Mon benjamin arrive de l’école cette semaine en courant de l’autobus:
«Maman, allons faire du vélo!
– D’accord.
– Pendant au moins 15 minutes?
– Hein? Tu calcules tes activités maintenant?
– Ouais! Je veux accumuler des “cubes d’énergie!”»

Je manifeste un regard vide pendant un instant… puis je saisis. Eh oui! Le Grand défi Pierre Lavoie. De toute évidence, l’école primaire de mon fils participe de nouveau à ce charmant défi qui encourage les élèves (et leur famille) à faire plus d’activité physique. Une période de 15 minutes correspond à un «cube d’énergie», noté dans un livret spécial. Si un parent est actif avec l’enfant, ce dernier acquiert un cube de plus. J’avoue que calculer nos heures à jouer dehors dilue un peu le moment présent. Par contre dans la réalité, sans sources de motivation extrinsèque (par régulation externe), bien des enfants demeureraient plutôt sédentaires.

Pour ma part, si je devais ajouter une composante à ce défi, j’octroierais un «cube double» pour l’activité physique pratiquée à l’extérieur. Un «cube quadruple» pour le jeu non structuré en nature. Les calculs deviendraient compliqués…

Nature humaine

Lorsque j’ai décidé de rédiger une chronique sur l’importance du jeu libre à l’extérieur, je me suis précipitée pour en parler avec Dr Samuel Daigle, activiste reconnu à travers la province pour son dévouement à cette cause. Il résume d’abord le problème: en nous dissociant de l’environnement naturel dans lequel nous avons évolué pendant des milliers d’années, nous perdons l’usage de nos sens primaires et puis notre corps et notre cerveau en subissent les contrecoups.

Ce grand adepte du plein air m’a aussi initié à un nouveau terme: «nature-deficit disorder» (traduction libre: troubles déficitaires de la nature). Ce terme, qui expose une vérité déconcertante, a été inventé par Richard Louv, cofondateur d’un réseau et mouvement qui aspirent à un monde où les enfants jouent, apprennent et grandissent avec la nature dans leur vie de tous les jours. Dr Daigle m’a ensuite décrit une école américaine (en Géorgie) qui a décidé d’offrir une grande partie de ses enseignements à l’extérieur, en pleine nature. Des résultats radicaux s’ensuivirent: entre autres, les élèves jouissent désormais d’une meilleure santé et de résultats académiques significativement supérieurs.¹

Et si nous étions en train de stagner, ou même de régresser, au lieu d’évoluer, en édifiant une existence entre quatre murs – à la maison, à l’école, au travail. Pourrions-nous repenser nos formules? Je suis ravie de constater que certains le font.

Jeu non structuré

Il se peut qu’un enfant soit actif, car il joue au hockey, fait du karaté, suit un cours de danse ou participe avec enthousiasme à son cours (intérieur) d’éducation physique à l’école. Mais lui accorde-t-on le droit et (surtout) le temps de:

  • Estimer la longueur du saut qu’il doit exécuter pour franchir le ruisseau?
  • Ressentir l’étendue de cet univers (et de comprendre qu’il n’est pas au centre de celui-ci)?
  • Fabriquer une petite cabane pour les araignées (avec du matériel trouvé dans la nature bien sûr)?
  • Se délecter de moments relaxes, en contemplation, suivant le rythme de la nature?
  • Savourer la liberté en poursuivant des papillons dans un champ?
  • Ensemencer selon les saisons?
  • Créer des anges dans la neige tout en observant les étoiles?
  • Faire plein usage de tous ses sens?
  • Diminuer son anxiété en étant dans le moment présent, près d’une rivière?
  • Être exposé à des risques (appropriés pour son âge) pour avoir l’occasion de les gérer?
  • Inventer un jeu, semblable au baseball, en utilisant des branches et des glands?
  • Construire son estime de soi par la résolution de problèmes qui surgissent spontanément?
  • Aider, avec patience et compassion, un jeune ami à traverser le ruisseau en lui construisant un petit pont de branches?

Profitons des cadeaux de la nature!

J’invite respectueusement vos partages et questions.

¹childrenandnature.org

Défi de la semaine
Jouer ou travailler en nature bénéficie à tout le monde, à tout âge. Comment pourriez-vous augmenter ces interactions, pour vous et pour les enfants dans votre vie?