Un variant qui semble faire des ravages en Inde a été détecté au Canada et a provoqué une interdiction temporaire des vols directs en provenance de l’Inde et du Pakistan, jeudi. Mais des experts disent qu’il est trop tôt pour savoir à quel point cette nouvelle version du virus contre la COVID-19 est préoccupante.

Le variant _ nommé B.1.617 _ a jusqu’à présent été classé comme un « variant d’intérêt » par l’Organisation mondiale de la Santé, plutôt que comme un « variant préoccupant », le terme associé aux variants détectés pour la première fois au Royaume-Uni, au Brésil et en Afrique du Sud. Raywat Deonandan, épidémiologiste à l’Université d’Ottawa, a déclaré jeudi qu’un variant d’intérêt en est un qui est « soupçonné » soit d’être plus contagieux que la souche initiale, soit de provoquer une maladie plus grave ou encore d’échapper à la protection offerte par les vaccins. Un variant d’intérêt peut devenir un variant préoccupant si plus de preuves indiquent qu’il répond à un ou plusieurs de ces critères, a-t-il ajouté. Voici ce que nous savons du nouveau variant:

DANS QUELLE MESURE EST-IL TRANSMISSIBLE?

L’Inde voit actuellement des augmentations massives de la propagation de la COVID-19 _ plus de 300 000 nouveaux cas et 2000 décès liés au virus y ont été signalés jeudi _, mais le gouvernement indien n’a pas confirmé que le nouveau variant alimentait la vague actuelle. M. Deonandan a déclaré que le variant semblait être responsable d’environ 60 % des cas dans la région la plus peuplée de l’Inde, ce qui suggérerait une transmissibilité plus élevée. Il a indiqué qu’il était « probablement autour de 20 à 30 % », plus contagieux, mais a ajouté que les experts ne savaient toujours pas si le variant cause une maladie plus grave. « C’est peut-être un peu moins grave que le B.1.1.7 (le variant détecté pour la première fois au Royaume-Uni) », a déclaré M. Deonandan. « Mais notre plus grande préoccupation est: si (cette souche) devenait courante ici, combattrions-nous alors essentiellement un autre B.1.1.7? »

Le Dr Zain Chagla, expert en maladies infectieuses à l’Université McMaster, a déclaré qu’il était important de signaler ce variant comme étant d’intérêt, car il semble représenter de plus en plus de cas en Inde. Mais, a-t-il ajouté, d’autres facteurs _ y compris les centres urbains densément peuplés du pays et les maisons multigénérationnelles avec des espaces mal ventilés _ peuvent contribuer à la rapidité avec laquelle il s’y propage. « Est-ce à cause de situations qui conduisent à des niveaux élevés de transmission et de super propagation, ou y a-t-il quelque chose de biologiquement différent dans ce variant? », a demandé le Dr Chagla. « Ou est-ce une combinaison des deux? » Alain Lamarre, professeur d’immunologie et de virologie à l’Institut national de la recherche scientifique, ne pense pas que le nouveau variant d’intérêt soit plus préoccupant que les variants détectés pour la première fois en Afrique du Sud et au Brésil. Il s’est dit plus préoccupé par le variant découvert pour la première fois au Royaume-Uni, qui est « clairement plus transmissible et plus virulent ».

LES VACCINS ACTUELS FONCTIONNERONT-ILS CONTRE LE NOUVEAU VARIANT?

Le variant détecté pour la première fois en Inde a une double mutation sur le gène de la protéine de pointe, que nos vaccins contre la COVID-19 actuels ciblent. Mais des experts disent qu’il n’y a aucune preuve pour le moment indiquant que les vaccins approuvés ne fonctionneront pas contre la mutation. M. Deonandan a déclaré que le variant peut diminuer l’efficacité du vaccin, « au moins un peu », parce que c’est ce que nous avons vu avec les variants préoccupants jusqu’à présent. Mais, a-t-il ajouté, cela ne signifie pas que l’efficacité passera de 95 % à zéro, par exemple. M. Deonandan a comparé la protéine de pointe du coronavirus à la plaque d’immatriculation d’une voiture, les vaccins donnant à nos cellules ce numéro de plaque afin qu’elles sachent la garder à l’écart quand elles le voient. « Mais si la plaque d’immatriculation a changé, la cellule reconnaîtra-t-elle toujours la voiture? », a-t-il demandé. « Donc la question est: le chiffre sur la plaque a-t-il changé, ou est-ce juste une tache sur le coin? »

M. Deonandan a ajouté que les vaccins à ARNm semblent être capables de combattre différentes versions du virus en ciblant de nombreux aspects de la protéine de pointe. « Donc, ils peuvent dire au corps: « Fais attention à toutes les plaques d’immatriculation commençant par la lettre B », plutôt que cette plaque d’immatriculation spécifique », a-t-il illustré. M. Lamarre croit qu’adapter des vaccins à ARNm comme ceux de Moderna et Pfizer-BioNTech à de nouveaux variants serait plus rapide et plus facile que de modifier d’autres types d’inoculations. « Le processus d’approbation sera également plus rapide, car la preuve de concept a été faite et nous savons que les vaccins à ARNm sont sûrs et efficaces », a-t-il déclaré.

OÙ LE VARIANT EST-IL APPARU AU CANADA?

Le ministère de la Santé de la Colombie-Britannique a déclaré jeudi qu’il y avait eu 39 cas de la souche B.1.617 dans la province le 4 avril, avant qu’il ne soit identifié comme un variant d’intérêt. Le Québec a confirmé mercredi ce qui serait le premier cas du nouveau variant dans la province, amenant le premier ministre François Legault à exhorter le gouvernement fédéral à resserrer les restrictions sur les voyages aériens. M. Legault a déclaré que les premiers ministres de l’Ontario, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique figuraient parmi les auteurs d’une lettre envoyée au gouvernement fédéral exprimant des inquiétudes quant à l’arrivée de nouveaux variants dans le pays.

Le directeur adjoint de la santé publique, le Dr Howard Njoo, a déclaré jeudi que le Canada apporterait des ajustements à la frontière pour les vols entrants « très bientôt ». La principale médecin de la Colombie-Britannique, Bonnie Henry, a dit que certains des 39 cas du variant dans cette province étaient directement liés à un voyage depuis l’Inde, mais que d’autres n’avaient aucun lien de voyage. Les cas ont été vus « à des moments différents au cours du dernier mois et demi à deux mois », a ajouté la Dre Henry.

POUVONS-NOUS APPELER LE VARIANT UN « DOUBLE MUTANT »?

Alors que certains ont surnommé le variant un « double mutant », le Dr Chagla affirme que c’est un abus de langage qui évoque de fausses images d’un supervirus. Les premiers variants préoccupants n’avaient pas une seule mutation, a-t-il expliqué, mais plutôt un ensemble de mutations qui ont modifié le virus de certaines manières.

Avoir deux mutations sur la protéine de pointe ne signifie pas nécessairement que le variant est plus dangereux que celui qui a une seule mutation sur ce gène, a ajouté le Dr Chagla. « C’est un terme terrible », a-t-il dit à propos de l’étiquette de double mutant. « Quand vous voyez des mutations doubles par rapport à des mutations simples, les gens sont paniqués, mais en réalité, plusieurs de ces mutations sont des combinaisons de mutations. »

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