Spiritualité – La mer… une autre vague

Serge ComeauStyle de vie

Il y avait des vagues à Val-Comeau lundi. Des belles vagues. Des grosses vagues. Chacune prenait son élan du large pour venir caresser nos pieds en s’échouant sur la plage. Et elle se retirait, nous laissant attendre la prochaine.

Je me suis dit que j’aimerais être une vague pour chacun. Aller puiser dans les profondeurs ce qu’il y a de meilleur et venir le déposer au pied des autres. Pour me retirer ensuite et laisser l’Autre poursuivre le travail.

Celui qui marche le long de la mer, ou qui s’y jette, découvre le goût d’infini qu’elle apporte. Autant pour l’esprit que pour le corps… et pour toute la création. Sa richesse se renouvelle chaque marée. Qui s’en approche se voit comblé.

 

Il y a tant de profusions dans la mer. L’eau qui submerge les trois quarts de la terre contient plus que les poissons, les crustacés et les mollusques qui garnissent nos tables. Cet univers liquide stocke des milliards de tonnes de sel, du magnésium, de l’argent, du cobalt, du zinc et des millions de tonnes d’or en suspension.

Il y a aussi la richesse du rivage. Avec ses dunes, ses falaises, ses fleurs sauvages. Celles-ci sont uniques parce que léchées et arrosées par cette eau au goût de larme. En levant les yeux, il y a les oiseaux par légions se partagent les airs salins et la mer riche en poissons.

En plus: la beauté des villages et villes des bords de mer. Celle-ci leur confère une personnalité unique. Saint-Isidore n’est pas Sainte-Marie-Saint-Raphaël, pas plus que Madrid ressemble à Tel-Aviv. La mer donne à ceux qui s’installent sur ses rives de lui ressembler. Ses populations sont libres et audacieuses, ouvertes et inclusives.

Que dire des îles? Avec ses phares. Construits avec élégance et style. Avec des jumelles, on peut découvrir sur les parois des décorations uniques, des finitions raffinées. Alors que les phares ont d’abord et avant tout une fonction utilitaire, ils ont aussi la coquetterie pour séduire… qui d’autre que les oiseaux marins qui sont les visiteurs autorisés à pouvoir admirer librement les milles visages des phares en hauteur?

 

Dans la Bible, la mer est le décor de la geste de Dieu. L’Éternel se sert de la mer pour libérer son peuple de l’esclavage en l’Égypte. Lorsque Jonas semble périr en elle, il trouve refuge dans la baleine. C’est aussi dans les eaux du Jourdain qui coulent jusqu’à la mer Morte que le Fils de l’homme reçoit le baptême.

Au pays de Jésus, on appelle le lac de Tibériade (ou de Génésareth) la mer de Galilée. Elle est le symbole des puissances du mal dans les évangiles. Malgré cela, Jésus ne craint pas d’aller vers elle. Au contraire: il montre que la mer est son domaine. C’est sur ses rives qu’Il appelle et instruit ses disciples. C’est aussi là qu’il guérit et libère. Il traverse la mer pour aller vers les étrangers. Il marche sur elle. Il apaise ses flots en furie. De son sein, Il fait surgir une quantité miraculeuse de poissons.

Cette mer de Galilée regorge de poissons, notamment celui qu’on appelle le saint-pierre en référence à l’apôtre qui était pêcheur avec son frère André. Vu des airs, la mer a la forme d’une lyre. Pour dire qu’elle a été créée pour la louange.

À partir des rives, des collines verdoyantes s’élèvent. On peut se prélasser dans les herbes folles et admirer le va-et-vient des bateaux. À une autre époque, on pouvait entendre au loin le message d’un prêcheur itinérant, et même parfois recevoir d’un jeune homme autant de pain et de poissons qu’on pouvait en manger. Elle en a vu de toutes les couleurs la mer de Galilée. Et les autres mers nous en font voir de toutes les couleurs.

Quelques événements de la semaine :

Présidé des mariages pour des couples qui choisissent de mettre des limites à leur amour: la fidélité et l’exclusivité. Pourquoi circonscrire l’amour? Parce qu’il est puissant comme la mer. Depuis le troisième jour de la création, les falaises et les plages disent à la mer «Assez ! tu dois t’arrêter ici». Lorsque les frontières ne sont pas respectées, lors de tsunamis ou d’inondations, la mer engloutit tout sur son passage. Les limites sont un potentiel de vie.

Participé au 50e Festival des Rameurs. Chaque été, ce qui semble séparer Bonaventure et Petit-Rocher devient ce qui les unit : la mer. Les rameuses («elles» sont plus nombreuses que les «ils») nous font la démonstration que l’effort réussit à unir ce que la nature sépare.

Jeté une fleur à la mer en pensant aux familles endeuillées par des naufrages et des noyades. De nos jours, les réfugiés périssent par milliers en mer. Comme des pêcheurs, des skippers, des touristes. La mer est un rappel incessant que la même main qui donne tant de merveilles peut aussi prendre ce qu’il y a de plus précieux.

Hissé l’unifolié comme l’autre tend les voiles. Pour célébrer le Canada, terre d’accueil. Avec fierté et honneur, nous accueillons des gens qui viennent ici parce qu’ils fuient la famine, la guerre, la persécution. Mais il ne faut pas oublier qu’avant d’être des gens qui accueillent, nous avons été accueillis par les populations autochtones du pays.

Choisi d’exprimer ma gratitude à l’égard des peuples autochtones en adopter leur propre respect à l’égard de notre sœur et mère la terre. Aujourd’hui, la mer est menacée. Par nos comportements. Lorsqu’elle se déchaîne et monte trop, on l’accuse. En la pointant du doigt, rappelons-nous que trois autres doigts pointent en notre direction.