Spiritualité – De toute beauté!

Serge ComeauStyle de vie

Il y a des couples qui se séparent. On en entend parler. On en parle. Mais il y aussi des couples qui durent. On en parle moins. Je voudrais corriger cette lacune.

Demain, je vais animer une session de préparation au mariage avec Léa et Euclide. J’aurais pu vous parler de ce couple attachant qui ne cesse de m’édifier à cause de leur dévouement à leur famille et à leur communauté. J’ai plutôt choisi de vous présenter un couple avec qui j’ai animé mes premières sessions de préparation au mariage. Il y a plus de vingt ans!

Elle, elle vient de la Pointe-Rocheuse, dans la belle paroisse de Caraquet. Lui, il vient de Laplante, dans la tout aussi belle paroisse de Petit-Rocher. C’est à Bathurst qu’ils se sont rencontrés à la fin des années cinquante. Tous deux travaillaient au sanatorium.

Annette était arrivée à Bathurst avec son fiancé. Elle travaillait comme garde-malade. Valmore lui, veillait à l’entretien. Vous pouvez imaginer comme moi ce genre de concierge qui n’en finit plus de nettoyer et désinfecter une chambre déjà archi-propre, mais qui s’éternise pour regarder celle qu’il a remarquée. Parce qu’il n’avait pas de blonde. Il dit que c’était par choix parce que «toutes les filles couraient après moi». Annette l’écoute raconter cela et elle rit. En le regardant comme si c’était la première fois.

Tous deux disent presqu’ensemble, comme une mélodie sur deux harmoniques: «On n’est maître de rien!»

Ils arrivent à Tracadie en 1960 pour travailler à l’Hôtel-Dieu. Au printemps 1962, ils se jurent fidélité devant Dieu et les hommes. De leur union, naîtront trois enfants et ils en accueilleront un comme le leur. Six petits-enfants leur apportent tant de joie. Et ils ajoutent avec fierté que leur premier arrière petit-enfant est en chemin.

Pour eux, on se marie pour avoir des enfants qui doivent être aimés en premier… jusqu’à ce qu’ils soient responsables. Les couples qui ne peuvent ou ne veulent pas avoir d’enfant doivent s’aimer encore davantage pour accepter de ne pas en avoir. Ils disent que parfois, c’est peut-être mieux ainsi parce qu’il y a trop d’enfants mal-aimés.

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Annette et Valmore auraient beaucoup à dire sur la vie à deux. Parce qu’ils l’ont vécue. Et pour animer les sessions de préparation au mariage, ils y ont réfléchie. Pour eux, impossible de durer en amour sans y consentir. C’est un choix à renouveler chaque jour.

Ils ont eu leur part d’épreuve. Mais cela ne leur aurait jamais effleuré l’esprit de se séparer. Ce n’était pas une option. À chaque problème, il fallait trouver une solution. «Il ne faut jamais s’endormir sur un problème. Sinon, ça grossit et on peut perdre le contrôle». Les deux partenaires doivent s’investir: lorsque l’un va moins bien, l’autre est là pour l’aider.

Pour eux, c’est clair: ce qu’ils disent de la vie à deux, ça vaut pour tous les couples, mariés ou non. Beaucoup de couples s’entraident et se soutiennent parce que «dans leur cœur, ils se sont mariés». Pour eux, le mariage représentait la voie unique de la vie à deux. Pour les couples d’aujourd’hui, les options sont diverses.

Parmi tout ce qu’ils ont partagé avec moi, mon coup de cœur est cette conviction de Annette: «Tu te maries pour faire de l’autre une meilleure personne». Ce n’est pas pour devenir soi-même meilleur. Ni pour recevoir. Ou être aimé. Le mariage est le lieu pour aider l’autre, pour donner et aimer. Et les partenaires se rendent compte qu’en aidant l’autre, on s’aide soi-même. En donnant, on reçoit. En aimant, on est aimé.

Ils m’ont vu grandir. Je les vois vieillir. Il en est de la vieillesse comme de l’amour: «On n’est maître de rien! ».

Le 2 juin prochain, ils vont célébrer leur 55e anniversaire de mariage. Ils ne cachent par leur satisfaction et leur grande joie. Non pas d’être ensemble, cela va de soi! Mais d’être encore plus heureux ensemble aujourd’hui qu’au premier jour.

En les regardant vivre de l’autre côté du chemin de chez-moi, je me dis souvent à moi-même de l’amour de ce couple: «De toute beauté!»