C’est une partie de nous: des femmes inuites veulent garder vivant un dialecte menacé

Un groupe de femmes inuites se rassemble autour d’une table, tasse de café en main, et discute dans un dialecte dont la disparition est annoncée d’ici deux générations.

Ces femmes vivent à Cambridge Bay, dans l’ouest du Nunavut. Elles parlent l’inuinnaqtun, un dialecte de l’inuktut, et enregistrent un balado pour la Société du patrimoine de Kitikmeot dans le cadre d’une campagne visant à protéger cette langue menacée. Selon la société, moins de 600 personnes parlent toujours couramment l’inuinnaqtun, dont le nom apparaît sur la liste des langues menacées de l’UNESCO. L’inuinnaqtun est majoritairement parlé dans les régions de Cambridge Bay, Gjoa Haven et Kugluktuk, au Nunavut, ainsi qu’à Ulukhaktok, dans les Territoires du Nord-Ouest. De l’avis de la directrice générale de la société, Pamela Hakongak Gross, on a atteint un point critique où il faut agir pour protéger le dialecte sans quoi il sera perdu. « Ça brise le coeur de penser que c’est une possibilité. Aucun de nous, en tant qu’Inuits, ne veut voir une langue mourir. C’est une partie de notre identité. Sans notre langue, nous n’avons plus de culture », mentionne Mme Gross.

Cette année marque le 25e anniversaire de la société et sa priorité pour les 25 prochaines années est de non seulement maintenir en vie l’inuinnaqtun, mais de voir le dialecte rayé de la liste des langues menacées. Pour y parvenir, l’organisme souhaite recueillir 250 000 $ d’ici un an afin de soutenir son programme de préservation de la langue dans les quatre communautés où elle est toujours parlée. L’une des actions du programme met en relation durant 300 heures une personne qui parle couramment le dialecte et une autre qui ne le parle pas. Pour le moment, ce jumelage n’existe qu’à Cambridge Bay, mais devrait s’étendre aux autres communautés. Cette perte de la langue a créé une barrière entre les générations, soit entre les aînés qui ne parlent que le dialecte et les jeunes qui ne le comprennent pas.

Un autre projet vise à documenter les caractéristiques de l’inuinnaqtun par divers ateliers de travail et des enregistrements avec les aînés. Pour le Peuple inuit, cette bataille pour sauver sa langue ne date pas d’hier. Selon des données de Statistique Canada publiées en 2016, le taux d’Inuits identifiant l’inuktut comme langue maternelle a chuté de 72 % à 65 % entre 2001 et 2016. La colonisation et le traumatisme intergénérationnel ont contribué à la perte des divers dialectes à travers le Nunavut, incluant l’inuinnaqtun, d’après Pamela Hakongak Gross. La réappropriation de la langue se trouve au coeur du processus de guérison du Peuple inuit soutient-elle.

Crédit photo: Ansgar Walk, photo taken by Ansgar Walk.

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