La pandémie touche durement les femmes enceintes et défavorisées, dit une enquête

La pandémie touche durement les femmes enceintes et leurs familles qui vivent en situation de précarité économique, révèle une enquête menée auprès d’une centaine d’intervenantes de la Fondation Olo.

Cette enquête, dont les conclusions ont été dévoilées en primeur à La Presse Canadienne, témoigne notamment de hausses préoccupantes de l’essoufflement parental, des problématiques de santé mentale et de l’insécurité alimentaire constatés sur le terrain. Quatre-vingt-neuf pour cent des 113 intervenantes d’Olo qui ont participé au sondage estiment que les problématiques observées chez les femmes et les familles sont plus complexes depuis le début de la pandémie qu’auparavant. Elles ont ainsi mentionné l’isolement des familles; les difficultés d’accès aux services et aux ressources; l’aspect financier/la perte d’un emploi; la hausse de la violence conjugale, des signalements à la DPJ ou de la monoparentalité; et l’accès aux aliments à des prix abordables.

Au total, 92 % des participantes à l’enquête considèrent que l’essoufflement parental est « beaucoup plus présent » ou « plus présent » qu’avant la pandémie. Quatre-vingt-huit pour cent d’entre elles font le même constat au sujet des problématiques de santé mentale, 82 % au sujet de l’absence d’un réseau de soutien, 76 % au sujet de l’insécurité alimentaire et 69 % au sujet de la violence conjugale, à égalité avec les difficultés liées au logement. « Il va encore y avoir de l’essoufflement parental après la pandémie, a dit Élise Boyer, la directrice générale de la Fondation Olo. Mais la pandémie ajoute une couche qui peut être au-dessus de la force de plusieurs parents à plusieurs moments, et on le comprend aisément. » Les problèmes de consommation et les pratiques parentales négatives sont également en progression marquée.

Mille premiers jours

La pandémie et le confinement qui l’accompagne durent depuis près de deux ans. On considère généralement que les saines habitudes alimentaires pendant les mille premiers jours de vie d’un bébé, de la grossesse jusqu’à l’âge de deux ans, sont cruciales à tous les aspects de son développement (cognitif, physique et moteur, social et affectif, et langagier). La moitié des intervenantes d’Olo qui ont répondu au sondage considèrent que les facteurs de risque énumérés précédemment ont « beaucoup » affecté l’acquisition ou le maintien de saines habitudes alimentaires parmi les familles qu’elles côtoient, tandis que 38 % estiment qu’ils ont eu « un peu » d’impact. Cinquante-huit pour cent des participantes ont constaté de moins bonnes habitudes alimentaires chez ces familles qu’avant la pandémie. Le tiers d’entre elles mangent moins souvent en famille qu’elles ne le faisaient avant le début de la crise sanitaire, mais un cinquième le font plus souvent.

En revanche, 26 % des familles cuisinent maintenant plus qu’avant la pandémie, tandis que 22 % cuisinent moins. « La pandémie et le fait d’être isolés ont eu comme effet que les parents n’ont pas eu d’autre choix que de se retourner vers eux-mêmes en termes de cuisine, de se débrouiller le plus possible » puisque les restaurants étaient fermés, a expliqué Julie Deschamps, qui est nutritionniste à la Fondation Olo. À l’inverse, d’autres familles qui cuisinaient davantage avant la pandémie ont possiblement été poussées par cet « essoufflement parental » à se tourner vers des solutions plus rapides pour se soulager du stress de devoir préparer trois repas par jour, a-t-elle ajouté. La quasi-totalité, soit 95 %, des intervenantes d’Olo sont préoccupées par l’impact de la hausse du prix des aliments sur le budget alimentaire des familles. Environ 17 % des Québécois vivaient dans un ménage en situation d’insécurité alimentaire en avril 2021, selon les plus récentes données de l’INSPQ.

L’augmentation de l’insécurité alimentaire peut avoir un impact sur la santé mentale, rappelle le rapport, tandis qu' »une saine alimentation contribue au bien-être et à des effets positifs sur l’humeur ». « La pandémie n’a pas touché tout le monde de la même façon, a dit la chercheuse Catherine Herba, du CHU Sainte-Justine. Certaines personnes vivent plus de difficultés pendant la pandémie. Des études ont démontré que les mères de jeunes enfants ont été particulièrement touchées. D’autres ont démontré que les femmes, pendant la période prénatale, ont rapporté plus de symptômes de dépression et d’anxiété. »

L’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, a récemment prévenu qu’une hausse du prix des aliments de près de 5 % est à craindre cette année. « La période de périnatalité est une période de vulnérabilité (…) où l’anxiété est déjà augmentée, a renchéri Cathy Vaillancourt, une spécialiste de la grossesse à l’Institut national de la recherche scientifique. Lorsqu’on exacerbe une situation de vulnérabilité par une autre situation de vulnérabilité, ça s’amplifie. On le voit avec cette étude-là. » Les participantes à l’enquête provenaient de toutes les régions du Québec, mais majoritairement de Montréal, de l’Estrie, de la Mauricie-Centre-du-Québec et de la Montérégie, ce qui permet de brosser un portrait de la situation sur l’ensemble du territoire de la province.

Crédit photo: Archives.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle