Le déneigement des rues en hiver est une source d’exaspération depuis l’époque où des charrues tirées par des chevaux ramassaient la neige. Mais depuis quelque temps, de plus en plus de municipalités canadiennes se tournent vers de nouvelles solutions pour remédier au problème.

Les villes optent pour des applications, des drones et de nouvelles machines, afin d’assurer un équilibre entre sécurité et efficacité, tout en respectant des budgets serrés.

À Montréal, où chaque hiver les autorités doivent déplacer quelque 12 millions de mètres cubes de neige sur un espace de 10 000 kilomètres, toutes ces solutions seront déployées, a fait savoir le porte-parole de la métropole, Philippe Sabourin.

Pour savoir où déplacer toute cette neige, la ville utilisera des drones, qui lui permettront de voir où la neige a été entreposée jusqu’à maintenant et où il reste de la place pour les prochaines fois.

Le dépôt à neige Angrignon peut atteindre l’équivalent d’environ dix étages de hauteur, et s’étendre sur plus de quatre terrains de football de longueur, selon M. Sabourin. Ainsi, avec les drones, la ville pourra avoir une meilleure perspective puisqu’il est parfois impossible de voir au-dessus de la montagne de neige, a-t-il expliqué.

L’an dernier, l’administration de Projet Montréal avait été critiquée en raison du volume important de neige, qui avait mené à une surcharge dans les dépôts et à des retards dans le déneigement. Des citoyens s’étaient également plaints après être tombés sur les trottoirs glacés.

Pour remédier à la situation, la ville a annoncé des améliorations à l’application Info-Neige, qui suit les activités de déneigement en temps réel et aide des citoyens à trouver du stationnement gratuit lorsque des rues sont bloquées. L’application permet aussi aux citoyens de partager des photos de trottoirs mal déneigés et de retrouver une voiture remorquée en raison du déneigement.

L’un des gros problèmes du déneigement est le coût: environ 1 million $ sont dépensés pour chaque centimètre de neige accumulé, selon M. Sabourin.

Cette année, le défi sera encore plus grand, parce qu’une grève à la mine de sel de Goderich, en Ontario, a poussé les prix à la hausse. En important son sel du Chili, Montréal le paie 30 pour cent plus cher.

Un remplaçant au sel

D’autres villes ont tourné le dos au sel traditionnel, qui s’avérerait dommageable pour les infrastructures en plus de représenter un risque pour les plantes, les animaux et les cours d’eau.

Saskatoon a emboîté le pas à la Suisse en testant des copeaux de bois. Aux États-Unis, certaines municipalités ont testé de la saumure de fromage, de la saumure de cornichons et du jus de pommes de terre.

D’autres villes canadiennes, dont Calgary, expérimentent un mélange de mélasse de betteraves et de saumure.

La saumure de betterave est moins corrosive que le sel, et le produit reste bien en place parce qu’il colle, ce qui signifie qu’on n’a pas besoin d’en épandre beaucoup, a expliqué Jim Fraser, gestionnaire des routes dans le district central de Calgary.

Grâce à ces résultats prometteurs, la ville a quadruplé sa commande du produit, dont le volume est passé de 30 000 l’an dernier à 120 000 litres pour la saison 2018-2019.

Montréal avait conclu que les produits des betteraves restaient pris dans l’équipement et tachaient des vêtements et des tapis.

Mais Calgary n’a pas eu ce problème. La ville utilise la saumure de betterave majoritairement dans les secteurs industriels, et elle trouve le produit facile à étendre et pas plus difficile à gérer que le sel.

« De façon anecdotique, le produit a pu être lavé facilement des vêtements des employés municipaux », a-t-il soutenu.

L’expérience d’Edmonton

De son côté, Edmonton teste une saumure de chlorure de calcium, qui est vaporisée sur les rues avant le déneigement. La ville espère que cette option permettra d’économiser des coûts, de réduire l’impact environnemental et d’améliorer la sécurité sur les routes.

Selon la directrice des activités d’infrastructure à Edmonton Janet Tecklenborg, le projet pilote a permis d’économiser 4 millions $ l’an dernier. La municipalité s’affaire maintenant à étudier l’impact de la substance sur les infrastructures, l’ environnement et les routes.

« Nous espérons constater, comme dans les autres villes, une réduction du nombre de collisions et une amélioration dans la sécurité », a-t-elle souligné.

En plus de ces essais, la ville a aussi commencé à utiliser une technologie GPS sur ses machines lourdes pour vérifier où les produits abrasifs ont été étendus. L’objectif est de réduire la consommation d’environ 30 pour cent.

Mme Tecklenborg voudrait éventuellement que sa municipalité emboîte le pas à d’autres, qui surveillent la température de la chaussée, l’humidité et les facteurs météorologiques pour épandre les produits au bon moment.

De nouveaux défis

Les variations dans les températures en hiver aident et nuisent en même temps aux démarches des municipalités, selon Mme Tecklenborg et M. Sabourin.

Les produits pour faire fondre la glace sont inefficaces lorsqu’il fait trop froid, mais ils fonctionnent lorsque le temps se réchauffe. Mais un nombre important d’épisodes de pluie verglaçante et de pluie ont amené de nouveaux défis, qui ont forcé la Ville de Montréal à se procurer huit « croque-glaces ».

Alors que le vélo en hiver grimpe en popularité, la métropole québécoise en aussi en train de tester des brosses et du sel liquide pour retirer la glace de ses pistes cyclables.

Mais malgré cette ouverture aux nouvelles technologies, la mairesse Valérie Plante n’a pas l’intention de raviver le projet de l’ancienne administration de chauffer les trottoirs sur la rue Sainte-Catherine, qui avait été abandonné en raison des coûts.

M. Sabourin a affirmé que ce n’était pas dans les plans « pour l’instant ».