Mike Charlebois décrit le karaoké comme un mode de vie, une forme d’expression et un moyen de s’évader en ayant du plaisir – ce qui, selon lui, est plus important que jamais au moment où le monde est plongé dans une crise sanitaire.

M. Charlebois, un artiste, animateur et organisateur d’événements karaoké dans la région de Montréal, explique que peu importe le talent, les participants à une soirée ont un micro, une scène, un éclairage et deviennent des vedettes pendant un instant. Ces moments éphémères de célébrité sont toutefois terminés pour l’instant. Le ministère de la Santé a confirmé vendredi que les activités de karaoké qui se tiennent dans des lieux publics, tels que les bars ou encore des salles louées ou des salles communautaires, sont désormais interdites. La Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec avait déjà indiqué jeudi avoir reçu un avis du cabinet du ministre de la Santé Christian Dubé à cet effet.

Le directeur de la santé publique Horacio Arruda a déclaré que la combinaison des gouttelettes projetées par le chant, du partage des micros et de la consommation d’alcool faisait du karaoké l’environnement idéal pour propager la COVID-19. Mais les chanteurs et les propriétaires de bar qui ne sont pas prêts à accrocher leurs micros disent que l’activité peut être sécuritaire. Selon l’artiste Billy Karaoké, le karaoké lui-même n’est pas un problème, ce sont plutôt les tenanciers des bars qui ne respectent pas les règles qui viennent gâcher l’activité.

L’artiste de 30 ans, connu pour des vidéos le montrant, par exemple, essayer de se faire arrêter en chantant au karaoké, a organisé une manifestation prokaraoké à Montréal le week-end dernier, au cours de laquelle les manifestants ont chanté et agité des pancartes dénonçant la « phobie du karaoké ». L’artiste, qui n’a pas divulgué son vrai nom, a déclaré que presque tout le monde dans la communauté du karaoké suivait les règles, notamment le lavage des mains, la distanciation physique, le port de masques entre les performances, la désinfection des micros et l’utilisation de housses amovibles. Le Kirouac, le bar de Québec au coeur de la polémique, avait été directement lié à 72 cas de COVID-19 jeudi. Les responsables de la santé publique ne communiquent plus le nombre de cas secondaires liés au bar, mais ils avaient précédemment déclaré qu’il y en avait au moins 10, dont certains parmi les écoliers.

La police de Sherbrooke est également intervenue dans deux bars de la région au cours de la fin de semaine, dont un bar de karaoké où les agents ont constaté que les règles de distanciation physique n’étaient pas respectées. Le propriétaire de ces bars, Stéphane Goulet, a émis l’hypothèse que son plaidoyer public en faveur du karaoké aurait pu avoir contribué à amener la police à sa porte. M. Goulet dit avoir suivi toutes les directives en matière de santé, y compris la pose de plexiglas devant le chanteur et une boîte de désinfection sophistiquée pour les micros, « le même système que celui utilisé dans les salles d’opération », selon le propriétaire. Ses employés rappellent aux gens de se laver les mains et de porter le masque.

Mais M. Goulet, qui n’a pas encore reçu d’amende, reconnaît qu’il peut être difficile de s’assurer que tous les clients respectent les règles. Il soutient qu’il n’est pas juste de demander aux propriétaires d’entreprise d’assumer toute la responsabilité de l’application des directives gouvernementales.

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