerait la progression du cancer de la prostate en imitant une altération propre au cancer, indiquent les travaux d’un chercheur montréalais.

Le professeur David P. Labbé, de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, et ses collègues expliquent dans une étude publiée par Nature Communications que la consommation de gras saturé induit une « reprogrammation cellulaire » qui est associée à la progression et à la létalité du cancer de la prostate. Ces résultats pourraient permettre d’identifier des patients dont le cancer pourrait être plus agressif et mortel. De plus, une intervention alimentaire impliquant une diminution de l’apport en graisses animales et plus particulièrement en gras saturés chez les hommes atteints d’un cancer de la prostate à un stade précoce pourrait éventuellement réduire ou retarder le risque de progression de la maladie.

Certains gènes _ appelés oncogènes _ jouent un rôle dans l’apparition et la progression du cancer. Le gène MYC est l’un d’entre eux, et dans cette étude, M. Labbé et ses collègues montrent que la consommation de gras saturé aggrave le cancer de la prostate en provoquant une réaction semblable à la surexpression de MYC. « MYC est une protéine qui est surexprimée dans plusieurs cancers de la prostate, a expliqué M. Labbé. C’est quelque chose de central dans l’initiation et la progression de la maladie. Et ce qu’on montre, c’est que (l’alimentation) riche en gras saturé agit un peu comme MYC et va venir augmenter cet effet-là. » Les chercheurs en sont venus à cette conclusion en intégrant de l’information alimentaire aux données sur l’expression des gènes provenant de 319 patients. Ils ont validé leurs résultats in vivo à l’aide d’un modèle murin de cancer de la prostate.

Les patients qui présentaient le taux le plus élevé de la signature de MYC associée à la consommation de gras saturé étaient quatre fois plus susceptibles de mourir du cancer de la prostate que les patients présentant le taux le plus faible, indépendamment de leur âge ou de l’année du diagnostic. Même après avoir éliminé l’obésité de l’équation, les patients présentant des taux élevés de la signature de MYC associée à la consommation de gras saturé étaient encore trois fois plus susceptibles de mourir d’un cancer de la prostate, a expliqué le professeur Labbé dans un communiqué. « L’alimentation riche en gras saturés est généralement associée à un cancer plus agressif dans nos modèles, donc c’est clairement utilisé comme carburant (…) pour une reprogrammation cellulaire qui ne va pas dans le bon sens pour le patient, a-t-il précisé. C’est important de porter une attention particulière à son (alimentation) à ce niveau-là. »

L’étude a également montré que pour que les gras saturés induisent la reprogrammation de MYC, les tissus doivent être transformés. « Il faut que le tissu ait déjà les graines d’un cancer pour qu’il soit reprogrammé par une (alimentation) riche en gras, a dit M. Labbé. (…) (L’alimentation) riche en gras reprogramme les régions cancéreuses, mais elle ne reprogramme pas les régions ‘normales’. » En connaissant le régime alimentaire d’un patient ou son niveau d’activité physique, les cliniciens pourraient éventuellement suggérer une intervention spécifique pour réduire la probabilité de progression vers une maladie mortelle.

Crédit photo: Acadie Nouvelle/Allison Roy