Fertilité des hommes: les perturbateurs endocriniens sont montrés du doigt (étude)

L’exposition des femmes à des perturbateurs endocriniens pendant leur grossesse semble avoir un impact négatif sur la fertilité de leurs fils vingt ans plus tard, démontre la plus importante étude jamais réalisée sur le sujet.

Les scientifiques soupçonnent depuis longtemps que les perturbateurs endocriniens _ des produits chimiques dont l’effet imite celui des hormones humaines _ puissent nuire à la fertilité, mais l’étude publiée récemment par le journal médical Human Reproduction témoigne de l’association la plus solide jamais constatée à ce sujet. « C’est une étude de haute qualité dont les résultats sont fiables », a confirmé la professeure Maryse Bouchard, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, en France, ont étudié 1045 recrues de l’armée suisse. Ils ont constaté que ces jeunes hommes, qui avaient entre 18 et 22 ans, étaient deux fois plus susceptibles d’avoir une fertilité diminuée (concernant la quantité et la qualité de leur sperme) si leur mère, pendant sa grossesse, avait été exposée à au moins quatre perturbateurs endocriniens dans le cadre de son emploi.

Le fait que l’étude ait eu lieu en Suisse, un pays occidental développé aux normes strictes, et que les sujets aient été de jeunes hommes qui devraient normalement être au sommet de leur fertilité est inquiétant, a dit Mme Bouchard. « Les niveaux d’exposition (en Suisse) étaient certainement des niveaux d’exposition qui seraient réputés sécuritaires, a-t-elle expliqué. Et pourtant, on voit une association avec une fertilité déclinante. Et en plus, on parle d’hommes de 18 à 22 ans. On sait que la fertilité peut décliner avec l’âge, mais là, ils devraient être au summum de leur fertilité. On ne peut pas mettre ça sur le compte de l’âge ou d’autres maladies. »

Les chercheurs s’inquiètent depuis des décennies de ce déclin de la fertilité masculine, et on soupçonne depuis longtemps que les contaminants environnementaux puissent y être pour quelque chose, mais cette nouvelle étude ajoute une pièce importante au puzzle de la compréhension qu’ont les experts du problème. De plus, a dit Maryse Bouchard, l’étude est importante parce que ses résultats sont applicables à la population en général, puisqu’elle n’a pas été menée sur un sous-groupe bien précis ou suite à un accident environnemental. « C’est inquiétant, a-t-elle dit. C’est une étude qui soulève des questions importantes. Manifestement il y a des risques, et ce sont des risques importants. » L’étude démontre que la période périnatale, aussi bien avant qu’après la grossesse, est une phase « critique » pendant laquelle il faut faire « très attention », a-t-elle souligné.

Impossibles à éviter

Il est essentiellement impossible d’échapper aux perturbateurs endocriniens, tant ils sont omniprésents dans l’ environnement et dans les produits qui nous entourent. « C’est très difficile de diminuer notre exposition, a prévenu Maryse Bouchard. Il y a certains choix qu’on peut faire. Mais certains de ces produits-là sont un peu partout, dans toutes sortes de produits d’usage courant qu’on ne soupçonne pas. La vérité, c’est qu’on ne connaît pas bien le niveau de risque. » Le tristement célèbre BPA, par exemple, n’est pratiquement plus utilisé par l’industrie, mais il a été remplacé par le BPS, qui est un « perturbateur endocrinien au moins aussi fort », a-t-elle ajouté, et on « retrouve des traces de ce produit-là chez la vaste majorité des gens ». Il en va de même pour les pesticides. On dispose de données solides qui témoignent de la présence de résidus de pesticides sur de nombreux aliments, et « presque tout le monde a des résidus détectables de pesticides ».

Et aucun étiquetage n’est obligatoire pour prévenir de la présence de ces substances, à part pour les denrées alimentaires ou certains produits d’usage personnel. « On ne peut pas toujours savoir ce qu’il y a dans les produits qu’on utilise, a déploré Mme Bouchard. Ça peut même être dans nos meubles ou nos appareils électroniques, qui relarguent des produits chimiques. Donc dans une certaine mesure, on n’a pas tout le contrôle. Ce sont des produits qui sont un peu partout et c’est difficile de les éviter. » La solution, croit-elle, serait de mettre en place des mesures collectives qui protégeraient toute la population, puisqu’on ne peut pas isoler les femmes enceintes ou leur demander de se comporter de manière complètement différente des autres. « Ce serait déraisonnable de mettre cette responsabilité-là sur le dos des femmes », a-t-elle lancé en conclusion.

Crédit photo: Bobjgalindo, Own work.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle