Les vaccins Moderna créés à l’usine de Laval seront avant tout pour les Canadiens

Les doses de vaccins qui seront produites dans la nouvelle usine de Moderna à Laval iront d’abord aux Canadiens et aux Canadiennes, a assuré la présidente-directrice générale de la compagnie pharmaceutique, Patricia Gauthier.

Lors d’une conférence tenue mercredi à Montréal, la PDG a confirmé que même si l’usine de Moderna visait un rayonnement au-delà des frontières canadiennes, la population profiterait d’un « approvisionnement assuré » en cas de pandémie par rapport aux traitements contre les maladies respiratoires. « Au point de vue manufacture, c’est sûr que ce qu’on bâtit ici, au Canada et dans le Grand Montréal, c’est pour desservir la population canadienne en priorité. Après ça, on pourra voir comment on peut optimiser le tout pour contribuer à l’échelle mondiale aussi », a-t-elle indiqué lors d’un panel avec le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

Mme Gauthier s’est d’ailleurs dite « très fière » de l’engouement créé par sa proposition d’usine en territoire canadien, précisant que sept provinces avaient manifesté leur intérêt pour un éventuel projet de construction lors du processus de sélection. Questionnée sur les 25 millions $ de subventions avancés par le gouvernement du premier ministre François Legault, l’avocate de formation a souligné que l’aspect économique n’était « pas le seul critère décisif » qui avait fait pencher la balance. « C’était vraiment un ensemble de composantes de la proposition et de la facilité à collaborer. On est déjà établis avec McGill et on a des discussions avec l’Université de Montréal, et le bassin des sciences de la vie est très fort au Québec », a-t-elle indiqué en entrevue.

« Beaucoup plus qu’une usine »

Patricia Gauthier a aussi dit travailler en étroite collaboration avec le ministre québécois de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, ajoutant que Moderna s’était engagée à « développer des solutions pour des pandémies futures ». « On est en train de développer quinze prototypes pour supporter les quinze pathogènes qui ont un potentiel de pandémie selon l’Organisation mondiale de la santé, a confirmé la présidente. D’ici trois ans, on espère avoir quinze programmes en clinique. » Selon elle, le projet implanté dans le Grand Montréal est « beaucoup plus qu’une usine » et permettra au Canada de se tailler une place à la fois dans l’approvisionnement mondial de doses de vaccins, mais aussi dans le domaine de la recherche et du développement. Elle a d’ailleurs mentionné que Moderna tentait de créer des partenariats de recherche avec plusieurs établissements québécois, dont l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

L’usine, dont la construction est prévue entre 2022 et 2024 au parc de biotechnologie de Laval, coûtera environ 180 millions $ et devrait produire quelque 100 millions de doses de vaccins par année. Mme Gauthier a déclaré que si l’échéancier était respecté, les premières fondations de béton seraient coulées « avant Noël ». On anticipe que 75 postes dans la fabrication seront créés pour mener à bien la production, et que ce nombre pourrait atteindre 150 employés dans le cas d’une nouvelle pandémie. Interrogée sur la pénurie de travailleurs qui touche actuellement le secteur manufacturier canadien, la présidente a assuré que Moderna saurait trouver de la main-d’œuvre « très qualifiée » et que l’entreprise pharmaceutique souhaitait participer à la formation de futurs employés. « On a une entente avec McGill pour supporter certains de leurs étudiants à la maîtrise en [bio-ingénierie] et on veut les développer. On est confiants que 75, dans le grand bassin de Montréal, on va être capable de trouver », a soutenu Mme Gauthier.

Le Canada doit prendre des risques

L’avocate de formation a également rappelé l’importance de la collaboration entre les différents acteurs du milieu de la santé, surtout en temps de crise. « On n’a pas vécu le trauma de la pandémie pour en sortir, retourner dans nos vieilles pantoufles et faire comme on faisait avant, a déclaré Mme Gauthier lors de la conférence. Quand je regarde les leçons de la pandémie qui s’appliquent, la collaboration est absolument importante ». Cette « co-création » avec les gouvernements et les universités est donc essentielle pour tacler les problématiques sociales d’aujourd’hui, qui sont, selon elle, « de plus en plus complexes ». Selon la présidente, il est nécessaire que le Canada prenne davantage de « risques » en ce qui a trait à l’innovation scientifique, le tout dans le but d’être plus « compétitif » sur l’échiquier mondial.

« En bout de ligne, c’est pour les patients, a précisé Mme Gauthier en entrevue. Quand on amène des études cliniques au Québec et au Canada, ces patients-là ont accès à des médicaments innovateurs avant tout le monde. En oncologie et dans les maladies rares, c’est souvent ça qui fait la différence. » Rappelons qu’en 2021, le gouvernement fédéral avait signé une entente avec Moderna pour implanter une usine de production sur le territoire canadien. La venue du fabricant américain au Québec avait été confirmée en avril 2022, en présence des premiers ministres Justin Trudeau et François Legault. Le contrat d’achat avait finalement été signé en août dernier avec l’Institut national de la recherche scientifique pour un terrain au parc de biotechnologie de Laval.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

Crédit photo: Michael Holahan/The Augusta Chronicle via AP.

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