Spiritualité – Trouver et révéler la beauté

Serge ComeauStyle de vie

La question me revient à quelques reprises pendant l’année. Toujours au moment de recommencer l’écriture de la chronique après une pause: est-ce que ça vaut la peine de continuer (ou de recommencer)?

La question me revient même si j’aime écrire la chronique. Cette raison me semble insuffisante pour que je consacre des heures de chaque semaine à chercher un sujet, agencer des mots, regretter un propos, attendre une réaction, etc. Si je continuais uniquement parce que j’aime cela, ce serait égoïste. Il y a un peu de cela, mais il y a plus.

Je pourrais aussi dire que j’écris pour faire résonner la parole d’un croyant dans un monde de plus en plus étranger à la foi. Mais cela se fait aussi par d’autres. Et ces autres le font souvent mieux que moi. Des croyants écrivent des livres, chantent ou sculptent pour rendre visible ce qui, en apparence, ne l’est pas. Il y en a aussi qui laissent transparaître leur foi au quotidien: dans leur travail, leur dévouement, leurs habitudes de vie.

Je pourrais aussi dire que par ce travail d’écriture, j’apporte ma pierre à l’édification d’une œuvre qui me dépasse: l’âme d’un peuple. Je pourrais apporter ma contribution autrement, mais ce moyen que notre journal me fournit me permet de rejoindre des gens que je ne rencontrerai peut-être jamais.

De par la variété des sujets que je peux aborder, je cherche parfois à informer. D’autres fois à faire connaître mon opinion. D’autres fois à questionner.

Mais le plus souvent, je cherche à lever le voile sur la beauté. C’est elle qui peut nous rendre heureux. C’est elle qui unit les générations et les cultures. C’est encore elle qui nous sauve de la désespérance. Pour présenter la beauté, je dois faire l’exercice préalable de la trouver. Parce qu’elle est souvent étouffée.

Il y a d’abord la beauté du monde qui est défigurée par ce que nous voyons dans les médias et sur les réseaux sociaux. Parfois, une scène de tendresse nous émeut. Mais la plupart du temps, c’est la violence, la haine et les conflits qui crèvent les écrans. Pourtant, le monde contient tant de beautés: ces gestes de bonté passés inaperçus, les efforts pour la réconciliation après avoir été déçu, les serments d’amitié et de fidélité, etc.

Je cherche aussi à révéler la beauté de l’Église. Malgré son humanité, cette communauté de croyants réussit à briller. Elle est belle à cause de ces gens généreux qui s’y engagent malgré tout et en dépit de tout. Belle surtout à cause de Celui qui l’anime. C’est Sa beauté à lui qui transparaît.

Il y a aussi la beauté de la nature. Il y a des crises environnementales qui la défigurent. Heureusement que des gens sont là pour dénoncer nos habitudes de surconsommation tournées vers nous-mêmes. Malgré tout, la beauté de la nature est sans limites. Elle se renouvelle chaque saison. On ne peut se lasser de cette beauté. Avec l’automne à nos portes, certains diront que la nature sera en pleine gloire. Elle l’est déjà! Je vous partage une beauté de la nature… lors d’une excursion en vélo à Nicholas-Denys.

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Nous sommes encore dans ce qu’on appelle «la belle saison» de l’année. La nature est généreuse et regorge de fruits. On sent tout de même la fatigue de la création. Les fleurs n’ont plus la vigueur de juillet. Les feuilles des arbres nous annoncent qu’elles se préparent pour une autre saison. Les champs sont dorés sous nos yeux.

Un soir, j’ai vu au milieu des herbes une fleur. Elle me semblait isolée dans son champ. Il y avait d’autres fleurs autour, mais très peu. Et si éloignées les unes des autres. En regardant celle-ci, je me suis dit qu’elle avait survécu aux corvées de l’été. La vie l’a préservée. Tant d’autres avec lesquelles elle a grandi ont été fauché et n’existent que dans ses souvenirs.

Elle est quasiment seule dans son champ. Mais elle continue de se laisser bercer au rythme du vent. Elle danse et fait chanter autour d’elles les cigales. Elle reste debout, déterminée, attendant avec espérance le passage vers une autre saison pour elle.

Cette fleur m’a fait apprécier la fin d’une saison si belle. Et j’ai pensé aux aînés de nos familles… qui sont aussi à la fin de leurs saisons de vie. Ils sont comme la fleur qui en a vu tant d’autres se faner au soleil, être brûlée par les corvées ou être arrachée par les vents. Ils nous font apprécier la beauté de la fin de la vie.

Définitivement, chacun est une fleur essentielle dans le bouquet que forment nos communautés. Il y a tant de beautés en nous et autour de nous. Bonnes découvertes!