Un déclin abrupt des cas de COVID-19 est observé un peu partout dans le monde, mais les infectiologues et épidémiologistes ne sont pas certains de la cause exacte de cette baisse.

Les tableaux et graphiques illustrant le fardeau de la COVID-19 dans la plupart des pays, y compris le Canada et les États-Unis, montrent des plongées abruptes par rapport aux sommets sans précédent affichés il y a quelques semaines. Des experts affirment qu’une combinaison de facteurs est probablement en jeu dans le déclin apparent du virus, y compris l’aspect saisonnier du SRAS-CoV-2, un certain degré d’immunité collective à quelques endroits et l’impact des confinements et de nos propres comportements. Le fait que la baisse se produise maintenant, au milieu de la menace de variants plus transmissibles, semble cependant un peu déroutant, note l’épidémiologiste de Winnipeg Cynthia Carr. « C’est la partie vraiment intéressante à ce sujet », dit-elle. « Nous savons que ces variants se sont répandus beaucoup plus rapidement et nous les avons vus devenir plus dominants, mais les chiffres n’augmentent toujours pas comme nous l’aurions anticipé. »

Mme Carr affirme que les variants préoccupants _ ceux détectés pour la première fois au Royaume-Uni, en Afrique du Sud et au Brésil _ ont été signalés dans plusieurs pays et dépassent rapidement les anciennes souches à certains endroits. À Berlin, par exemple, elle note que le variant détecté pour la première fois au Royaume-Uni représente 20 % des nouveaux cas, contre 6 % il y a deux semaines. Mme Carr soupçonne que l’une des raisons de l’absence d’augmentation des cas pourrait être due au fait que les gouvernements se sont améliorés dans la mise en place de directives en matière de santé publique au cours de la dernière année, et que les gens ont mieux réussi à y adhérer. Mais même si la situation semble s’améliorer, Mme Carr prévient que « nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers maintenant ». « Une fois que (les variants) représenteront 90, 100 % de toutes les infections (…), nous pourrions vraiment voir cette escalade », déclare-t-elle.

Le Dr Sumon Chakrabarti, spécialiste des maladies infectieuses à Mississauga, en Ontario, convient que les gens ne devraient pas supposer que la pandémie est terminée parce que les cas dans le monde diminuent. Mais la baisse mondiale est une évolution positive qu’il ne faut pas négliger, ajoute-t-il. Le Dr Chakrabarti estime qu’il y a probablement plusieurs raisons pour ce déclin, la situation de certains pays étant expliquée plus facilement que d’autres.Les efforts de vaccination pourraient être crédités en Israël, par exemple, où 87 % de la population a reçu au moins une dose d’un vaccin contre la COVID-19. Dans des pays comme le Canada, qui ont été pour la plupart confinés au cours des six dernières semaines, les restrictions et les contacts limités peuvent être une raison plausible du déclin des cas de COVID-19. Plus d’un facteur pourrait également avoir un impact dans différentes régions, ajoute le Dr Chakrabarti. Et l’aspect saisonnier du virus de la COVID-10 peut aussi être en jeu.

Les infections causées par certains virus ont tendance à culminer une fois par saison avant de s’atténuer naturellement, explique le Dr Chakrabarti, comme la grippe, qui atteint généralement des pics entre novembre et janvier. D’autres coronavirus ont suivi un schéma similaire. « La saisonnalité signifie que (les virus) sont cyclés à un moment donné de la saison », souligne-t-il. « Nous ne savons pas si c’est à 100 % le cas avec la COVID-19. Mais ça pourrait l’être. » Alors que le moment de la première vague de COVID-19 au Canada au printemps dernier semble aller à l’encontre de la notion de saisonnalité, nous n’avons pas été exposés à de grandes quantités de virus avant mars, donc il n’a pas eu la chance de circuler plus tôt, explique le Dr Chakrabarti. Certaines régions du monde, y compris les États-Unis, peuvent également être confrontées à un certain degré d’immunité collective provoquée par une infection naturelle, ajoute le Dr Chakrabarti, ce qui pourrait simplifier, mais pas entièrement, leur récente chute de cas.

Bien que le nombre exact d’infections à la COVID-19 soit difficile à évaluer, le Dr Chakrabarti estime que les cas non détectés pourraient être de cinq à 10 fois plus élevés que les cas signalés, soit parce que les personnes étaient vraiment asymptomatiques ou avaient des symptômes si mineurs qu’ils n’ont jamais été testés. « Si vous avez un nombre important de personnes qui ont été infectées et qui ont, peut-être pas nécessairement une immunité totale, mais un certain degré d’immunité, à tout le moins, cela devrait ralentir les éclosions », évalue le Dr Chakrabarti. La notion d’immunité collective pose cependant des problèmes. Le Dr Prabhat Jha, épidémiologiste à l’Université de Toronto, dit que si les experts croient que les personnes ayant déjà eu la COVID-19 peuvent avoir une certaine protection contre les variants détectés pour la première fois au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, ce n’est peut-être pas le cas de celui identifié pour la première fois au Brésil.

Le Dr Jha souligne que tous les pays ne connaissent pas une diminution des cas de COVID-19 _ le Brésil est un endroit qui affiche des taux stables ou possiblement des hausses _ et il craint que l’évocation de l’immunité collective comme raison de la baisse des cas puisse être dangereuse. « Nous ne savons pas ce que signifie réellement l’immunité collective », note-t-il. « C’est une théorie selon laquelle lorsqu’un certain nombre de personnes sont infectées, le virus devient à court de clients. Mais nous n’avons que très peu de bases pour comprendre ce qu’est ce niveau. » Le Dr Jha dit que les raisons potentielles du déclin mondial ne sont que théoriques pour le moment. « Personne n’a vraiment une idée claire de la raison pour laquelle les cas sont en baisse », affirme-t-il. « Donc je pense qu’il faut être très prudent quand on parle d’explications plausibles. »

Crédit photo: Archives.

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