Mieux-être – Laisse-moi tranquille!

Mélanie CôtéStyle de vie

Nos adolescents veulent décider à quelle heure rentrer, comment nettoyer leur zone de danger (aussi connue comme leur chambre), à quel point étudier, s’ils expérimentent des substances psychoactives, quand entamer des rapports sexuels et j’en passe. Oh là là!

Nos chers adolescents ont encore besoin de nous. Toutefois, ils cherchent à être libres et tout décider pour eux-mêmes. Nous en mêler ou ne pas nous en mêler? Voilà la question.

Mise en situation – avant

Emma, 16 ans, sent qu’elle suffoque. Elle trouve que sa mère, Annick, tente de contrôler sa vie. Emma n’ose pas lui en parler, car elle ne veut pas la blesser; elle sait que les actions de sa mère sont motivées par l’amour. Emma résiste tout de même au contrôle exercé par sa mère; elle ignore ses conseils et lui ment pour éviter des conflits.

Ceci est une situation des plus fréquentes. Annick fait preuve de bonne volonté, mais, puisque la relation mère-fille s’est effritée il y a un an ou deux, elle a peu d’influence sur Emma. Malgré l’intention d’Annick de bien guider sa fille, le résultat est tout autre: en réalité, son intention et le résultat sont opposés. Persister dans ces actions engendrera les mêmes résultats. Un changement d’approche radical est de mise.

Mise en situation – après

Annick prend un recul. Elle met ses peurs de côté et explique à Emma que, bien qu’elle continue de l’aimer, elle cesse de diriger toute sa vie. Cependant, elle est toujours là pour l’écouter. Annick décide d’avoir confiance aux choix de sa fille – et elle s’assure que sa fille le sache. Emma ressent le besoin de prendre des décisions et elle est prête à apprendre de ses erreurs. Même si parfois Annick pense savoir ce qui est « mieux » pour sa fille, elle comprend qu’il est vain de la forcer à avoir les mêmes perceptions qu’elle. (Il est à noter qu’Annick maintient son rôle de mère et continue d’appliquer des règles de vie tels le respect et la coopération.)

Les mois passent et les changements fortifient leur relation. Plus Annick laisse d’espace à Emma, plus cette dernière a envie de démontrer qu’elle est assez mature pour faire des choix de vie judicieux, et ce, de sa propre volonté. Emma se sent fière d’elle lorsqu’elle réussit à se débrouiller. De plus, Emma devient plus honnête avec sa mère et commence à solliciter son opinion. Il arrive aussi qu’Emma se confie à sa mère (chose qu’elle n’avait pas faite depuis longtemps). Annick est en meilleure position pour guider sa fille; cela est important puisque Emma n’a toujours pas la maturité nécessaire pour prendre sa vie en main seule.

Qualité de la relation

William Glasser, psychiatre qui a fondé la Théorie du choix, affirme sans cesse que les choix que fera un adolescent sont foncièrement reliés à la qualité de la relation qu’il a avec son (ses) parent(s). Plus la relation parent-enfant est forte, plus il y a de chances que l’adolescent fasse le choix d’éviter des activités autodestructrices. Nous savons très bien que dès que l’adolescent n’est plus à portée de vue, il agira comme bon lui semble. Voilà l’importance de nous investir davantage dans la relation avec notre adolescent: une bonne relation offre un « contrôle indirect », une certaine direction, même en notre absence. Tout compte fait, le contrôle direct et les luttes de pouvoir n’ont pas leur place.¹

Relâchons notre contrôle!

J’invite respectueusement vos partages et questions.

¹Glasser, W. (2002). Unhappy teenagers. New York: HarperCollins.

Défi de la semaine :

Demandez à un adolescent dans votre vie s’il pense être maître de sa propre vie. Écoutez-le attentivement, sans juger – ses réponses seront révélatrices.