Alors que les vaccins contre la COVID-19 continuent d’être administrés à de plus en plus de Canadiens, certains se demandent quel niveau de protection ils obtiennent dès leur première dose et ce qui se passe pendant qu’ils attendent le deuxième vaccin. La Presse Canadienne a posé ces questions à la Dre Lynora Saxinger, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de l’Alberta, et à Kelly Grindrod, professeure agrégée à l’École de pharmacie de l’Université de Waterloo.

QUELLE PROTECTION EST OFFERTE PAR LA PREMIÈRE DOSE D’UN VACCIN À DEUX DOSES?

Tous les vaccins approuvés ont empêché les hospitalisations et les décès liés à la COVID-19 dans leurs essais cliniques, et la Dre Saxinger dit que cela se reflète dans le monde réel. Les données actuelles montrent également que la première dose offre une forte protection, avec une efficacité d’environ 80 % contre les maladies graves à l’intérieur d’un mois, ajoute-t-elle.

« Cela ne vous rend certainement pas 100 % protégés, mais la majeure partie de la littérature suggère qu’à partir de deux ou trois semaines après votre première dose, si vous attrapez la COVID-19, ce sera beaucoup plus comme avoir un rhume », explique la Dre Saxinger. « Et convertir la COVID en rhume, c’est OK. »

QUE SE PASSE-T-IL AVEC CETTE PROTECTION PENDANT QUE NOUS ATTENDONS UNE DEUXIÈME DOSE?

Les experts disent que la protection offerte par la première dose semble s’améliorer au fil des semaines, mais ils ne savent pas quand elle commencera à diminuer. La Dre Saxinger affirme que les vaccins à ARNm de Pfizer-BioNTech et Moderna semblent offrir des niveaux de protection plus élevés à un rythme plus rapide, tandis que le vaccin à base de vecteur viral d’Oxford-AstraZeneca commence plus lentement, mais continue de s’améliorer avec le temps. La professeure Grindrod souligne que des niveaux élevés de protection commencent à être observés environ deux semaines après la dose initiale, et que la protection s’améliore jusqu’à l’atteinte du plein potentiel de la première injection au bout d’un mois. « Et puis, ce que nous avons vu avec la deuxième dose, c’est qu’elle complète jusqu’à plus de 90 % de protection », dit-elle. Le Comité consultatif national de l’immunisation recommande aux provinces d’espacer jusqu’à quatre mois les première et deuxième doses, selon l’approvisionnement, afin d’offrir une protection partielle plus rapidement à un plus grand nombre de Canadiens.

La recommandation a suscité des inquiétudes lorsqu’elle a été présentée pour la première fois en mars, mais Mme Grindrod affirme que l’intervalle idéal n’a jamais été coulé dans le béton. Les doses ont été espacées de trois à quatre semaines dans les essais cliniques, en partie pour obtenir des résultats plus rapidement, ajoute-t-elle. Mme Grindrod dit qu’il existe différentes façons de mesurer la protection à long terme, notamment en examinant les niveaux d’anticorps et en essayant de capter les réponses des lymphocytes T. Mais elle note que les taux d’hospitalisation et de décès au sein d’une population sont peut-être un meilleur indicateur que les vaccins fonctionnent. « Quand on regarde de grandes populations (…), quel est le taux d’hospitalisations chez les personnes vaccinées par rapport aux non-vaccinés? », demande-t-elle. « Nous savons que vous avez une assez bonne réponse après cette première dose, et vous devriez maintenir une grande partie de cet avantage pendant au moins quelques mois. »

QUE SE PASSE-T-IL SI JE CONTRACTE LE VIRUS PENDANT QUE MON CORPS CONSTRUIT L’IMMUNITÉ?

La Dre Saxinger dit qu’il y a eu des cas où des personnes ont été infectées par le nouveau coronavirus dans les deux semaines ayant suivi leur première dose de vaccin. Elle affirme que cela pourrait signifier qu’un individu était en période d’incubation du virus au moment où il s’est fait vacciner, ou que son corps n’avait pas construit suffisamment d’immunité pour reconnaître l’agent pathogène et le bloquer.

« Il faut avoir le temps de fabriquer les anticorps », explique-t-elle. Bien que la Dre Saxinger note qu’il est possible que le virus soit affaibli par la réponse immunitaire qui émerge dans les jours suivant la vaccination, elle précise que cela n’a pas été étudié de manière approfondie.

LES PERSONNES VACCINÉES PEUVENT-ELLES ENCORE TRANSMETTRE LE VIRUS?

Alors que certaines études suggèrent que les personnes vaccinées sont également moins susceptibles de propager le virus à d’autres, la Dre Saxinger dit qu’il n’y a toujours « pas beaucoup de bonnes preuves dans ce domaine ». Elle soutient que c’est probablement la principale raison pour laquelle les responsables de la santé publique incitent à la prudence, même parmi ceux qui ont déjà été vaccinés, car certaines régions du Canada voient les niveaux de transmission communautaire monter en flèche.

La professeure Grindrod dit que les données de Moderna semblent suggérer qu’il y a moins de charge virale chez ceux qui ont été infectés après la vaccination. « Nous ne savons vraiment pas si ces vaccins nous protègent contre la contagion », dit-elle. « Donc, jusqu’à ce que la plupart des gens soient relativement protégés contre la COVID, vous avez toujours une possibilité d’infection contagieuse potentielle. »

Crédit photo: Archives.

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