Spiritualité: Aimer, c’est regarder

Serge ComeauStyle de vie

Il y a de l’amour dans l’air ces jours-ci. Le 14 février, c’est pour échanger des valentins, mais aussi pour lancer les confettis… bien haut! Et ça peut prendre quelques jours pour qu’ils retombent. Il y en a encore qui flottent au-dessus de nos têtes et qui descendent lentement.

Les confettis de la Saint-Valentin ont toutes les formes: des cercles, des carrés et des triangles. Ils scintillent et sont de toutes les couleurs. Mais il y a plus de rouge, de rose et de blanc! Il y en a un qui s’est déposé sur mon genou. Il avait la forme d’un cœur. Il y avait même quelque chose écrit dessus: «Ce qui rend beau les gens, c’est le regard de l’amour» (J. Salomé)

Ce regard de l’amour a la capacité de voir plus loin que les apparences. C’est celui qui voit déjà dans l’enfant l’adulte qu’il sera. Ou dans celui qui a échoué ses prochaines réussites. Et dans celui qui a trahi sa conversion. Poser un tel regard, ça s’apprend. Il en est du regard comme de l’écoute: on peut voir sans regarder comme on peut entendre sans écouter.

C’est puissant un regard. Il peut soutenir et relever. Mais il peut aussi condamner et rejeter. Le regard de contemplation sur l’autre, même s’il est malade ou privé d’attrait perceptible, lui donne sa dignité. Il a une énorme importance pour chacun, surtout pour la personne souffrante qui a droit à un regard de bienveillance posé sur sa vie.

Nous savons aussi comme un regard désapprobateur peut faire mal. Tout comme l’absence de regard, qui s’exprime avec exaspération: «Regarde-moi lorsque je te parle!» Certaines parts de nous-mêmes n’existent que dans le regard de l’autre.

Regarder l’autre avec amour, mieux encore, le regarder comme Dieu le fait, c’est lui faire un grand cadeau. C’est le faire venir au monde en l’accueillant dans mon monde d’abord.

Si l’autre trouve dans le regard que je pose sur lui des raisons de s’aimer et d’aimer la vie (ou, hélas, le contraire parfois), moi-même j’ai besoin de voir l’autre. Nous sommes parfois comme les enfants au stade préopératoire (selon Piaget) qui doivent absolument voir pour savoir qu’une chose existe. Après un accident fatal qui a pu défigurer ou une noyade qui a changé l’apparence, malgré les avis du personnel médical, les proches insistent: « Je veux le voir! » Le regard rassure et réconforte. Il ne se détourne jamais du visage, même blessé, d’un être aimé.

Je formule un souhait. Ce n’est pas pour la St-Valentin qui est maintenant terminée et qui peut exclure. C’est pour tous les autres jours de l’année… et pour tous: regarder avec compréhension, tendresse et sans jugement. Comme un signe de l’amour reçu et donné.

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J’ai présidé le mariage de Marc-André et Jessica Lynn hier. J’ai leur ai souhaité de pouvoir se trouver aussi beaux dans 40, 50 et 60 ans… c’est alors que la beauté sera plus grande encore parce que les yeux de chair se fermeront pour laisser s’ouvrir ceux du cœur.

Entendre un regard déformant qu’une personne pose sur sa vie relationnelle. Face à un échec, elle généralise et ne voit que désespérance. On donne parfois la même gravité à tout, avec le risque de devenir impitoyable devant toute erreur de l’autre. Le regard est alors appelé à être corrigé, à se purifier.

Proposer le pardon pour voir l’autre sous un autre jour. Jamais facile, le pardon permet de ne pas limiter l’amour aux exploits qui réjouissent le regard. Pardonner, ce n’est pas fermer les yeux sur les blessures ou dire que ce n’est pas grave. C’est pouvoir dire: « J’ai été blessé, mais je te pardonne parce que je ne veux pas limiter mon amour à tes bonnes actions ». On peut toujours espérer une maturation en amour et la transformation possible de l’autre.

Relire le Cantique des Cantiques médité au début de ce mois. Dieu est impatient de voir notre visage et dit à sa fiancée: «Ma colombe, cachée au creux des rochers, montre-moi ton visage». Il sait bien que parfois notre face est assombrie par les épreuves et qu’elle n’a plus l’éclat de la jeunesse. Son amour guérit. Se laisser regarder par Lui donne des forces neuves.

Aimé depuis la première fois que je l’ai chanté le psaume 33: «Qui regarde vers Lui resplendira, sans ombre ni trouble au visage.» Quel est le regard qui guérit: le mien qui se voit transfiguré par ce soleil purificateur? Ou le Sien sur moi qui me redit ma valeur? La rencontre entre ces deux, je suppose.