Des éléments génétiques du terrifiant virus Ebola pourraient permettre de combattre le glioblastome, une forme extrêmement agressive et souvent mortelle de cancer du cerveau, ont découvert des chercheurs de l’Université Yale.

La stratégie des chercheurs consiste à exploiter l’incapacité de la plupart des tumeurs malignes à se défendre contre un envahisseur et une défense dont dispose le virus Ebola face au système immunitaire. Mais pas question ici d’injecter le virus Ebola à un patient pour attaquer son cancer du cerveau, a expliqué la professeure Marie-Claude Bourgeois-Daigneault, du département de microbiologie, d’infectiologie et d’immunologie de l’Université de Montréal. « Les virus ont à leur surface ce qu’on appelle des glycoprotéines, puis ces protéines-là permettent au virus d’entrer dans différentes cellules, par exemple une cellule du foie ou une cellule du cerveau, a-t-elle expliqué. C’est juste une petite partie d’Ebola qu’ils (les chercheurs américains) ont pris et qu’ils ont mis dans le virus de la stomatite vésiculaire. Ils sont capables de montrer qu’en faisant ça, le virus peut tuer les glioblastomes, mais ne porte pas de dommages aux cellules saines du cerveau. »

Les chercheurs n’utilisent dans les faits qu’un seul des sept gènes du virus Ebola pour modifier le virus de la stomatite vésiculaire. Sans modification, ce virus risquerait d’attaquer les cellules saines du cerveau, ce qui n’est évidemment pas souhaitable. Mais une fois modifié, il ne s’intéresse qu’au glioblastome. En termes scientifiques, on dit que les chercheurs américains « pseudotypent » le virus de la stomatite vésiculaire, qui est habituellement inoffensif pour l’humain. « Il y a beaucoup de gens qui pseudotypent des virus, donc eux ils prennent un virus qui est déjà utilisé pour le traitement du cancer, donc un virus oncolytique, ils le modifient, et la modification qu’ils ont fait, je pense que ça va être important surtout pour le glioblastome, a dit Mme Bourgeois-Daigneault, qui étudie notamment comment on pourrait recruter les virus dans la lutte contre le cancer. « Le virus qu’ils utilisent est déjà très bon, c’est un virus qui est déjà étudié en études cliniques pour différents cancers, qui fonctionne très bien. »

Un processus qui s’autoamplifie

Les virus finissent inévitablement par causer la mort des cellules qu’ils envahissent. Dans un premier temps, la cellule s’épuisera à rediriger toutes ses énergies vers la production de millions et de millions de particules virales. De plus, dans le cas du virus de la stomatite vésiculaire, des trous apparaîtront dans la paroi cellulaire, et la cellule se videra de son contenu. Une des choses qui rend le glioblastome particulièrement difficile à traiter est le fait qu’il touche le cerveau. Il est bien évidemment impossible, dans un premier temps, d’enlever l’organe. De plus, le cerveau est protégé par ce qu’on appelle la barrière hématoencéphalique. « Les virus (…) ont la capacité de franchir cette barrière-là pour aller infecter les cellules du cerveau, c’est un avantage naturel que les virus ont, a dit Mme Bourgeois-Daigneault. Les gens pensent vraiment que les virus oncolytiques ont un gros potentiel pour le glioblastome, et c’est certain qu’avec des études comme celle-ci (…) qui montrent que le virus non seulement est capable de détruire le glioblastome dans des modèles de souris (…) mais qui en plus est sécuritaire, c’est vraiment d’études comme ça dont on a besoin. On veut des virus sécuritaires. »

Mme Bourgeois-Daigneault décrit un traitement qui s' »autoamplifie »: une fois dans la tumeur, le virus se multiplie et les copies vont infecter d’autres cellules cancéreuses, perpétuant le processus. Le système immunitaire finira par détruire les virus et de nouvelles « doses » pourront être possibles, mais l’avenue semble très prometteuse. Plusieurs virus oncolytiques ont ainsi été étudiés pour combattre le glioblastome, notamment celui de la rougeole, avec des résultats intéressants. Cette même combinaison entre le virus de la stomatite vésiculaire et la glycoprotéine d’Ebola avait été étudiée il y a quelques années comme vaccin potentiel contre la fièvre hémorragique. « En utilisant un virus comme ça, qu’on déguise en quelque sorte en Ebola, ça permet de vacciner le corps contre l’autre virus, a conclu Mme Bourgeois-Daigneault. C’est bien de savoir en plus que ce virus-là a une affinité pour le glioblastome. »

Crédit photo: Archives.

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