Une nouvelle étude canadienne révèle qu’au cours des cinq premiers mois de 2020, le gouvernement fédéral et les entreprises sont passés d’une approche collective face à la pandémie de COVID-19 à une stratégie mettant l’accent sur la responsabilité individuelle.

Les chercheurs estiment que les décideurs politiques et les entreprises devraient s’approprier davantage de responsabilités dans ce défi, mais qu’en fin de compte, « il faut que tout le monde protège tout le monde ». L’étude, publiée dans le « Journal of the Association for Consumer Research », a été réalisée par des chercheurs de HEC Montréal, de l’Université Concordia et de l’Université York à Toronto. Les auteurs ont analysé les discours et les publications sur Twitter du premier ministre Justin Trudeau et de l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la docteure Theresa Tam, a ainsi que des tweets et des courriels de certaines grandes entreprises, de janvier à mai. Ils ont constaté que leurs messages étaient passés par trois phases distinctes, en commençant par une étape d' »extériorisation » qui a duré du début de l’année jusqu’au début du mois de mars, dans laquelle le virus était largement considéré comme un problème étranger.

À partir du moment où l’Organisation mondiale de la santé a déclaré une pandémie, les chercheurs ont constaté que le message était passé à celui d' »organisations responsables » _ une phase caractérisée par des annonces politiques quotidiennes, des états d’urgence et des changements majeurs dans le fonctionnement des entreprises. Cette phase a duré jusqu’à la mi-avril, lorsque les chercheurs ont constaté que l’accent était de plus en plus mis sur les « consommateurs responsables ». Cette troisième phase a commencé « lorsque les organisations ont établi le plafond de leurs efforts et ont exigé la coopération des consommateurs », selon l’étude. « C’était plutôt: « Faites votre travail. Faites votre part. Aidez-vous les uns les autres » », a expliqué l’un des auteurs de l’étude, le professeur de comptabilité à l’Université York Charles Cho, en entrevue jeudi.

« Ce que nous avons constaté en général, c’est que nous avons d’abord externalisé la situation, puis nous avons pris le contrôle de la situation. Finalement, nous avons demandé en quelque sorte aux consommateurs de coopérer pour aider à atténuer le risque. » Les auteurs ont souligné que le but de l’étude n’était pas de blâmer qui que ce soit. « Les citoyens doivent supporter une partie du fardeau d’essayer de contenir la propagation du virus », ont-ils noté. Cependant, a indiqué M. Cho, les organisations auraient pu être plus proactives en « s’appropriant » la responsabilité de cette lutte. « Cette responsabilité a été assumée temporairement, puis elle a rapidement changé », analyse-t-il. L’étude a également révélé que les gouvernements et les organisations n’avaient pas suffisamment mis l’accent sur l’interdépendance des différents groupes, se concentrant plutôt sur les risques pour les populations vulnérables comme les personnes âgées et les travailleurs de la santé.

Cette « suraccentuation » a eu une conséquence non intentionnelle, selon l’étude: faire sous-estimer aux jeunes et aux personnes en bonne santé leur propre risque de contracter la COVID-19, ainsi que leur rôle dans sa propagation. Cela a conduit à « un échec de responsabilité, des transgressions et une conformité réduite aux directives telles que la distanciation physique et le port du masque », relève l’étude.

Crédit photo: Archives.

Anchorage,_Alaska,_USA
Doit-on redouter la "variole de l'Alaska" après…