À la fin mai, je suis retourné à Taizé. Accompagné, cette fois encore, d’un groupe de jeunes de chez nous. J’ai été plongé dans un bain de jeunesse: au-delà de 4000 jeunes venus vivre une semaine de rencontres internationales.

Alors que dans les églises de ma région je me compte parmi les plus jeunes. Là-bas, j’étais définitivement parmi les plus vieux. Beaucoup de facettes de la vie à Taizé rejoignent mes propres aspirations. Parmi celles-ci, il y a l’omniprésence de la beauté.

J’envie le privilège des frères de Taizé d’être entourés de tant de beautés. Il y a d’abord la beauté de la campagne bourguignonne: ici, les constructions sont des compliments faits à la nature. Il y a aussi la beauté des prières communes qui dosent à merveille paroles, chants et silence. Enfin, il y a ces milliers de jeunes. Comment ne pas être portés par l’espérance lorsqu’on côtoie la beauté de la jeunesse?

Les jeunes ont la beauté physique de leur âge. Et je ne parle pas de cette beauté artificielle pour atteindre des standards esthétiques dont le culte du corps est responsable. À vrai dire, cette beauté-là m’ennuie parfois parce qu’elle tend à rendre les jeunes semblables.

D’où nous vient cette manie d’imposer à des jeunes un modèle de beauté, alors que chacun possède en lui-même son propre original que nous ne verrons peut-être jamais? Nous savons pourtant que le sapin qui cherche à ressembler au pin ne réussira jamais à atteindre sa grandeur. Mon père disait: «on ne peut pas faire un oiseau avec un crapaud».

La beauté des jeunes est naturelle est spontanée. Elle vient de leur fraîcheur, de leur souplesse et de leur énergie. Cela transparait dans le front relevé, l’œil étincelant, les cheveux dans le vent et la démarche confiante. Mais il y a plus.

La jeunesse met sur un visage quelque chose d’inexprimable. Les jeunes ne sont pas seulement beaux par ce que la nature leur a donné. Lorsque ces jeunes sont habités par des projets d’avenir, leurs visages reflètent une espérance si belle à contempler.

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Les jeunes ont la beauté de leurs projets et de leurs idéaux. Hélas, cette beauté-là aussi est parfois mise en veilleuse. Par eux-mêmes ou par d’autres.

Ils ont des rêves pour eux-mêmes et pour l’humanité. Or, on limite parfois les jeunes à satisfaire les idéaux de la société: avoir un emploi stable, performer, être reconnu, faire de l’argent sans faire d’effort, avoir du temps pour soi, etc. Malgré toutes ses bonnes intentions, l’éducation peut faire mourir les idéaux de la jeunesse.

Il ne faut pas tuer la mission unique de chacun. Ni mettre à mort les rêves les plus chers. C’est dommage: certaines gens sont comme des éteignoirs avec leurs paroles assassines. Si quelqu’un dit qu’il veut exceller dans son domaine, d’autres vont lui dire que «c’est trop difficile et qu’il n’y arrivera pas». Si quelqu’un veut devenir un artiste, d’autres lui diront qu’il est «impossible de percer et qu’on ne peut pas gagner sa vie comme ça».

Si quelqu’un vise des études supérieures, il se fait apostropher: «Pour être accepté, ça prend des notes hors du commun et ça dure des années.» Celui qui veut devenir un professionnel dans tel domaine entendra: «Le marché est saturé; tu devras attendre des années avant d’avoir un emploi.» Si quelqu’un veut une famille nombreuse, il se fait dire «Tu aurais dû venir au monde à l’époque des tes grands-parents.» Si quelqu’un veut ouvrir un commerce ici, il se fait dire qu’il devrait plutôt aller ailleurs.

Pour avancer dans la vie aujourd’hui, les jeunes doivent foncer à travers tant d’interdits. Il y a des gens qui leur ferment des portes. Qui barrent les portes. À double tour.

Heureusement que d’autres ouvrent des portes. Des gens qui vont dire: «Tu es capable de réussir en affaire; tu pourras être admis dans ce programme d’étude avec la discipline que tu as.» Ou encore: «Tu seras un bon conjoint et un bon parent; avec ton talent et tes efforts, tu vas aller loin.»

Il faut se tenir avec ces gens-là. Ce sont eux qui nous aident à avancer. On se fatigue de vivre avec les gens qui voient toujours le verre à moitié vide. Personne n’aime être avec des pessimistes. À la longue, ça prend toutes nos énergies… et on risque de les croire! On aime être avec des gens d’espérance. Restez proche de ces gens-là.

Non seulement restez proche de ces gens, mais faites-en partie. Soyez de ceux et celles qui encouragent les autres, qui admirent les beautés et qui soutiennent les projets novateurs. Faites partie de ces gens qui disent: «C’est beau ce projet, je t’encourage à continuer, je vais te soutenir; c’est exigeant, mais tu as ce qu’il faut pour relever le défi».

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Chers jeunes qui recevez votre diplôme en cette fin de semaine, montrez-nous cette beauté qui vous anime. Je vous en supplie: montrez-nous cette beauté. Nous en avons terriblement besoin. Notre avenir en dépend… le vôtre aussi!