Bonne fête Canada! Pour célébrer les 150 ans de la Confédération, les gens de l’Ouest peuvent bien lever fièrement les yeux vers les sommets des Rocheuses. Les gens de Québec peuvent s’enorgueillir de leur vieille-ville et ceux de l’Ontario de leur multiculturalisme urbain. Moi, c’est la mer que je célèbre. Pour elle et avec elle.

Mon pays ce n’est pas un pays, c’est la mer. A mari usque ad mare. De la mer jusqu’à la mer (psaume 72). Voilà la grandeur et la beauté du pays.

Même si mes racines familiales ne baignent pas dans l’eau salée, mes plus beaux souvenirs d’enfance, je les dois à la mer. Celle de Val-Comeau et de la Pointe-à-Bouleau. Aussi celle de Cavendish et Youghall. Elle se retirait pour nous laisser jouer sur son fond pendant le jour. À la nuit tombée, elle rythmait la musique du feu de camp. Elle reste fidèle, la mer-veilleuse.

Partout où elle se montre, on veut la voir! On se rend au bout de chaque chemin qui mène jusqu’à elle. Elle apaise, réconforte. Lorsque je ferme les yeux pour imaginer un endroit qui m’inspire calme et beauté, c’est la mer que je vois spontanément. Je me vois marcher à ses côtés, comme le marié tout près de celle qu’il aime. Je vois le soleil se jeter dans ses bras.

La mer est aussi belle pour les oreilles que pour les yeux. Elle se fait entendre de sa voix tantôt douce, tantôt grave. On peut l’entendre dans un coquillage qui stocke son ressac dans son disque dur. On peut l’entendre murmurer à notre cœur des projets de paix et de bonheur. La sérénité de la mer inspire.

Son immensité peut relativiser nos tâches et nos problèmes. Lorsque ceux-ci nous semblent insurmontables, il y a souvent quelqu’un pour nous dire que ce n’est pas la mer à boire.

Elle évoque aussi l’infini devant lequel il nous faut consentir sans tout comprendre. Saint Augustin, cherchant à comprendre le mystère de Dieu, aperçoit un enfant qui avait creusé dans le sable un petit trou et allait chercher de l’eau avec un coquillage au rivage pour la verser dans son trou. Augustin demande à l’enfant ce qu’il fait. Et l’enfant de répondre:

– Je veux mettre toute l’eau de la mer dans mon trou.

– Mais, mon petit, ce n’est pas possible ! reprend Augustin. La mer est si grande, et ton trou est si petit !

– C’est vrai, dit l’enfant. Mais j’aurai pourtant mis toute l’eau de la mer dans mon trou avant que vous n’ayez compris le mystère de Dieu.

Longtemps j’ai eu peur de la profondeur de la mer. J’avais peur de plonger sans pouvoir remonter. Ou j’avais peur qu’on m’attache une lourde pierre au cou et qu’on me je jette à la mer. Ces cauchemars d’enfant sont maintenant disparus. Maintenant, le large me rassure: je sais que malgré ses humeurs qui transparaissent en surface, la mer demeure calme et paisible dans ses profondeurs.

En admirant l’immensité de la mer, j’ai peine à imaginer tout ce qui se cache en ses profondeurs: la vie grouillante des poissons, mais aussi des trésors enfouis et tant de bouts d’histoire qui demeurent secrets. Le prophète présente la compassion de Dieu en disant qu’Il jette tous nos péchés au fond de la mer (Michée 7, 19). Plus la mer est profonde, plus elle me rassure.

Il y a aussi la mer qui nourrit et qui donne. Celle qui se fâche et enlève. Celle des beaux jours d’été et celle des grandes marées d’automne. Il y a encore beaucoup à dire. Il y aura une deuxième vague la semaine prochaine. D’ici là, allez à la mer!

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Quelques événements de la semaine…

Plongé dans la mer pour une première fois cet été. En se jetant dans la mer, c’est la fatigue et les ennuis qui ont rendez-vous avec la mort. Les projets et les espérances reprennent vie. On en sort renouvelé… comme celui qui passe par les eaux du baptême.

Dégusté un homard… peut-être pour la dernière fois cette année. La mer est aussi le garde-manger qui se renouvelle chaque saison. En apprenant les bonnes prises de l’année, cela ne m’empêche pas de demander dans ma prière: aide-nous à faire un bon usage et une consommation juste des biens que tu nous as confiés.

Marché à marée basse sur les rives de la baie. En recueillant quelques morceaux que la mer a charriés pendant la nuit et déposés là pour donner des jouets aux enfants et des souvenirs aux plus grands.

Ré-écouté le merveilleux disque La mer jolie de Suzie Leblanc. La mer inspire ses classiques ici et ailleurs. Il y a des musiques qui cherchent à nous amener jusqu’à la grève pour nous faire goûter les bienfaits maritimes. Mais jamais elles ne réussiront à nous bercer comme le font… nos mères et nos mers!