Tous les matins, il prend son thé. Il place ensuite ses deux mains, superposées, sur son cœur. Il ferme ses yeux et respire profondément. Il sent la chaleur traverser son corps. Ce court rituel ne dure que quelques instants et il se sent prêt pour bien commencer sa journée.

Nous entendons souvent les concepts suivants: bonne estime de soi, image de soi positive, confiance en soi, s’aimer soi-même et s’accepter tel que l’on est. Mais nous entendons moins souvent «autocompassion» ou «compassion envers soi». Depuis peu, ce concept fait partie de mon vocabulaire et il est porteur d’un message puissant: de la bonté dirigée vers soi. Finis les moments où nous nous jugions durement.

Où est l’autocompassion?

«Hé bien! Je me suis encore chamaillé avec mon ado. Il me répète sans cesse que je l’étouffe. Et là, depuis quelques jours, la communication ne passe plus entre nous. Je suis un père inepte, un vrai idiot!» Où est l’autocompassion?

«Ah! Je n’ai rien accompli du tout aujourd’hui. Rien. Et j’avais tant à faire. Je n’ai que relaxé toute la journée. Quelle paresse! Sale Netflix! Je me sens coupable.» Où est l’autocompassion ici?

«Ça fait des années que je tente de lancer un CD et de faire carrière en musique, mais en vain. Être un raté, c’est honteux! Mon père m’avait bien prévenu pourtant …» Mais où est l’autocompassion?

Si ces monologues intérieurs étaient des catalyseurs efficaces pour avancer et engendrer des transformations positives, je dirais: «Allons-y! Continuons à nous taper la tête contre les murs!» Or, nous taper la tête contre les murs ne fonctionne pas. Personnellement, j’ai déjà maîtrisé cette technique sophistiquée et je vous assure qu’elle est complètement nulle. Si vous ne me croyez pas, faites-en l’essai.

Nous critiquer nous-mêmes nous entre dans une lutte contre nous-mêmes. Nous en sortons souvent perdants. Paradoxalement, lorsque nous sommes compréhensifs et acceptons notre côté humain, qui n’agit pas toujours de façon optimale, nous sommes plus enclins à améliorer la situation. Voici une reformulation radicale des propos précédents:

«Ce silence m’a permis de prendre un recul et de réévaluer mes préoccupations. Je vais en parler à mon fils et lui expliquer combien mes inquiétudes à son égard, voire ma peur de le perdre, embrouillent tout chez moi. J’écouterai alors ses besoins, avec les oreilles et le cœur bien ouverts.»

«Je suppose que j’avais besoin d’un bon repos. Demain, j’aurai plus d’énergie pour accomplir ce que je planifie.»

«J’adore réaliser de la musique et j’apprécie mes créations. Je trouverai une façon de subvenir à mes besoins, mais je n’abandonne pas ma passion.»

Trois composantes

Sarah Jarvis, enseignante en compassion envers soi, m’a révélé quelles sont les trois composantes clés de ses enseignements. Il y a d’abord la bonté envers soi: cette bonté qui nous ouvre à notre souffrance et nous aide à y remédier. Vient ensuite la pleine conscience: cette conscience qui nous ouvre au moment présent afin d’accepter nos expériences plus aisément. Enfin, il y a la notion d’humanité commune: celle-ci nous démontre notre interconnexion et que nous ne sommes pas seuls.

Je tiens à souligner que la compassion de soi n’est pas une invitation à l’égocentrisme. Bien au contraire, elle favorise la compassion envers tous. L’autocompassion nous aide à nous détacher de nos (prétendues) causes de souffrance et à ouvrir notre cœur au monde.

Soyons doux avec nous-mêmes!

(J’invite respectueusement vos partages et questions.)

Défi de la semaine

Identifiez un aspect de vous que vous avez tendance à critiquer. Faites le choix conscient de mettre fin à ces critiques. Soyez indulgent avec vous-même lorsque cet aspect surgit et ressentez pourquoi il est présent. Posez les mains sur votre cœur.